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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410692

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410692

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, M. D B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois dont il fait l'objet pour une durée supplémentaire de 42 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

Des pièces ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme le 26 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Au cours de l'audience publique du 28 octobre, Mme C a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bouillet, représentant M. B, qui reprend les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen de la situation personnelle de M. B, ainsi que celui de l'erreur manifeste d'appréciation et de la disproportion dans la requête, abandonne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait enfin valoir que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente,

- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme,

- les observations de M. B, assisté de M. F, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 22 mars 1993, entré en France à " l'hiver 2020 " selon ses déclarations, a vu, par une décision du 23 octobre 2024 du préfet du Puy-de-Dôme, dont il demande l'annulation, l'interdiction de retour sur le territoire français de 18 mois dont il fait l'objet prolongée pour une durée supplémentaire de 42 mois, portant ainsi la durée totale de l'interdiction de retour à 60 mois.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été pris par Mme E A, attachée d'administration hors classe, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture du Puy-de-Dôme, à qui le préfet du Puy-de-Dôme établit avoir délégué sa signature aux fins de signer tous actes administratifs entrant dans le cadre des attributions de ce service, à l'exception des circulaires, instructions générales et courriers aux parlementaires, par un arrêté du 30 mai 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Puy-de-Dôme du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, en particulier les dispositions de l'article L. 612-11, et relève les éléments biographiques du requérant pertinents pour cette application en particulier la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il ne résulte ainsi ni de la motivation, en l'espèce suffisante, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé, préalablement à l'édiction de la décision en litige, à un examen de la situation personnelle de M. B. Le moyen doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prolonger d'une durée de 42 mois l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. B faisait l'objet, par deux arrêtés précédents datés des 27 novembre 2023 et 12 février 2024, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur la date d'entrée alléguée de l'intéressé sur le territoire français au cours de " l'hiver 2020 ", la circonstance qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière pour ne pas avoir déféré aux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 26 juillet et 17 septembre 2022, le 27 novembre 2023 et le 12 février 2024 ainsi que l'absence de liens familiaux anciens, intenses et stables en France en indiquant que l'intéressé est célibataire et sans enfant à charge. Si M. B se prévaut d'une relation avec une ressortissante de nationalité française et fait valoir, lors de l'audience publique, que celle-ci dure depuis 2 ans et qu'il souhaite se marier avec sa compagne, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. De plus, le préfet du Puy-de-Dôme a tenu compte de la circonstance que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Il ressort, à cet égard, des termes de la décision en litige que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits " dégradation de bien d'autrui, avec entrée par effraction, violation de domicile ", commis le 17 septembre 2022 à Vénissieux (69), " maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et dégradation du bien d'autrui commise en réunion ", commis le 22 avril 2023 à Villeurbanne (69), " vente à la sauvette " commis le 27 novembre 2023 à Lyon (69), " détention de contrebande, vente à la sauvette " commis le 20 janvier 2024 à Lyon (69), " détention non autorisée de stupéfiants " commis le 5 mai 2024 à Vénissieux (69), " séquestration de mineur de 15 ans et soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière " commis le 22 juillet 2024 à Vénissieux (69), ainsi que " vol en réunion " pour lesquels il a été interpellé et placé en garde à vue le 21 octobre 2024. Si M. B fait valoir lors de l'audience publique que les faits de séquestration d'un mineur de 15 ans ne sont pas établis par le préfet du Puy-de-Dôme, il ressort toutefois des pièces du dossier et, en particulier, du procès-verbal du 22 octobre 2024, établi par la police nationale de Clermont-Ferrand dans le cadre de la garde à vue de l'intéressé et ayant pour objet la recherche de ses antécédents judiciaires, que ces faits apparaissent dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Par suite, alors même qu'il n'aurait fait l'objet d'aucune condamnation pénale, M. B n'est pas fondé à soutenir que la durée de prolongation de l'interdiction de retour, ainsi fixée à 60 mois, serait entachée d'une erreur d'appréciation ou serait disproportionnée quant à sa durée. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. C

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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