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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410395

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410395

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, M. B A, assigné à résidence, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de cent euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle de deux années portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bescou renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions attaquées dans leur ensemble :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence dès lors que leur auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à les signer ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouveler son titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la préfète n'établit pas qu'il aurait produit de faux documents, comme elle le soutient ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concernant la production de faux documents ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Le Roux, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bescou, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, en abandonnant le moyen tiré du vice d'incompétence et maintenant les mêmes autres moyens ; s'agissant du moyen relatif aux dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il précise que M. A n'a jamais imité la signature de son ancienne compagne, qui a produit l'attestation d'hébergement litigieuse, et que les deux attestations contradictoires qu'il a produites ne révèlent pas son intention de commettre une fraude, mais sont liées à la précarité de son hébergement à l'époque ; il insiste également sur les propos tenus par la mère de son enfant français devant les services de la gendarmerie nationale, selon laquelle M. A souhaiterait voir son enfant plus souvent et il précise qu'il a été placé en rétention administrative alors qu'il venait déposer une main courante à l'encontre de la mère de son enfant, refusant qu'il rende visite à sa fille ; s'agissant du moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il insiste sur la circonstance que le comportement de M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que la production d'un extrait du fichier de traitement de ses antécédents judiciaires ne saurait suffire à en attester ;

- et les observations de M. A, requérant, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui précise qu'il a résidé avec la mère de son enfant entre 2019 et le mois de juin 2023, qu'il voit régulièrement sa fille et l'accueille chez lui, mais qu'il est parfois empêché dans ses démarches par la mère de cette enfant, notamment concernant la saisine du juge aux affaires familiales.

La préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 16 décembre 1999, est entré en France le 9 juin 2017, selon ses déclarations. Il a obtenu un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 12 décembre 2022 au 11 décembre 2023. Le 23 octobre 2023, il a sollicité le renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouveler son titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

3. En l'espèce, si le requérant se prévaut de sa qualité de père d'une enfant de nationalité française, née en France le 3 juin 2022, il ressort de ses propres écritures qu'il ne réside plus avec son enfant depuis qu'il s'est séparé de sa mère, au mois de juin 2023. De plus, s'il soutient avoir déposé de nombreuses mains courantes à l'encontre de la mère de son enfant au motif qu'elle l'empêchait de lui rendre visite, et ajoute envisager de saisir le juge aux affaires familiales afin d'organiser ses droits sur son enfant, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. La seule production de quelques photographies le montrant avec son enfant, ainsi que de trois factures d'achats de jouets et de vêtements pour enfants, sur lesquels n'apparaît pas son nom, ainsi que des attestations de proches produites pour la cause, ne saurait suffire, dans ces conditions, à établir que M. A contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant au sens des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; () ". Aux termes de l'article L. 441-1 du code pénal, en vertu desquelles : " Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ".

5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, la préfète de l'Ain s'est fondée sur un second motif tiré de ce que l'intéressé aurait produit une fausse attestation d'hébergement en date du 23 octobre 2023, selon laquelle il résiderait chez la mère de son enfant. Toutefois, s'il ressort de son procès-verbal d'audition du 3 juin 2024, que M. A a déclaré ne plus résider avec la mère de son enfant depuis plusieurs mois et avoir produit l'attestation litigieuse car il avait " besoin d'une adresse ", ces seules déclarations ne suffisent toutefois pas à établir l'intention frauduleuse du requérant, dont il n'est pas contesté que sa situation en termes d'hébergement était compliquée à la date d'établissement de cette attestation. En outre, la préfète, qui n'a pas produit à l'instance les documents litigieux, n'établit pas que M. A en serait pleinement à l'origine. Toutefois, si le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait concernant la production de faux documents et méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour ce motif, il résulte de l'instruction que la préfète, qui pouvait se fonder sur le seul motif tiré de l'absence respect des conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur cet unique motif sans opposer à l'intéressé la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1-1 du même code.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, M. A n'établit pas avoir demandé un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Ain ait examiné d'office sa situation sur ce fondement. Il en résulte que le moyen tiré de ce que la préfète a méconnu ces dispositions ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. A soutient résider sur le territoire français depuis plus de sept ans, il est constant qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur ce territoire jusqu'au mois de décembre 2022, et les documents qu'il produit ne suffisent pas à attester de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français. Par ailleurs, s'il produit une attestation de sa compagne actuelle, selon laquelle ils sont en couple depuis le 10 juin 2023 et résident ensemble depuis cette date, cette relation est particulièrement récente à la date de la décision attaquée, et ne permet pas de considérer que le requérant détiendrait des liens familiaux particulièrement intenses sur le territoire français, alors qu'il a résidé la majeure partie de son existence dans son pays d'origine. La circonstance malheureuse qu'un enfant né sans vie le 13 septembre 2024 étant par ailleurs postérieure à la date d'adoption de la décision attaquée. En outre, en se bornant à produire quelques photographies, attestations de proches et factures d'achats, M. A n'établit pas suffisamment l'intensité de sa relation avec son enfant de nationalité française, avec lequel il ne réside pas, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait tenté de saisir le juge aux affaires familiales afin de pouvoir exercer et organiser ses droits concernant son enfant. Les seules circonstances qu'il ait effectué une formation civique dans le cadre de son contrat d'intégration républicaine, qu'il ait exercé quelques activités salariées en intérim entre le 21 novembre 2022 et le 24 décembre 2022, ainsi que du 9 au 13 mai 2022, et qu'il soit accompagné par un éducateur spécialisé au sein d'une association, ne permettent pas de considérer qu'il bénéficie d'une intégration particulièrement notable au sein de la société française. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, au regard des buts qu'elle poursuit. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Il résulte de ce qui a été exposé au point 3, que la décision en litige n'a pas pour effet de séparer l'enfant mineur du requérant du parent qui contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être qu'écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10.

En ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination :

13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Ain.

Copie en sera adressée à Me Bescou.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

J. Le Roux

La greffière

L. Bon-MardionLa République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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