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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410275

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410275

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantAMIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéficie des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Elle soutient qu'elle " souhaite déposer un recours contentieux devant le tribunal administratif de Lyon suite à une notification de refus des conditions matérielles d'accueil ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 Octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité. Il fait valoir que la requête n'est assortie d'aucun moyen.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à M. François Bodin-Hullin les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024, M. François Bodin-Hullin a présenté son rapport et entendu les observations de Me Amira, pour Mme A, qui indique que la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de la requérante et que la requérante n'est entrée en France que très provisoirement le 24 avril 2024 étant de passage sur le territoire national. Elle ajoute qu'elle est revenue en France le 31 août 2024 pour s'y établir après un court séjour aux Pays-Bas. Elle fait valoir que l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permet pas de refuser automatiquement les conditions matérielles d'accueil sans procéder à un examen de vulnérabilité et fait état à ce titre de ce que la requérante est enceinte.

Le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante afghane née le 4 décembre 1994, est entrée en France pour la dernière fois le 31 août 2024. Mme A demande l'annulation de la décision du 7 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéficie des conditions matérielles d'accueil dans le cadre de sa demande d'asile.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre Mme A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27; / () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes du 3° de l'article L. 531-27 du même code : " Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ".

5. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En second lieu, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le fait que, sans motif légitime, l'intéressée a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, soit au-delà du délai auquel renvoient les dispositions précitées du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de la teneur des débats à l'audience et des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le 7 octobre 2024 et signée par Mme A que la date d'entrée en France est le 24 avril 2024. Il ressort aussi du résumé de l'entretien individuel établi le 7 octobre 2024 à la préfecture du Rhône que la requérante, qui a bénéficié d'un accord aux Pays-Bas au titre de sa demande d'asile, déclare être entrée en France le 24 avril 2024 et qu'elle a déclaré vivre auprès de son concubin sous protection subsidiaire depuis 2016 et père de l'enfant à naitre. Si la requérante fait état d'un séjour aux Pays-Bas entre le mois d'avril et le mois d'août 2024 et d'une nouvelle entrée en France le 31 août 2024, il n'est pas contesté que la requérante est entrée sur le territoire français une première fois le 24 avril 2024 et n'a sollicité la protection au titre de l'asile que le 7 octobre 2024, dans un délai supérieur à 90 jours. Si la requérante soutient qu'elle est enceinte et que l'accouchement est prévu pour le mois d'avril 2025, toutefois ces seules circonstances ne constituent pas un motif légitime faisant obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration puisse lui opposer la tardiveté du dépôt de sa demande d'asile. Par suite, et compte tenu de l'absence de tout autre élément particulier de vulnérabilité mentionné dans la fiche d'évaluation du 7 octobre 2024, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

F. Bodin-Hullin,

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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