vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Bellasri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) si la légalité de l'obligation de quitter le territoire français devait être confirmée, de fixer l'Italie comme pays de destination ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant 18 mois :
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Des pièces, enregistrées le 24 octobre 2024, ont été produites en défense par la préfète de l'Ain.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme Gros, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. A tendant à ce que la magistrate désignée fixe elle-même le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, eu égard à leur objet,
- les observations de Me Bellasri, représentant M. A, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête, demande à la magistrate désignée, à défaut de fixer elle-même le pays de destination, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de fixer l'Italie comme pays de destination et, interrogé sur ce point, précise que M. A a déposé ses conclusions d'appel le 24 mai 2024 et que la procédure devant la cour d'appel de Lyon est toujours en cours,
- les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui, interrogé sur ce point, indique qu'en dépit des démarches entreprises, il n'est jamais parvenu à voir sa fille, née en 2012, précise que le jugement condamnant son ex épouse pour non présentation d'un enfant gardé concerne des faits commis en 2016, même si la traduction versée aux débats indique, par erreur, qu'il a été rendu le 31 mars 2011, et déclare qu'il ne désire pas s'établir en France mais uniquement voir sa fille afin qu'elle sache qu'elle a un père et une famille en Tunisie,
- et les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Ain, qui conclut au rejet de la requête aux motifs que les décisions attaquées sont suffisamment motivées et procèdent d'un examen particulier de la situation personnelle de M. A, que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès que celui-ci n'a jamais vu sa fille aujourd'hui âgée de douze ans, ne participe pas à son éducation et ne justifie que de transferts d'argent ponctuels et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence, que pour les mêmes motifs, la mesure d'éloignement litigieuse ne méconnaît pas les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que le refus d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire est fondé sur le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, caractérisé au regard des circonstances visées aux 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A, qui ne justifie pas être en possession d'un titre de séjour italien en cours de validité, ne saurait reprocher à la préfète de l'Ain de ne pas avoir envisagé son éloignement à destination de l'Italie et, enfin, que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois prononcée à son encontre, qui revêt, en l'espèce, un caractère proportionné, ne méconnaît pas les stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le requérant peut se faire représenter dans le cadre de la procédure pendante devant la cour d'appel de Lyon.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 21 avril 1989, demande l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision obligeant M. A à quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
5. En premier lieu, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, indique que l'intéressé est entré irrégulièrement en France en 2023, où il s'est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour, et précise qu'il ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière, qu'il n'a jamais eu de contact avec son enfant de nationalité française, à l'entretien de laquelle il allègue seulement contribuer à hauteur de 50 euros, et qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Tunisie, où résident notamment ses parents, un frère et une sœur. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
7. M. A, qui produit un badge délivré par le comité de la Croix Rouge de Brescia en Italie mentionnant une date d'arrivée le 14 septembre 2023 et déclare être entré en France depuis cet État, doit être regardé comme séjournant, au mieux, depuis un an environ sur le territoire français, où il ne fait état d'aucune insertion particulière. S'il est père d'une enfant de nationalité française, Nawel, née le 10 mai 2012, il ressort de ses déclarations lors de son audition par les services de police et à l'audience que la mère de sa fille, avec laquelle il s'était marié en Tunisie le 13 juillet 2010, est retournée vivre définitivement en France et a rompu tout contact avec lui avant la naissance de l'enfant, qu'il n'a jamais vue, en dépit des droits de visite avec accompagnement qui lui ont été reconnus par le juge tunisien durant la phase de conciliation puis dans le jugement du 12 janvier 2018 prononçant le divorce " par préjudice causé par [son] épouse ". M. A n'entretient, ainsi, aucun lien avec sa fille, dans l'intérêt de laquelle il justifie seulement avoir procédé à des transferts d'argent ponctuels. Si le requérant est hébergé en France par sa sœur, titulaire d'une carte de résident, il conserve des attaches familiales en Tunisie, où résident notamment ses parents, son frère et une autre de ses sœurs et où il a lui-même vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ou serait contraire à l'intérêt supérieur de sa fille mineure et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision refusant à M. A un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
9. En premier lieu, la décision refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire vise notamment les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il existe un risque que l'intéressé, qui est entré irrégulièrement en France, a explicitement déclaré vouloir y rester et ne possède ni document d'identité ni domicile personnel, se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
10. En second lieu, il est constant que M. A est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Ain aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur cette seule circonstance, qui suffisait, en l'absence de circonstance particulière, à caractériser l'existence d'un risque de fuite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la nationalité de l'intéressé et précise qu'il ne fournit aucun élément laissant présumer qu'il serait menacé en cas de renvoi dans son pays d'origine, qu'il déclare avoir quitté pour des raisons familiales. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
12. En second lieu, le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne qui l'a autorisé à entrer ou l'a admis au séjour sur son territoire ou de l'État partie à la convention d'application de l'accord de Schengen dont il provient, sur le fondement des articles L. 621-2 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait demandé à être éloigné vers l'Italie, dont il indique provenir, sans au demeurant en justifier de manière probante. Dès lors, le requérant ne saurait faire grief à la préfète de l'Ain de ne pas avoir examiné la possibilité de l'éloigner en priorité vers cet État en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision interdisant à M. A de revenir sur le territoire français pendant 18 mois :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
15. Ainsi qu'il a été dit plus haut, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit des droits de visite avec accompagnement qui lui ont été reconnus par le juge tunisien durant la phase de conciliation puis dans le jugement prononçant le divorce " par préjudice causé par [son] épouse ", M. A n'est jamais parvenu à voir sa fille en Tunisie, son ex épouse ayant notamment été condamnée à ce titre à un mois de prison pour non présentation d'enfant gardé. Si la juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Saint-Etienne, saisi par M. A, a, par un jugement du 11 janvier 2024, confié à la mère de l'enfant l'exercice exclusif de l'autorité parentale et réservé, en l'état, son droit de visite et d'hébergement, le requérant justifie avoir interjeté appel de cette décision. Alors que M. A ne peut espérer rencontrer sa fille qu'en France et qu'une procédure relative notamment à son droit de visite et d'hébergement est pendante devant la cour d'appel de Lyon, en lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant dix-huit mois, la préfète de l'Ain a, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Ain du 21 octobre 2024 lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant 18 mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision.
Sur les conclusions tendant à la fixation d'un autre pays de destination :
17. Il n'appartient pas au juge administratif de fixer lui-même le pays à destination duquel l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français est susceptible d'être éloigné d'office. Par suite, les conclusions présentées à cette fin par M. A sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui annule la seule interdiction de retour sur le territoire français pendant 18 mois, n'implique le prononcé d'aucune des mesures d'exécution sollicitées par M. A. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bellasri, conseil de M. A, d'une somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 21 octobre 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a interdit à M. A de revenir sur le territoire français pendant 18 mois est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La magistrate désignée,
R. Gros
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026