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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410178

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410178

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, M. D A, représenté par la Selarl Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission Schengen dont il a fait l'objet selon les mêmes modalités d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser, à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences au regard de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est privée de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire et le pays de destinations :

- les décisions attaquées sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité des décisions refusant le titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

- la décision attaquée est privée de base légale, par suite de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jorda, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien né le 25 novembre 1994, est entré sur le territoire français le 25 octobre 2021, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valant titre de séjour pendant un an. Le 9 octobre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 6 septembre 2024, dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire de trente jours et le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme B E, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Il résulte des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône a procédé à l'examen de la situation personnelle de M. A. Si ce dernier soulève le moyen tiré d'une atteinte à son droit au respect à une vie privée et familiale, ce moyen est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Par suite, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A n'a demandé que le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " sans demander la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement, les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de sa demande et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences au regard de sa vie privée et familiale doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Pour l'application de ces stipulations et de ces dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgée de 27 ans, est entré en France le 25 octobre 2021. Il se prévaut de sa présence en France depuis cette date, de la circonstance qu'il exerce une activité professionnelle, qu'il assure des actions de bénévolat et est inscrit à l'organisme de formation Diderot Formation au titre de l'année 2023/2024. Il expose également être hébergé avec sa compagne chez une tierce personne, ami du couple. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, sans charge de famille, n'a été admis à séjourner en France que pour y poursuivre des études supérieures, les titres délivrés n'ayant pu lui conférer vocation à s'y installer durablement. Par ailleurs, si le requérant verse au débat une attestation de communauté de vie avec Mme A C, ressortissante française, depuis mars 2024, cette communauté de vie, même à la supposer établie, n'est que très récente. Enfin, les différentes pièces produites au dossier, y compris celles relatives à sa situation professionnelle et sociale, ne sont pas suffisantes pour établir que M. A aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France alors qu'il a vécu la majeure partie de son existence aux Comores et qu'il n'est entré sur le territoire français qu'afin d'y poursuivre des études supérieures. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire et le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions fixant un délai de départ volontaire et le pays de destination seraient privées de base légale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612 8 () ".

11. Pour contester tant le principe que la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le requérant fait valoir qu'il est entré régulièrement en France, qu'il y a toujours résidé de manière régulière, qu'il dispose d'attaches familiales. Toutefois et alors même qu'il s'agit de la première mesure d'éloignement, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A, qui n'établit pas d'attaches anciennes, stables et durables en France, n'est entré sur le territoire français qu'afin d'y poursuivre des études supérieures. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète du Rhône pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour de douze mois, d'autant qu'il reconnaît avoir fait usage d'un faux certificat de scolarité pour l'année 2024/2025 et de deux faux bulletins de notes.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2024 qu'il conteste.

Sur les conclusions accessoires :

13. Le présent jugement ne faisant pas droit aux conclusions à fin d'annulation, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Bescou et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, première conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La rapporteure,

V. JordaLa présidente,

A-S. Bour

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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