mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 25 octobre 2024, M. D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités croates, responsables de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros hors taxe sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'illégalité.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme Gros ;
- les observations de Me Zouine, représentant M. A, qui reprend les conclusions et les moyens présentés et :
* s'agissant de l'arrêté de transfert : relève que les empreintes de M. A ont été relevées deux fois le même jour, au titre d'un franchissement irrégulier d'une frontière de l'Union européenne et au titre de l'introduction d'une demande de protection internationale, ce qui accrédite les déclarations du requérant selon lesquelles à son arrivée en Croatie, à Stara Gradiska, il s'est vu confisquer son téléphone et enfermer dans un local, sans bénéficier d'un interprète ni être mis en mesure de présenter une demande d'asile, les autorités croates l'ayant simplement interrogé sur le pays dans lequel il souhaitait se rendre et conduit, ensuite, dans une gare, de sorte qu'il n'est resté en Croatie qu'une journée, et expose que M. A craint que sa demande d'asile, fondée sur les discriminations dont il est victime en Mongolie en raison de son orientation sexuelle, ne soit pas correctement traitée par les autorités croates,
* s'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence : demande son annulation par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté de transfert ;
- et les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue mongole, qui indique avoir quitté la Mongolie dans le but de demander l'asile en France, confirme n'avoir pas demandé l'asile en Croatie, où les personnes LGBT ne sont " pas bien traitées ", et rappelle ses conditions de prise en charge par les autorités croates.
La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par la préfète du Rhône a été enregistrée le 25 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant mongol né le 16 mai 1995, déclare être entré en France le 3 août 2024. Le 14 août 2024, il a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès de la préfecture du Rhône. La consultation du fichier européen Eurodac ayant fait apparaître que l'intéressé avait demandé l'asile en Croatie, les autorités croates ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 27 août 2024, acceptée le 10 septembre suivant. Par un arrêté du 10 octobre 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités croates, responsables de sa demande d'asile.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
5. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
6. L'article publié le 3 mai 2023 par l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch concernant les " refoulement réguliers et violents à la frontière " croate et le rapport des organisations non gouvernementales Solidarité sans frontières et Droit de Rester en date du 28 juin 2023 consacré aux conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Croatie, pas plus que la décision de justice, fondée sur ce rapport, à laquelle se réfère également M. A, ne suffisent à établir l'existence en Croatie de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile atteignant un seuil de gravité tel qu'elles constitueraient des motifs sérieux et avérés de croire qu'un demandeur courrait un risque réel d'y être soumis à des traitements inhumains ou dégradants. Si le requérant, qui déclare avoir fui la Mongolie en raison de discriminations fondées sur son orientation sexuelle, indique qu'il ne souhaitait pas solliciter l'asile en Croatie, où les personnes LGBT ne sont pas " bien traitées ", et relate avoir, à son arrivée dans ce pays, passé une journée en cellule privé de son téléphone portable et sans qu'un interprète ne lui soit proposé avant d'être finalement conduit dans une gare, ces allégations, assez impersonnelles et peu étayées, ne permettent pas de considérer que l'intéressé serait exposé à un risque sérieux que sa demande d'asile ne soit pas traitée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile par les autorités croates, qui ont expressément accepté de le reprendre en charge. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
7. L'arrêté de transfert n'ayant pas été annulé, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de l'arrêté l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La magistrate désignée,
R. Gros
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026