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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410506

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410506

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMUSCILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 30 octobre 2024, M. C A B, représenté par Me Muscillo, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 5 mars 2024 du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande de changement de statut et de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il existe une présomption d'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige qui refuse un changement de statut à l'occasion du renouvellement de son titre de séjour ; la décision l'empêche d'obtenir un contrat à durée indéterminée ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors que :

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée le 21 octobre 2024 à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'écritures.

Vu :

- la requête enregistrée le 21 octobre 2024 sous le n° 2410497 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant libanais né le 18 janvier 1996 a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " qui a été renouvelée à plusieurs reprises et et dont la validité a expiré le 31 décembre 2023. Il a sollicité, le 5 novembre 2023 un changement de statut pour bénéficier d'une carte de séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français. Par la présente requête, M. A B demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour ainsi que de procéder au changement de son statut.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, M. A B, soutient sans être contredit par la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'écriture qu'il séjournait régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour qui expirait le 31 décembre 2023. Alors que la décision en litige lui refuse le renouvellement de son titre de séjour, il bénéficie d'une présomption d'urgence. La préfète du Rhône n'apporte aucune contestation sur ce point. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.

5. En second lieu, en l'état de l'instruction, le moyen visé ci-dessus tiré de ce que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente ordonnance implique nécessairement, comme le demande le requérant, que l'administration procède au réexamen de sa situation en prenant une décision explicite et continue à le munir jusqu'à la décision prise à l'issue de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à ces mesures d'exécution et de lui assigner un délai de deux mois pour l'édiction d'une nouvelle décision explicite, et ce à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 600 euros à verser à M. A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée le 5 novembre 2023 par M. A B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A B en prenant une décision explicite dans un délai de deux mois, et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.

Article 3 : La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter cette ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à M. A B une somme de 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B, au ministre de l'intérieur et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon le 5 novembre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La greffière,

A. SenoussiLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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