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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410119

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410119

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantDAUBIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 17 octobre 2024, M. D B, représenté par Me Daubie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités portugaises ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance.

M. B soutient que :

- la décision de transfert attaquée a été prise en méconnaissance de son droit à l'information garanti par l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 ;

- il ne comprend pas le bengali mais seulement le sylhet Bengali, ou sylheti ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel dans une langue qu'il comprend, en méconnaissance de l'article 5 du règlement européen n° 604/2013 ;

- la décision de transfert est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 octobre 2024, ont été entendus :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Daubie, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue bengali et sylheti, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, l'interprète ayant précisé à la demande de la magistrate qu'elle utilise la langue sylheti pour la traduction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 27 juillet 1993, demande l'annulation des décisions du 8 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités portugaises.

Sur la légalité de l'arrêté de transfert aux autorités portugaises :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'ont été remises à M. B, le 22 mai 2024, les brochures " A " et " B ", conformes aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, contenant les informations dont la délivrance est requise par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, en langue bengali. Si M. B soutient qu'il ne comprend pas et ne lit pas le bengali, qui est la langue officielle du Bangladesh, mais qu'il parle seulement le sylheti, qui est un dialecte très répandu dans certaines régions du Bangladesh, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré le bengali comme langue lue et parlée lors du dépôt de sa demande d'asile, qu'il a également demandé l'assistance d'un interprète en langue bengali en vue de l'audience devant le tribunal, qu'il a signé sans réserve l'ensemble des documents qui lui ont été présentés ou traduits en bengali au cours de la procédure, et que l'entretien individuel, qui s'est tenu le 22 mai 2024 avec le concours d'un interprète en langue bengali, et dont il a signé le résumé, n'a révélé aucune difficulté de compréhension entre M. B et l'interprète. La seule circonstance qu'au cours de l'audience, l'interprète ait utilisé la langue sylheti par préférence au bengali ne saurait suffire à établir que M. B ne comprend pas et ne lit pas le bengali. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié le 22 mai 2024 de l'entretien individuel confidentiel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013. Pour les motifs indiqués au point 2, la circonstance que cet entretien se soit déroulé avec l'assistance d'un interprète en langue bengali n'a privé le requérant d'aucune garantie, dès lors qu'il doit être regardé comme comprenant cette langue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement européen n° 604/2013 doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée aux autorités françaises, par ces dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. M. B fait valoir que son jeune frère réside régulièrement sur le territoire français et l'aide dans ses démarches, alors qu'il ne maîtrise pas la langue portugaise et ne pourrait présenter sa demande d'asile dans de bonnes conditions dans cet Etat, dans lequel il serait en outre isolé. Toutefois l'intéressé n'établit pas son lien de parenté avec celui qu'il présente comme son frère, et ne produit aucun élément de nature à établir l'intensité et la continuité de leur relation, alors que son frère serait entré en France plusieurs années avant lui, en 2021, et réside à Valence, dans un établissement réservé à l'hébergement des jeunes qu'il ne peut quitter librement. Dans ces conditions, il n'apparaît pas qu'en écartant l'application de la clause discrétionnaire précitée, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision de transfert aux autorités portugaises d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige, qui a seulement pour objet de déterminer l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, porte au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs qu'elle poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit donc être également écarté.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

6. M. B ne soulève aucun moyen spécifique contre la décision d'assignation à résidence. Ses conclusions dirigées contre cette décision ne peuvent donc qu'être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles portant sur les dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. ALa greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2410119

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