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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410735

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410735

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 25 octobre et 4 novembre 2024, Mme A G doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de procéder à l'enregistrement de sa demande de protection internationale et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeuse d'asile.

Elle soutient que :

- il appartient à la préfète du Rhône de lui communiquer les pièces sur la base desquelles l'arrêté contesté a été édicté ainsi que la délégation de signature consentie à sa signataire ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa situation de vulnérabilité et son état de santé justifient que les autorités françaises décident d'examiner sa demande de protection internationale conformément aux dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et le protocole relatif au statut des réfugiés, conclu à New-York le 31 janvier 1967 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive (UE) n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Bon-Mardion, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Caron, avocate de permanence, représentant Mme G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant sur l'état de vulnérabilité de l'intéressée qui est isolée sur le territoire français et qui présente un état de grossesse à risques depuis le mois de juillet 2024 qui ne lui permet pas de voyager ;

- et les observations de Mme G, assisté de M. D, interprète en langue soninké par téléphone, qui déclare, en réponses aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'elle n'a pas d'autres observations à présenter que celles qui ont été portées à la connaissance du tribunal par son avocate, qu'elle a actuellement des difficultés pour s'alimenter et se déplacer et qu'il lui a été indiqué par une obstétricienne, lors d'un rendez-vous le 25 octobre 2024, qu'elle ne pouvait pas se déplacer en voiture.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante malienne née le 12 août 1999, déclare être entrée en France le 1er mai 2024. Le 30 mai suivant, l'intéressée a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services de la préfecture du Val d'Oise. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques enregistrées dans la base de données centrale et informatisée du système " Eurodac " a révélé que ses empreintes digitales avaient été relevées le 28 février 2024 par les autorités de contrôle compétentes en Espagne, après qu'elle a franchi irrégulièrement la frontière de ce pays. Saisies le 30 mai 2024 d'une demande de prise en charge de Mme G, les autorités espagnoles ont implicitement accepté la requête du préfet du Val d'Oise le 31 juillet suivant. Enfin, par un arrêté du 22 octobre 2024, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

3. En l'espèce, si Mme G soutient qu'il appartient à la préfète du Rhône de lui communiquer les pièces sur la base desquelles l'arrêté contesté a été édicté, l'autorité préfectorale a versé au débat, le 5 novembre 2024, l'ensemble des pièces relatives à sa situation administrative. L'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier de la requérante détenu par l'administration.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces produites en défense que par un arrêté du 17 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le même jour, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme F B, attachée, cheffe du pôle régional Dublin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes administratifs établis par cette direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de transfert vers l'État responsable de la demande d'asile prises en application des dispositions des articles L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, la requérante n'établit ni même n'allègue que Mme E n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté du 22 octobre 2024, à supposer qu'il ait véritablement été soulevé, manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, dit règlement Dublin III : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () ". Selon les termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride () ". Et aux termes l'article L. 571-1 du même code : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 : " La République peut conclure avec les Etats européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. / Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif. ". Selon les termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Par ailleurs, les considérants introductifs de ce règlement invitent les États membres de l'Union européenne, au point (17), à " déroger aux critères de responsabilité, notamment pour des motifs humanitaires et de compassion, afin de permettre le rapprochement des membres de la famille, de proches ou de tout autre parent et examiner une demande de protection internationale introduite sur son territoire () même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères obligatoires fixés par le présent règlement ". En outre, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. ".

7. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du même règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Enfin, en vertu de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le transfert du demandeur d'asile de l'État membre requérant vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée. Selon l'article 31 du même règlement, l'État membre procédant au transfert communique à l'État membre responsable, dans un délai raisonnable avant l'exécution du transfert, les informations permettant de s'assurer que les autorités qui sont compétentes conformément au droit national de l'État membre responsable sont en mesure, le cas échéant en prenant des mesures immédiates, d'apporter une assistance suffisante à cette personne en tenant compte de ses besoins particuliers, y compris les soins de santé urgents indispensables à la sauvegarde de ses intérêts essentiels, et de garantir la continuité de la protection et des droits conférés par le présent règlement et par d'autres instruments juridiques pertinents en matière d'asile. L'article 32 de ce règlement précise à cet égard que : " Aux seules fins de l'administration de soins ou de traitements médicaux, notamment () aux femmes enceintes () l'État membre procédant au transfert transmet à l'État membre responsable des informations relatives aux besoins particuliers de la personne à transférer, dans la mesure où l'autorité compétente conformément au droit national dispose de ces informations, lesquelles peuvent dans certains cas porter sur l'état de santé physique ou mentale de cette personne. Ces informations sont transmises dans un certificat de santé commun accompagné des documents nécessaires. L'État membre responsable s'assure de la prise en compte adéquate de ces besoins particuliers, notamment lorsque des soins médicaux essentiels sont requis ".

9. Par son arrêt du 16 février 2017 C.K et autres c. République de Slovénie (C-578/16 PPU), la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être interprété en ce sens que le transfert d'un demandeur d'asile dans le cadre du règlement Dublin III ne peut être opéré que dans des conditions excluant que ce transfert entraîne un risque réel et avéré que l'intéressé subisse des traitements inhumains ou dégradants, au sens de cet article, ce qui serait le cas si le transfert d'un demandeur d'asile présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave entraînerait le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. Elle a également jugé qu'il incombe aux autorités de l'État membre devant procéder au transfert et, le cas échéant, à ses juridictions, d'éliminer tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé de l'intéressé, en prenant les précautions nécessaires pour que son transfert ait lieu dans des conditions permettant de sauvegarder de manière appropriée et suffisante l'état de santé de cette personne. Dans l'hypothèse où, compte tenu de la particulière gravité de l'affection du demandeur d'asile concerné, ces précautions ne suffiraient pas à assurer que son transfert n'entraînera pas de risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé, il incombe aux autorités de l'État membre concerné de suspendre l'exécution du transfert de l'intéressé, et ce aussi longtemps que son état ne le rend pas apte à un tel transfert.

10. Pour considérer que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation de Mme G ne relevait pas des dérogations prévues par les dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et ainsi refuser de faire application de la clause discrétionnaire prévue par le paragraphe 1 de ce même article 17, la préfète du Rhône s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'Espagne, État membre de l'Union européenne partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York de 1967, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, était en mesure d'offrir à l'intéressée toutes les garanties exigées par le respect du droit d'asile, et d'autre part, de ce qu'elle ne faisait état d'aucun élément susceptible de corroborer l'existence d'une vulnérabilité ou d'une situation médicale particulière empêchant son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale conformément aux dispositions de l'article 13 du même règlement.

11. En l'espèce, si la requérante soutient que l'examen de sa demande de protection internationale doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre État, en raison de son état de vulnérabilité, les éléments versés au débat ne suffisent pas à démontrer que son état de santé, lié à son état de grossesse, serait incompatible avec un transport vers l'Espagne, et en particulier, que son transfert entraînerait le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de sa santé ainsi que de celle de son enfant à naître. En effet, s'il ressort des éléments produits en défense que Mme G, enceinte depuis le 18 mai 2024, a été hospitalisée une première fois au sein du service de gynécologie et obstétrique du Médipôle Hôpital Mutualiste de Villeurbanne à compter du 26 juillet 2024 en raison de " vomissements gravidiques ", il ressort également de ces mêmes éléments que l'intéressée a été autorisée à regagner son domicile le 30 juillet suivant avec un traitement par voie orale de courte durée, après avoir bénéficié d'une prise en charge au sein de l'unité de grossesse pathologique de cet établissement, et elle n'établit ni même n'allègue avoir présenté de tels symptômes postérieurement à son retour à domicile. À cet égard, et alors que l'administration fait valoir en défense, sans être utilement contredite, que le traitement de sortie qui lui a été prescrit ne témoigne pas d'une affection de longue durée, la requérante a uniquement fait état, au cours de l'audience publique, de difficultés à s'alimenter. Par ailleurs, s'il ressort des pièces produites par les parties que Mme G a été hospitalisée une seconde fois au sein du service de gynécologie et obstétrique du Médipôle Hôpital Mutualiste de Villeurbanne le 11 octobre 2024 pour un " cerclage à chaud ", il ressort également de ces mêmes éléments que l'intéressée a été autorisée à regagner son domicile le lendemain compte tenu des " suites simples " de cette opération, sans " contractions ", ni " métrorragies ", ni " pertes de liquide amniotique ", et elle n'établit pas, par ses seules allégations générales, être dans l'impossibilité de se déplacer, alors qu'il ressort des pièces produites en défense qu'elle s'est rendue à l'ensemble de ses convocations auprès du pôle régional Dublin en charge du traitement de son dossier entre le 31 juillet et le 22 octobre 2024. Enfin, si la requérante se prévaut d'un premier certificat médical rédigé par une obstétricienne du Médipôle Hôpital Mutualiste de Villeurbanne le 25 octobre 2024, aux termes duquel sa " grossesse présente des complications graves " et son " état de santé ainsi que celui de son enfant à naître nécessitent beaucoup de repos ", puis d'un second certificat médical rédigé le 28 octobre suivant par un professeur du service de chirurgie gynécologique obstétrique de l'Hôpital Lyon-Sud, aux termes duquel son " état de santé () nécessite le repos à compter de ce jour et jusqu'au (25 janvier 2025) ", ces deux documents, rédigés dans des termes généraux et peu circonstanciés postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté, n'établissement pas davantage qu'elle serait dans l'incapacité totale d'effectuer un voyage vers l'Espagne dans des conditions adaptées à son état de santé ainsi qu'à celui de son enfant à naître, alors qu'il n'est pas contesté qu'elle pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale dans ce pays, dont le système de soins est analogue au système français, conformément aux exigences résultant de l'article 19 de la directive (UE) n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale. Au surplus, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que les articles 31 et 32 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 organisent, entre l'État requérant et l'État requis, un échange d'informations destiné à assurer la continuité des soins médicaux nécessaires, et il incombe aux autorités françaises, préalablement à la mise à exécution effective de la mesure de transfert dans le délai qui leur est imparti, non seulement de veiller, en tant que de besoin, à actualiser les informations fournies à leurs homologues espagnoles afin de garantir le respect des exigences rappelées au point 9, mais également, le cas échéant, de suspendre l'exécution du transfert de Mme G aussi longtemps que son état ne la rendra pas apte à un tel transfert. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme G doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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