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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410097

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410097

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFIRMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, et un mémoire enregistré le 24 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Firmin, demande au juge des référés du tribunal :

1°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour régler le dysfonctionnement de son compte ANEF et lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros hors taxe à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle a rencontré d'importantes difficultés pour déposer sa demande de titre de séjour en raison de dysfonctionnement l'empêchant de se connecter à son compte ANEF ; le 1er février 2024, soit plus d'un an après le début de ses démarches, elle a reçu la confirmation du dépôt de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ; elle n'a à ce jour plus accès à son compte ANEF et n'a toujours pas reçu l'attestation de prolongation d'instruction lui permettant de travailler malgré plusieurs relances en ce sens;

- il existe une situation d'urgence dès lors qu'elle ne peut pas travailler pour subvenir aux besoins de sa famille et que l'absence de droit au séjour la place dans une situation précaire et met en péril son maintien en France et sa vie familiale ; elle dispose d'une résidence stable et durable en France avec sa fille et son compagnon, tous deux de nationalité française, et remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;

- aucune décision implicite de rejet n'ayant pu naître des échecs répétés de la procédure par internet, la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;

- le dossier qu'elle a déposé était complet dès lors qu'aucune demande de pièces complémentaire ne lui a été adressée.

- la mesure demandée est utile dès lors que la situation de blocage résulte d'un dysfonctionnement de son compte ANEF empêchant la délivrance de son attestation de prolongation d'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- l'absence de réponse sur la demande de titre de séjour de la requérante déposée en février 2024 a fait naître une décision implicite de rejet faisant obstacle à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ;

- le dossier déposé par la requérante n'est pas complet.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande ".

4. En vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet.

5. D'une part, Mme B, ressortissante malgache née le 1er janvier 1992, a présenté, en février 2024, une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce dossier aurait fait l'objet d'un refus d'enregistrement au motif de son caractère incomplet, cette demande a été implicitement rejetée à l'issue d'un délai de quatre mois, en application des dispositions citées au point précédent. Cette décision de rejet, qui lui est loisible de contester, a nécessairement mis fin à la phase d'instruction de la demande de titre de séjour, ce qui exclut que l'intéressée puisse se prévaloir d'un droit à obtenir la délivrance de l'attestation de prolongation de l'instruction prévue par l'article R. 431-15-1 du même code. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme B une telle attestation ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.

6. D'autre part, l'intéressée n'établit par aucune des pièces versées au dossier la persistance alléguée de dysfonctionnements l'empêchant de se connecter à son compte ANEF depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour en février 2024. Il s'ensuit que les conclusions de l'intéressée tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de lui fixer un rendez-vous pour régler le dysfonctionnement de son compte ANEF ne peuvent être regardées comme présentant le caractère d'urgence et d'utilité requis par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et doivent, dès lors, être rejetées.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 28 octobre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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