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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410500

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410500

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 25 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Bouillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités suédoises ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure dite normale, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle ou à lui verser directement s'il ne devait pas être admis à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués ont été pris par une autorité incompétente ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation;

- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'une motivation irrégulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Au cours de l'audience publique du 28 octobre 2024, Mme F a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bouillet, représentant M. A, qui reprend ses écritures et souligne l'appartenance de M. A à la communauté kurde, les tensions diplomatiques entre la Suède et la Turquie faisant peser un risque accru de renvoi du requérant dans son pays d'origine par la Suède et donc un risque d'emprisonnement en cas d'un tel renvoi,

- et les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue turque,

- la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 1er janvier 1969, entré en France le 18 juillet 2024, selon ses déclarations, a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Rhône le 25 juillet 2024, enregistrée en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 21 octobre 2024, la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un second arrêté du même jour, la préfète du Rhône a assigné M. A à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux deux arrêtés :

4. Les arrêtés attaqués ont été pris par Mme E D, attachée, cheffe du pôle régional Dublin à la préfecture du Rhône, à qui la préfète du Rhône établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté du 17 octobre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 21 octobre 2024 portant transfert aux autorités suédoises :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

6. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré très récemment en France, où il ne dispose pas d'attaches familiales ou personnelles. Les seules circonstances qu'il souhaite que sa demande d'asile soit examinée par les autorités françaises, en raison, d'une part, des tensions diplomatiques entre les autorités suédoises et le régime politique turc et, d'autre part, son appartenance à la communauté kurde, qu'il n'établit par aucun élément probant, ne justifient pas que la France devienne responsable de sa demande d'asile à titre dérogatoire. En outre, M. A se prévaut de ce que sa demande d'asile a été rejetée par les autorités suédoises et ne pourrait faire l'objet d'un réexamen. S'il apparaît toutefois que les autorités suédoises ont accepté de reprendre en charge l'intéressé sur le fondement du d) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, correspondant à la situation d'un demandeur d'asile dont la demande a été rejetée, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir, le cas échéant, devant ces mêmes autorités, responsables de l'examen de sa demande d'asile, tout élément nouveau relatif à l'évolution de sa situation personnelle et à la situation qui prévaut dans son pays d'origine ni que ces mêmes autorités, en conséquence de leur acceptation de la reprise en charge de M. A, n'évalueront pas de nouveau, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé vers son pays d'origine, les risques auxquels il y serait exposée en cas de retour. Enfin, au surplus, la décision contestée n'a pas pour objet de renvoyer le requérant dans son pays d'origine mais uniquement en Suède afin que soit procédé au réexamen de sa demande d'asile. Dès lors, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue au 1. de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui permet à un État d'examiner la demande d'asile d'un demandeur même si cet examen ne lui incombe pas en application des critères fixés dans ce règlement.

En ce qui concerne l'arrêté du 21 octobre 2024 portant assignation à résidence :

8. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et précise en particulier que M. A fait l'objet d'une décision de remise aux autorités suédoises qui demeure une perspective raisonnable. Elle est ainsi motivée. Par ailleurs, il n'apparaît pas, notamment de la motivation de l'arrêté contesté, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A et des conséquences de son assignation à résidence. Par suit, les moyens doivent être écartés.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7. ". L'article L. 751-2 de ce code précise que : " () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

10. La préfète du Rhône a pu valablement considérer, compte tenu des démarches administratives à effectuer pour organiser le transfert et alors que l'accord des autorités suédoises est valide durant six mois, que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable et que M. A pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence, qui constitue une mesure alternative au placement en rétention. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 21 octobre 2024 portant assignation à résidence ne serait pas adapté, nécessaire et proportionné à la finalité qu'il poursuit.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. F

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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