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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410481

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410481

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 20 et 22 octobre et le 6 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Marie, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et dans le dernier état de ses écritures :

1°) avant dire-droit, d'enjoindre au syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey de différer la signature du contrat de concession d'occupation du domaine public portant sur la gérance et l'exploitation du pôle multi-saisons dit C jusqu'au terme de la procédure ;

2°) d'annuler la procédure de passation de la concession d'occupation du domaine public " gérance et exploitation du bar - petite restauration du Pôle Multi-saisons de col de Cuvéry " ; à titre subsidiaire, de procéder à cette annulation à compter de l'examen des offres ;

3°) au fond, d'enjoindre au syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey :

- de suspendre la procédure de passation du contrat et de toutes les décisions afférentes ;

- de produire à l'audience le procès-verbal de la commission d'ouverture des offres ;

- de se conformer à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ;

- de reprendre la procédure de passation au stade de la publicité préalable ;

4°) d'annuler toutes décisions consécutives aux irrégularités entachant la procédure de publicité et de mise en concurrence, et notamment les décisions d'attribution du contrat et de rejet des offres ;

5°) de mettre à la charge du syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il dispose d'un intérêt à agir, dès lors qu'il était candidat à l'attribution du contrat de concession et qu'il a été lésé par les manquements aux obligations de mise en concurrence ;

- la notification du rejet de l'offre, qui a été signée par une autorité incompétente, ne mentionne pas le nom de l'attributaire en méconnaissance de l'article R. 3125-1 du code de la commande publique et est intervenue avant la délibération de l'assemblée syndicale ;

- la procédure de consultation en cause doit respecter les règles de publicité et de mise en concurrence s'agissant d'un contrat de concession ;

- la procédure de consultation est entachée d'un vice de publicité, l'avis d'appel d'offre n'ayant été publié que sur le site internet du syndicat mixte ;

- les critères d'attribution sont irréguliers ; le critère " Expériences professionnelles et références ", qui représente la moitié de la cotation des offres, ne concerne que l'aptitude du soumissionnaire à exécuter le contrat et ne peut donc être un critère prépondérant et significatif dans l'appréciation de la qualité de l'offre ; le critère prix pondéré à 15% ne permet pas d'évaluer de manière objective la valeur estimée du contrat de concession ;

- les motifs du rejet de son offre sont en contradiction avec le contenu de l'offre et les critères d'attribution du contrat ; la collaboration avec les autres professionnels du site n'était pas demandée dans le mémoire technique ; la qualité d'accueil est un critère subjectif, or aucune évaluation de ses services n'a été réalisée durant la période d'exécution du précédent contrat de concession ;

- l'injonction qui lui est faite de quitter les lieux au lendemain du terme du contrat en cours, soit le 30 novembre 2024, ne respecte pas le délai de préavis raisonnable de deux mois.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 et 7 novembre 2024, le syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey, représenté par la SELARL LexLead Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le juge administratif est incompétent dès lors qu'est en cause la passation d'un contrat de concession d'occupation du domaine public exclu du champ de la commande publique ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une lettre du 4 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de retenir d'office l'irrecevabilité des conclusions présentées par M. A sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative, dès lors que la convention en litige est une convention d'occupation domaniale qui ne relève pas des règles applicables à la commande publique.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Marie, représentant M. A qui reprend les moyens et conclusions des écritures, en indiquant reprendre l'ensemble des conclusions du premier mémoire, à l'exception des frais non compris dans les dépens pour lesquels il demande la somme de 2 000 euros.

- les observations de Me Fyrgatian, représentant le syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey, qui reprend les moyens et conclusions des écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. A le 7 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () ".

2. Il résulte de ces dispositions, que le juge saisi, qui statue en la forme des référés, peut ordonner à l'auteur d'un manquement aux dispositions auxquelles ce texte se réfère de se conformer à ses obligations, suspendre la passation du contrat ou l'exécution de toute décision qui s'y rapporte, annuler ces décisions et supprimer des clauses ou des prescriptions destinées à figurer dans le contrat.

3. Par deux avis de publicité publiés le 21 mai 2024 sur son site internet et le 7 juin 2024 dans le journal Hôtellerie-Restauration, le syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey a lancé une consultation pour l'attribution d'un contrat portant sur la gérance et l'exploitation du bar - petite restauration du Pôle Multi-saisons du col de Cuvéry, prenant la forme d'une concession d'occupation du domaine public. M. A, qui a été informé par un courrier électronique du 9 octobre 2024 et par un courrier signifié par voie de commissaire de justice le 28 octobre 2024 du rejet de son offre, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de suspendre la procédure de passation initiée par le syndicat mixte et d'annuler les décisions d'attribution du contrat et de rejet des offres.

4. D'une part, aux termes de l'article L2 du code de la commande publique : " Sont des contrats de la commande publique les contrats conclus à titre onéreux par un acheteur ou une autorité concédante, pour répondre à ses besoins en matière de travaux, de fournitures ou de services, avec un ou plusieurs opérateurs économiques. / Les contrats de la commande publique sont les marchés publics et les concessions définis au livre Ier de la première partie, quelle que soit leur dénomination. Ils sont régis par le présent code et, le cas échéant, par des dispositions particulières. ". Aux termes de l'article L. 1121-1 du code de la commande publique : " Un contrat de concession est un contrat par lequel une ou plusieurs autorités concédantes soumises au présent code confient l'exécution de travaux ou la gestion d'un service à un ou plusieurs opérateurs économiques, à qui est transféré un risque lié à l'exploitation de l'ouvrage ou du service, en contrepartie soit du droit d'exploiter l'ouvrage ou le service qui fait l'objet du contrat, soit de ce droit assorti d'un prix ". Aux termes de l'article L.1121-3 du même code : " Un contrat de concession de services a pour objet la gestion d'un service. Il peut consister à concéder la gestion d'un service public. Le concessionnaire peut être chargé de construire un ouvrage ou d'acquérir des biens nécessaires au service. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L.2122-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sauf dispositions législatives contraires, lorsque le titre mentionné à l'article L. 2122-1 permet à son titulaire d'occuper ou d'utiliser le domaine public en vue d'une exploitation économique, l'autorité compétente organise librement une procédure de sélection préalable présentant toutes les garanties d'impartialité et de transparence, et comportant des mesures de publicité permettant aux candidats potentiels de se manifester. ".

6. Enfin, l'article 2 du règlement de la consultation, relatif à une " concession d'occupation du domaine public " prévoit que : " L'activité exercée au sein de cette structure a vocation à participer au développement touristique du site de Cuvéry en lien direct avec les activités du Syndicat mixte et les autres acteurs du territoire. L'exploitant devra donc assurer un accueil de qualité, courtois et chaleureux à tous les usagers fréquentant le site. Il devra en outre s'engager à maintenir l'établissement ouvert pendant toute la période hivernale, lorsque des activités nordiques sont disponibles. / L'exploitant aura pour mission d'exploiter les locaux à ses risques et périls, et aux charges et conditions fixées avec le Syndicat mixte, conformément à leur vocation. / Pour l'exercice de son activité, l'exploitant fixera librement les tarifs correspondants et les appliquera sous son entière responsabilité. Il pourra définir ses tarifs en toute objectivité en tenant compte des fluctuations de la fréquentation, des caractéristiques saisonnières et de la typologie de clientèle. ". Aux termes de l'article 3 du règlement de la consultation : " La présente consultation porte sur la sélection d'un candidat pour l'exploitation et la gérance d'un bien rattaché au domaine public du Syndicat mixte du plateau de Retord. / Implanté au Col de Cuvéry dans le bâtiment du pôle multi-saisons (C), ce bien est composé d'un bar et d'une licence IV, d'une salle de restauration, et d'une terrasse et d'autres espaces (sanitaires, cuisine, réserves.). / Le contrat prend la forme d'un contrat de concession d'occupation du domaine public selon les termes de l'ordonnance n°2017-562 du 19 avril 2017 relative à la propriété des personnes publiques, cette concession n'étant constitutive d'aucun droit réel sur le bien occupé. / La présente consultation ne comporte que le présent règlement de consultation, le contenu des dossiers de candidature est détaillé à l'article 4 - présentation des offres. ". Aux termes de l'article 7 du règlement : " Pour l'exécution du contrat d'occupation, le titulaire versera au Syndicat mixte une redevance mensuelle d'occupation du domaine public. () En tout état de cause, les conditions financières d'occupation et d'exploitation seront fixées lors de la phase d'audition et de négociation. "

7. Il résulte de l'instruction que le contrat de concession litigieux, tel qu'il est préfiguré par le règlement de la consultation ainsi que par l'ancien contrat produit par M. A, permet à son titulaire de gérer et d'exploiter, pour une durée de trois ans, une activité de bar - petite restauration sur le domaine du syndicat mixte en contrepartie du versement d'une redevance. Ce contrat de concession n'a pas pour objet de répondre directement à un besoin du syndicat mixte ou de confier au cocontractant la gestion d'un service public mais vise seulement à valoriser un bien appartenant au domaine du syndicat mixte et à y autoriser une exploitation commerciale. En outre, ce contrat, qui se borne à fixer une période obligatoire d'ouverture de l'établissement commercial pendant la saison d'hiver et à imposer un accueil de qualité à tous les usagers, n'emporte aucune contrainte, sujétion ou procédure de contrôle particulière pour ce qui concerne l'organisation et le fonctionnement de l'activité commerciale de bar-restauration. Enfin le concessionnaire sera rémunéré par ses clients selon les tarifs qu'il aura lui-même fixés et exercera son activité dans des conditions concurrentielles et l'établissement public ne versera aucun prix au concessionnaire, ni droit d'exploitation. Dans ces conditions, le contrat en litige qui n'a pour objet ni la délégation d'un service public ni l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, constitue une convention d'occupation domaniale, et n'est pas au nombre des contrats mentionnés à l'article L. 551-1 du code de justice administrative à l'égard desquels le juge du référé précontractuel peut prendre les mesures définies à l'article L. 551-2 de ce code. Par suite, alors même que le syndicat mixte s'est soumis à la procédure prévue à l'article L. 2122-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques intégrant une mise en concurrence, la convention en litige ne relève pas et n'est pas susceptible de relever de l'office du juge des référés statuant en application des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Il en résulte que la requête de M. A doit être rejetée.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que le syndicat mixte demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par M. A soient mises à la charge du syndicat mixte, qui n'est pas la partie perdante.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut Valmorey présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Syndicat mixte pour l'équipement et l'animation du plateau de Retord et du Haut-Valmorey.

Fait à Lyon, le 12 novembre 2024.

Le juge des référés,

C. Bertolo

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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