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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410788

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410788

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de la préfète du Rhône du 10 juin 2024 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer sous cinq jours un récépissé l'autorisant à travailler et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à verser au conseil du requérant la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et suffisant au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet et suffisant de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et elle est entachée d'une erreur de droit, d'erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la préfète n'a pas sollicité l'avis de la structure d'accueil ;

- la préfète a entachée d'une erreur de droit le refus d'admission exceptionnelle en n'examinant pas sa situation professionnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation du fait qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public et n'entre pas dans le champ des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces ont été enregistrées pour la préfète du Rhône le 27 novembre 2024 qui ont été communiquées.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er août 2000, est entré en France sous couvert d'un visa de court séjour le 20 août 2016. Il a été confié aux services de la protection de l'enfance de la Métropole de Lyon. Il a sollicité le 16 juillet 2020 la délivrance d'une carte de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juillet 2024, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 10 juillet 2024 vise les textes dont il fait application et, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté vise également le rapport de son éducatrice du 26 janvier 2024. La préfète rappelle les principales caractéristiques de la vie privée et familiale de M. A, notamment sa prise en charge par la direction de la protection de l'enfance, les différentes formations suivies par l'intéressé, les différents emplois occupés et la présence de liens familiaux dans son pays d'origine. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le justifient. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen complet et suffisant de sa situation.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient, ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Si M. A se prévaut de ce qu'il a fait l'objet d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance entre ses 16 et 18 ans, qu'il a suivi une formation en CAP " restauration "et qu'il n'entretient pas de liens avec son pays d'origine. Toutefois, s'il a conclu un contrat d'apprentissage avec la société Speak Easy en qualité de serveur, ce contrat a été interrompu et le bulletin de scolarité pour l'année 2019-2020 fait état d'un fort taux d'absentéisme. Par suite, le requérant n'établit pas le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Il ressort en outre des pièces du dossier que, célibataire et sans charge de famille, M. A n'a pas établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, alors qu'il a vécu jusqu'en 2016 dans son pays d'origine où il est constant que résident ses parents. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Un étranger justifiant d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des motifs exceptionnels exigés par ces dispositions pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il appartient en effet à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'intéressé ferait état à l'appui de sa demande, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en 2016 et qu'il est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut de différentes activités professionnelles, celles-ci, eu égard à leur courte durée, ne témoignent pas d'une intégration professionnelle particulière. Par suite ces éléments ne sont pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'admission au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Le requérant n'établit pas être personnellement, directement et actuellement menacé de subir des peines ou traitements humiliants ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été dit au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent, de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être rejetée.

Sur la décision refusant un délai de départ :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

15. En absence de motivation particulière du refus de délai volontaire opposé au requérant alors que le requérant soutient sans être contredit ne pas entrer dans le champ des dispositions précitées, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent, de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés

18. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

19. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er La décision refusant un délai de départ volontaire de M. A est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

Le président-rapporteur,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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