mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024 à 10h46, M. A demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 16 octobre 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant un an ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en fait et souffrent d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en l'absence d'examen de sa situation en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier s'agissant de sa relation conjugale avec une ressortissante française ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée en droit, méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision lui interdisant le retour en France est insuffisamment motivée en fait, et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
Des pièces, enregistrées le 22 octobre 2024, ont été produites par le préfet de l'Isère.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'un placement en rétention et aux décisions accompagnant ces mesures.
Vu :
- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Pinhel, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que son droit de mener une vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;
- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète ;
- et les observations de Me Maddalena, pour le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 4 février 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour en France pendant un an. Par un arrêté du même jour, il a été placé en rétention administrative.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, signataire des décisions attaquées, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 8 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°38-2024-103. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes des décisions attaquées, que le préfet de l'Isère n'aurait pas, compte-tenu des éléments en sa possession, procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité préfectorale a procédé à la vérification du droit au séjour de M. A, ainsi que le prévoient ces dispositions.
7. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".
8. Si M. A se prévaut de son projet de mariage avec une ressortissante française, il n'apporte toutefois aucune pièce à l'appui de son allégation. Entré en France selon ses déclarations en France le 14 janvier 2023, il ne fait état d'aucune autre attache sur le territoire et ne justifie pas en être dépourvu en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. Il ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire alors que, ayant déjà fait l'objet d'un signalement dans le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour violences aggravées le 4 septembre 2023, il a été interpellé le 15 octobre 2024 pour des faits de vols en réunion dont il a reconnu être l'auteur lors de son audition par les services de police le jour suivant. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de l'Isère a, sur le fondement des articles L. 612-2 et du 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que cela ressort de l'arrêté attaqué, considéré que l'intéressé, qui a déclaré lors de son audition être arrivé en France le 14 janvier 2023, n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative, qu'il est démuni de tout document transfrontière en cours de validité, qu'il n'est pas en mesure de justifier d'une adresse permanente ou effective sur le territoire français, qu'il ne dispose d'aucune ressource légale en propre pour pourvoir à son retour dans son pays d'origine par ses propres moyens et enfin qu'il a déclaré de multiples identités à l'administration afin de l'induire en erreur. En se bornant à faire valoir que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public, M. A ne contredit pas sérieusement ces éléments. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un délai de départ volontaire, qui est suffisamment motivée en droit, méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. A pour une durée d'un an, le préfet de l'Isère a considéré qu'il n'a séjourné que brièvement sur le territoire, qu'il ne justifie pas de l'existence de liens intenses, stables et anciens tissés en France, et que sa présence constitue une menace à l'ordre public puisqu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à 8 jours et qu'il a été de nouveau interpellé pour des faits de vol en réunion.
13. Ainsi qu'il a été dit, M. A est entré en France selon ses déclarations le 14 janvier 2023. Il n'établit pas la réalité de la relation maritale qu'il entretiendrait avec une ressortissante française et ne fait état d'aucune autre attache sur le territoire. Il ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle. S'il soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, il ne conteste pas sérieusement les faits ayant conduit au signalement dans le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour violences aggravées le 4 septembre 2023 et a, lors de son audition par les services de police le 16 octobre 2024, reconnu être l'auteur des faits de vol en réunion ayant conduit à son interpellation le jour précédent. Il ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire qui s'opposerait à l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire. Compte tenu de ces éléments, et alors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la durée de cette interdiction, fixée à un an, n'est pas disproportionnée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 octobre 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant un an. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Isère.
La magistrate désignée,
A. B
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026