vendredi 15 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCORDO CLÉMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, la préfète du Rhône demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner sans délai l'expulsion de Mme B D du logement qu'elle occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) de Bron sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de ce CADA afin qu'il débarrasse les lieux des biens meubles qui s'y trouvent, aux frais et risques de l'intéressée, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- Mme D occupe de manière abusive et illégale un logement, alors que sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, que l'Ofii lui avait rappelé son engagement de quitter les lieux, qu'une mise en demeure infructueuse lui a été délivrée, et qu'une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre ;
- le maintien de l'intéressée dans son logement porte atteinte à la continuité du fonctionnement du service public de l'hébergement des demandeurs d'asile dans un contexte marqué par une saturation du dispositif d'hébergement ; à la fin du mois de mai 2024, 1 789 demandeurs d'asile domiciliés dans le département et éligibles à un hébergement étaient sans solution connue d'hébergement ; le parc d'hébergement inconditionnel est lui aussi saturé ; si Mme D avait invoqué des problèmes ophtalmiques, elle n'a jamais présenté de demande de titre de séjour au regard de son état de santé ; elle a refusé l'aide au retour volontaire qui lui a été proposée
- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2024, Mme D, représentée par Me Scordo, demande qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'un délai lui soit octroyé, ainsi qu'à son fils, l'expulsion devant être suspendue jusqu'au 1er avril 2025, date de fin de la trêve hivernale.
Elle soutient que :
- l'urgence à voir prononcée la mesure n'est pas établie ; la préfecture a mis plus d'un an avant de saisir la juridiction, et n'établit pas par des éléments précis les chiffres qu'elle avance ; il convient de tenir compte de la situation du seul CADA de Bron ; selon les chiffres de la préfecture elle-même, le taux d'occupation des hébergements n'est pas de 100 %, de sorte que la saturation du dispositif n'est pas établie ; il n'est pas justifié du taux d'occupation par des demandeurs d'asile déboutés ;
- l'utilité de la mesure n'est pas démontrée ; d'autres mesures alternatives pouvaient être envisagées comme celle de reloger la requérante et son fils ;
- la situation justifie, à titre subsidiaire, qu'un délai lui soit octroyé avant la mesure d'expulsion ; si la trêve hivernale ne s'applique pas en la matière, il y a lieu de tenir compte des conditions climatiques hivernales ; elle souffre de multiples pathologies qui la rendent vulnérable ; son fils est scolarisé ; aucune solution de relogement immédiate ne leur est proposée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de :
- Mme C, représentant la préfète du Rhône, qui a persisté dans ses conclusions et moyens, en soutenant en outre que le nombre de demandeurs d'asile en attente de logement s'élevait à 1 704 fin août 2024 ; que le fait que le taux d'occupation ne soit pas de 100% s'explique par l'existence de vacances frictionnelles entre l'occupation d'un logement par des demandeurs successifs ; que Mme D dispose d'une mesure alternative, à savoir un logement dans le cadre du dispositif de préparation à l'aide au retour, puisqu'elle se trouve par ailleurs en situation irrégulière en France ;
- Me Scordo, représentant Mme D, qui a repris ses conclusions et moyens, en soutenant en outre que la mesure n'est pas utile, dès lors d'une part que le manque d'hébergement pour les demandeurs d'asile ne trouve pas sa cause unique ni principale dans le maintien des demandeurs d'asile déboutés, d'autre part que son expulsion risque d'aggraver la situation du dispositif d'hébergement d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
La préfète du Rhône a produit une note en délibéré enregistrée le 14 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. La préfète du Rhône demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B D du logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), situé rue Hélène Boucher à Bron.
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 de ce même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-15 de ce code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. D'une part, il résulte de l'instruction, que la demande d'asile de Mme D a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 27 octobre 2023, que, le 30 novembre 2023, l'OFII lui a indiqué son obligation de quitter son logement, que, par courrier du 27 mai 2024 notifié le 3 juin suivant, la préfète du Rhône a mis en demeure l'intéressée de quitter les lieux dans un délai de quinze jours et, enfin, que Mme D a fait l'objet, le 27 décembre 2023, d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Mme D s'étant maintenue dans son hébergement, la demande de la préfète du Rhône ne se heurte, dans ces conditions, à aucune contestation sérieuse.
7. D'autre part, il résulte suffisamment de l'instruction que le département du Rhône dispose d'un nombre de places en lieux d'accueil insuffisant pour accueillir l'ensemble des demandeurs d'asile primo-arrivants ou déboutés, mais bénéficiant d'un délai supplémentaire de maintien dans les lieux, parmi lesquels figurent des personnes en situation de vulnérabilité, et notamment de jeunes enfants, des malades ou des personnes âgées. Si le taux d'occupation des structures d'hébergement d'urgence s'élève, selon les chiffres énoncés par la préfète du Rhône, à 98,7% dans le département, il ne saurait se déduire de cette circonstance, qui s'explique notamment par l'existence de vacances d'hébergement le temps de loger de nouveaux demandeurs après le départ des anciens occupants, que le dispositif ne serait pas saturé, comme le prétend Mme D. En outre, et en tout état de cause, l'urgence à voir la mesure prononcée ne doit pas s'apprécier au niveau du seul CADA de Bron. Par ailleurs, rien ne permet en l'espèce de dire qu'à titre exceptionnel, le maintien en centre d'hébergement de l'intéressée serait justifié. En particulier, si Mme D bénéficie d'un suivi médical sur un plan psychologique et ophtalmologique, ainsi qu'en vue de la surveillance de pathologies pouvant résulter de son obésité, elle ne justifie pas se trouver à cet égard dans une situation de particulière vulnérabilité. Il en va de même pour son fils, lequel est âgé de 17 ans. Eu égard à la situation de saturation du système d'hébergement des demandeurs d'asile, son expulsion, qui est utile, présente, par conséquent, un caractère d'urgence. Pour les mêmes motifs, cette mesure présente un caractère d'utilité, quand bien la requérante fait valoir qu'elle pourrait être éligible à une place dans un dispositif d'hébergement d'urgence, ce qui ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier, alors d'ailleurs que celle-ci, pourtant en situation irrégulière en France, a refusé d'être hébergée dans le cadre du dispositif d'aide au retour.
8. Il y a dès lors lieu, dans ce contexte, d'ordonner à Mme D de libérer le logement qu'elle occupe indûment dans le centre d'hébergement pour demandeurs d'asile de Bron, les dispositions du code des procédures civiles d'exécution relatives à la " trêve hivernale " ne s'appliquant pas en la matière. Compte tenu des circonstances de l'espèce, d'une part de la présence d'un enfant scolarisé et des conditions climatiques actuelles, mais aussi d'autre part de l'absence d'état de particulière vulnérabilité démontrée, il y a lieu de fixer à dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance le délai dont dispose Mme D pour libérer son logement. Faute pour elle d'avoir libéré les lieux à l'expiration de ce délai, la préfète du Rhône pourra procéder d'office à son expulsion au besoin avec le concours de la force publique et donner le cas échéant toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA de Bron afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D, à défaut pour cette dernière de les avoir emportés.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme B D de libérer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe avec son enfant au sein du CADA situé rue Hélène Boucher à Bron.
Article 3 : La préfète du Rhône est autorisée, à l'expiration de ce délai, à faire procéder d'office à l'expulsion de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique, et à donner le cas échéant, toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA de Bron afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D, à défaut pour cette dernière de les avoir emportés.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète du Rhône ainsi qu'à Mme B D.
Fait à Lyon, le 15 novembre 2024.
Le juge des référés,
T. A
La greffière,
F. GaillardLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026