jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | HOUPPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. A D se disant A Dahbi, actuellement retenu au centre de rétention de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Houppe, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 17 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 24 mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation,
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui interdisant le retour en France méconnaît l'article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Des pièces, enregistrées le 23 et 24 octobre 2024, ont été présentées par la préfète du Rhône.
La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la prestation de serment de Mme B, interprète en langue arabe.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Houppe, avocat, pour le requérant qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens, à l'exception du moyen tiré de l'incompétence qu'elle abandonne et qui ajoute que la décision portant interdiction de retour en France est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement ;
- les déclarations de M. D, assisté de Mme B, interprète ;
- et les observations de Mme C représentant la préfète du Rhône qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, qui est démuni de tout document d'identité ou acte d'état civil, déclare se prénommer A Dahbi, être né le 9 mars 2007 à Marrakech (Maroc) et être entré en France dans le courant de l'année 2023. Il a été écroué le 22 juin 2023 et condamné à une peine de 12 mois d'emprisonnement par arrêt correctionnel de la cour d'appel de Rouen. Par un arrêté du 17 octobre 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. M. D, qui a été placé en rétention administrative le même jour, demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée indique les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, cette décision ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mais uniquement ceux qui la fondent. A ce titre, il ressort manifestement de cette décision et des éléments produits par la préfète du Rhône dans l'instance qu'elle a procédé à un examen de la situation personnelle de M. D préalablement à son édiction. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du même code : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise par l'autorité administrative à l'égard d'une personne dont elle estime, au terme de l'examen de sa situation, qu'elle est majeure, alors même qu'elle allèguerait être mineure. Elle implique en revanche que le juge administratif se prononce sur la minorité alléguée sauf, en cas de difficulté sérieuse, à ce qu'il saisisse l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle portant sur l'état civil de l'intéressé. Dans l'hypothèse où une instance serait en cours devant le juge des enfants, le juge administratif peut surseoir à statuer si une telle mesure est utile à la bonne administration de la justice. Lorsque le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, ce doute doit profiter à la qualité de mineur de l'intéressé.
5. D'autre part, aux termes de l'article 388 du code civil : " Le mineur est l'individu de l'un ou l'autre sexe qui n'a point encore l'âge de dix-huit ans accomplis. / Les examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l'âge, en l'absence de documents d'identité valables et lorsque l'âge allégué n'est pas vraisemblable, ne peuvent être réalisés que sur décision de l'autorité judiciaire et après recueil de l'accord de l'intéressé. / Les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d'erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l'intéressé est mineur. Le doute profite à l'intéressé ()
6. Si M. D se prévaut de sa minorité, il ne produit aucun élément de nature à étayer ses allégations et notamment pas les résultats du test osseux allégué dans sa requête démontrant sa minorité. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal des services de police du 22 juillet 2022 que, par comparaison de ses empreintes digitales, l'intéressé a été identifié comme citoyen marocain, né le 7 novembre 2000 à Marrakech, par la section centrale de coopération opérationnelle de police (SCCOPOL). Ce procès-verbal de police fait foi jusqu'à preuve du contraire. Or M. D se contente d'alléguer que ses empreintes n'ont jamais été prélevées au Maroc. Par ailleurs, alors qu'il prétend avoir été condamné sous une autre identité que la sienne et qu'il a été signalisé sous onze autres identités différentes, il n'a effectué aucune démarche auprès des autorités consulaires marocaines pour établir son état civil. Dans ces circonstances, c'est sans méconnaître les dispositions citées aux points précédents, que l'administration a estimé que M. D n'était pas mineur et pouvait dès lors faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. En conséquence, compte tenu de l'ensemble des éléments du dossier, le requérant, qui n'établit pas être mineur à la date de la décision qu'il conteste, ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".
8. S'il ressort des pièces du dossier que M. D souffre de troubles psychiatriques pour lesquels il a bénéficié d'un suivi au service médico-psychologique régional à la maison d'arrêt de Lyon Corbas, il ne ressort pas de ces pièces qu'il poursuit un traitement, que le défaut d'un tel suivi entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait effectivement bénéficier au Maroc d'un traitement approprié à ses troubles. Au demeurant, lors de l'évaluation de son état de vulnérabilité du 27 juillet 2024, il n'a déclaré aucun problème de santé. Par ailleurs, il ressort des mêmes pièces qu'au cours de son court séjour en France, il a effectué 12 mois de détention pour vol avec violence et qu'il a fait l'objet de 14 signalisations au fichier des antécédents judiciaires par les services de Paris, Meaux, Le Havre, Persan, Neuilly sur Seine, Montpellier et Lyon notamment pour des faits de vol (par effraction ou en réunion, dont certains avec violences). Enfin, il ne fait valoir aucune attache personnelle et familiale en France. En conséquence, pour ces raisons, la mesure d'éloignement ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par une telle décision.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.
11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Or, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il ne justifie aucunement de liens privés et familiaux en France où il est, de surcroît, défavorablement connu des services de police, représentant une menace à l'ordre public en raison de sa récente condamnation pour des faits de vol en réunion. Dans ces conditions, la préfète du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 17 octobre 2024. Par suite, sa requête doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Houppe.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
P. Borges-Pinto
La greffière
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026