Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410559

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHOURLIN OLIVIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté d'expulsion du 17 juin 2024 pris par la préfète de l'Ain à l'encontre de M. B, ressortissant congolais. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d'urgence n'a pas été examinée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Chourlin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 juin 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a prononcé son expulsion du territoire français et fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il existe une situation d'urgence à suspendre l'exécution de la décision prononçant son expulsion ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors que :

* la décision en litige doit être regardée comme ayant implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ; ce refus de titre de séjour est illégal, il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, la préfète de l'Ain n'ayant pas saisi la commission du titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* la décision prononçant son expulsion du territoire français est entachée d'une erreur manifeste quand à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; les faits pour lesquels il a été condamné sont très anciens ; il n'a commis aucune infraction pénale depuis 2008 ; la commission d'expulsion de l'Ain a émis un avis défavorable à son expulsion ; la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; il a un fils de nationalité française ; son expulsion le séparera de son enfant ; son état de santé fait obstacle à son expulsion.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'est fait état d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 août 2024 sous le n° 2408510 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu les observations de Me Chourlin, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et les observations de M. B.

La préfète de l'Ain n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la république démocratique du Congo né le 20 août 1979, demande la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a prononcé son expulsion du territoire français et fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par M. B à l'encontre de l'arrêté attaqué n'apparaît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions de la requête présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la préfète de l'Ain et à Me Chourlin.

Fait à Lyon le 31 octobre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,