mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410642 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | VRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2024 et des mémoires enregistrés les 28 octobre 2024 et 4 novembre 2024, Mme A D, représentée par Me Vray, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros par application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;
- en l'absence d'information et d'offre de la part du directeur territorial de l'OFII, les dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- la fiche d'évaluation de vulnérabilité comprend une mention manuscrite illisible et non datée dont il se déduit que l'absence d'hébergement n'a pas été pris en compte par l'OFII ;
- la demande d'asile de sa seconde fille née le 8 juillet 2024 ayant été enregistrée comme une première demande d'asile en procédure normale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aurait dû lui être accordé, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la seule circonstance qu'elle a formulé une demande de réexamen ne permettait pas au directeur territorial de l'OFII de lui refuser le bénéfice des considérations matérielles d'accueil eu égard à sa situation de vulnérabilité ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'OFII soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est susceptible de prospérer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 novembre 2024, Mme C a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Vray, avocate de Mme D,
- et les observations de Mme D.
L'OFII, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté lors de l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante ivoirienne née le 2 novembre 1994, est entrée en France en 2021 accompagnée de sa fille E née le 19 juillet 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 octobre 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 12 avril 2023. Elle a donné naissance, le 8 juillet 2024, à sa seconde fille, B, et a introduit une nouvelle demande d'asile, qualifiée par l'administration de demande de réexamen la concernant elle-même et sa fille aînée, et de première demande concernant sa seconde fille. Par la décision attaquée du 14 octobre 2024, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Selon l'article L. 551-15 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 522-3 de ce code dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
4. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
5. Mme D est mère de deux filles, âgées de 4 ans et trois mois. Elle en assume seule la charge, dès lors qu'elle a quitté son époux, qui la violentait, et contre qui elle a déposé plainte. L'OFII ne conteste pas que l'intéressée ne dispose d'aucune ressource permettant de subvenir aux besoins les plus élémentaires de ses jeunes enfants, ni d'une solution d'hébergement, la famille vivant dans la rue. Ces circonstances traduisant une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées, Mme D est fondée à soutenir qu'en refusant de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 14 octobre 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'Office français de l'immigration et de l'intégration accorde à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 14 octobre 2024, date de l'enregistrement de sa demande de réexamen. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Lyon de prendre une décision en ce sens dans le délai de trois jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme D tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 14 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer à Mme D, dans un délai de trois jours courant à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 14 octobre 2024, date de l'enregistrement de sa demande de réexamen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 05 novembre 2024.
La magistrate désignée,
A. C
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
N°241064
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026