Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410790

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMIRZEIN RUDY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête en référé de Mme A, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. La juge des référés a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, malgré une attente de quatorze mois, car la requérante se maintenait irrégulièrement en France après le rejet définitif de sa précédente demande de titre de séjour. Les éléments relatifs à sa présence et à sa situation personnelle ne constituaient pas des circonstances particulières justifiant un traitement prioritaire. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Mirzein, demande au juge des référés du tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de la Loire, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui délivrer un récépissé, dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle attend depuis plus de quatorze mois pour obtenir un rendez-vous, ce qui l'expose à une potentielle mesure d'éloignement ; la durée de la situation de précarité dans laquelle elle se trouve est anormalement longue ; elle ne peut pas mener une vie privée et familiale normale, alors même qu'elle justifie de cinq années de présence en France et de deux ans de vie commune avec un ressortissant français avec lequel elle est pacsée ;

- la mesure sollicitée est utile, elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la demande de la requérante est dépourvue de caractère urgent et qu'elle se heurte à une contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. L'étranger qui estime être dans une situation d'urgence immédiate ne lui permettant pas d'attendre une réponse de l'autorité administrative à la demande de rendez-vous qu'il a présenté, peut saisir le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

4. Mme A fait valoir qu'elle a déposé sa demande de rendez-vous le 22 août 2023 en vue du dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et que, par courrier du 16 octobre 2024, la préfecture l'a invitée à patienter, alors même qu'elle attend un rendez-vous depuis plus de quatorze mois. Toutefois, il résulte de l'instruction que la première demande de titre de séjour présentée par la requérante a été rejetée par une décision du 7 avril 2022 dont la légalité a été confirmée par un jugement du 27 juillet 2022 du tribunal administratif de Lyon, puis par un arrêt du 14 décembre 2022 de la cour administrative d'appel de Lyon. Elle se maintient donc irrégulièrement sur le territoire français en dépit du rejet de cette demande et de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre simultanément. Si à ce jour, la préfecture de la Loire ne lui a pas encore fixé un rendez-vous pour lui permettre de déposer son dossier, les éléments exposés par la requérante concernant sa présence sur le territoire national et sa situation personnelle et familiale, ne permettent pas de les regarder comme constituant des circonstances particulières propres à justifier un traitement prioritaire de sa demande de rendez-vous et ne suffisent pas, en l'espèce, à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Dès lors, la condition d'urgence imposée par l'article L. 521-3 précité du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 21 novembre 2024.

La juge des référés,

C. Rizzato

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,