jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 et 31 octobre 2024, M. B A C, représenté par Me Saidi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision du 4 septembre 2024 notifiée le 12 septembre 2024 par laquelle le président du conseil général de l'Ain a refusé de renouveler son contrat jeune majeur dans le cadre d'un accueil provisoire jeune majeur ;
2°) d'enjoindre au président du conseil général de l'Ain de renouveler sa prise en charge sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Saidi de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il n'aura aucune solution d'hébergement ni aucun moyen de subsistance à compter de la fin de sa prise en charge et qu'il a besoin d'un accompagnement dans le cadre de sa demande de régularisation ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de titre de séjour dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles qui ne prévoit aucune condition relative à l'appréciation subjective du comportement de l'intéressé ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le département de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le courrier notifié le 12 septembre 2024 n'a pas de caractère décisoire et que la demande était dépourvue d'objet dès son introduction puisque l'accueil du requérant a été prolongé du 22 septembre 2024 au 19 octobre 2024 ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;
- il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 15 octobre 2024 sous le n° 2410306 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu les observations de Me Jourdain substituant Me Saidi, représentant M. A C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le département de l'Ain n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A C, ressortissant pakistanais né le 20 octobre 2005 est entré en France en 2021 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Ain de décembre 2021 jusqu'à sa majorité, puis au titre d'un contrat " jeune majeur " qui expirait le 21 septembre 2024. Par une décision du 4 septembre 2024, le président du conseil département de l'Ain a refusé de renouveler cette prise en charge. M. A C demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision mettant fin à sa prise en charge et d'enjoindre au département de l'Ain de renouveler sa prise en charge.
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du code de l'aide sociale et des familles, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration dispose : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose éventuellement le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une telle décision, il appartient, ainsi, au juge des référés de rechercher si, à la date à laquelle il se prononce, ces éléments font apparaître un doute sérieux quant à la légalité d'un défaut de prise en charge.
5. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée de ce que le courrier notifié le 12 septembre 2024 ne ferait pas grief au requérant dès lors que sa prise en charge a finalement été prolongée jusqu'au 19 octobre 2024 doit être rejetée dès lors qu'il est constant qu'à la date de la présente ordonnance M. A C ne bénéficie plus d'une prise en charge. Eu égard à l'office du juge des référés tel qu'il est rappelé au point 4, le département n'est également pas fondé à soutenir que la décision en litige a épuisé tous ses effets du fait de l'intervention d'un arrêté de radiation du 11 octobre 2024.
Sur la condition d'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision mettant fin à la prise en charge d'un jeune au titre de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
7. Il résulte de l'instruction que M. A C est dépourvu de toute solution d'hébergement depuis le 19 octobre 2024. Dès lors, la condition tenant à l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
Sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :
8. Il résulte de l'instruction que M. A C qui est né en 2005 a été pris en charge par le département de l'Ain depuis le mois de décembre 2021. Il n'a pas fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et n'a pas atteint l'âge de vingt et un an. Il soutient sans être contredit qu'il est sans ressources et isolé sur le territoire français.
9. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles citées au point 3 que les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été effectivement pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département auquel ils ont été confiés avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service jusqu'à ce qu'ils aient l'âge de vingt et un ans, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. Le moyen tiré de ce que le président du conseil du départemental de l'Ain a, en refusant le renouvellement de sa prise en charge, méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et familiale, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
11. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. A C est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a refusé le renouvellement de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 19 octobre 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
13. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au département de l'Ain d'accorder provisoirement au requérant, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. M. A C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du département de l'Ain une somme de 700 euros au bénéfice de Me Saidi, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a mis fin à la prise en charge de M. A C à compter du 19 octobre 2024 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au département l'Ain d'accorder provisoirement à M. A C le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision.
Article 4 : Le département de l'Ain versera une somme de 700 euros à Me Saidi, conseil de M. A C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et au département de l'Ain.
Fait à Lyon le 31 octobre 2024.
La juge des référés,
C. Rizzato
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026