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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410789

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410789

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410789
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 juillet 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 233-1, 1° et L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Boulay, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né en 1974, entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2023 d'après ses déclarations, a été interpellé le 5 juillet 2024. Par les décisions attaquées du 5 juillet 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A, qui a formé un recours gracieux contre ces décisions le 12 juillet 2024 qui a été implicitement rejeté, demande l'annulation de ces décisions du 5 juillet 2024.

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé de l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. En particulier, elle vise les articles L. 233-1, L. 251-1 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les éléments relatifs à la situation familiale, sociale et professionnelle du requérant. Enfin, cette décision vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, évoque la situation de ses enfants et indique que la décision ne contrevient pas à ces stipulations. Par suite, et alors même qu'elle ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne que M. A déclare être sur le territoire français depuis environ un an, n'exerce pas d'activité professionnelle, ne justifie pas de ressources suffisantes, qu'il subsiste grâce aux aides sociales et ne dispose pas d'un domicile stable et établi, dès lors qu'il est hébergé. Elle indique également que l'épouse et les quatre enfants de M. A sont présents en France à ses cotés. A cet égard, la seule circonstance que la décision attaquée ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne saurait révéler l'absence de prise en compte, par la préfète, de l'intérêt supérieur des enfants du requérant. Cette décision précise enfin que M. A a été interpellé pour des faits d'agression sexuelle sur mineur par les services de police de Lyon le 5 juillet 2024. Au regard de ces éléments, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que M. A soit inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et qu'il ait travaillé deux journées dans le cadre d'un contrat à durée déterminée au mois de juin 2024 n'est pas de nature à permettre de considérer que la préfète du Rhône aurait commis une erreur de fait, dès lors qu'une telle activité présente un caractère purement marginal. De même, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait en indiquant que M. A ne disposait pas d'un domicile stable et durable, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est hébergé par une association dans le cadre d'une sous-location.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 231-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV. ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un citoyen de l'Union européenne ne dispose du droit de se maintenir sur le territoire national pour une durée supérieure à trois mois que s'il remplit l'une des conditions, alternatives, exigées à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figure l'exercice d'une activité professionnelle en France. Par ailleurs, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la présence en France est très récente, était demandeur d'emploi à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucun droit au séjour en France, faute d'y exercer une activité professionnelle, l'activité invoquée étant purement marginale, ou de disposer de ressources suffisantes au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni ne répond à aucune autre des conditions prévues à cet article, de même que son épouse. La préfète du Rhône a pu ainsi se fonder sur le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin d'édicter l'obligation de quitter le territoire français, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 233-1 et, en tout état de cause, celles de l'article L. 235-1 du même code.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A était présent depuis en France environ un an à la date de la décision attaquée, aux cotés de son épouse de la même nationalité et de leurs deux filles mineures, nées en 2007 et 2010. D'une part, M. A ne justifie pas de son insertion sociale et professionnelle par les seules circonstances qu'il a travaillé pour une très courte durée au mois de juin 2024, qu'il est inscrit en tant que demandeur d'emploi auprès de l'agence France travail ni du fait de son hébergement par une association. En outre, la scolarité de ses enfants, dont il n'est justifié que pour l'une d'entre elles, présente un caractère très récent. Enfin, il ne conteste pas avoir été interpellé le 5 juillet 2024 en tant qu'auteur, pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de moins de quinze ans. Au regard de ce qui précède, l'éloignement du requérant ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts dans lesquels cette décision a été prise, ni ne méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants. Les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent ainsi être écartés. Il ne ressort pas davantage de ces éléments que cette mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La rapporteure,

P. Boulay

Le président,

J. Segado La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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