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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410818

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410818

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGRIOT EMILIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Griot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

- elle porte atteinte aux droits fondamentaux des demandeurs d'asile destinés à leur assurer une vie digne pendant la procédure d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré, le 6 novembre 2024, le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Griot, avocat de M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que la requête est recevable, que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et, enfin, sollicite le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant rwandais né le 4 septembre 1986, demande l'annulation la décision du 22 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Contrairement à ce que soutient l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la requête de M. B n'est pas assortie de moyens dépourvus d'une précision suffisante permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence de précision des moyens soulevés par le requérant, doit être écartée.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

5. Pour refuser d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a relevé, en se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il avait, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France.

6. M. B soutient qu'il est entré en France pour la première fois, le 1er octobre 2021, puis qu'il est retourné au Rwanda, son pays d'origine. Il serait, de nouveau, revenu en France, le 3 septembre 2024, date à laquelle il a sollicité l'asile. Dans le cadre de la présente instance, M. B produit d'une part, une copie de son passeport comportant un tampon sortie " Roissy / CDG " du 6 août 2024 et un tampon d'entrée " Roissy / CDG " du 3 septembre 2024, d'autre part, une copie de carte d'embarquement " From : Kigali To : Paris " du 3 septembre sans date d'année et, enfin, une attestation de première demande d'asile, enregistrée en procédure normale, le 22 octobre 2024, par la préfecture du Rhône. Or, en se bornant à soutenir que le requérant est entré en France, le 1er octobre 2021 et que son passeport comporte un tampon de sortie indiquant un départ de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le 6 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause la dernière date d'entrée sur le territoire dont le requérant se prévaut à savoir, le 3 septembre 2024.

7. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative qui a enregistré la demande d'asile du requérant, en procédure normale, et non pas en procédure accélérée, a ainsi considéré que cette demande n'était pas tardive au regard du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par les dispositions de l'article L. 531-27 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne s'estime pas lié par la qualification donnée à la demande d'asile par la préfecture et l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le classement de la demande d'asile en procédure normale et les effets attachés à un tel classement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B doit être regardé comme étant entré sur le territoire français, en dernier lieu, le 3 septembre 2024. L'intéressé qui a sollicité l'asile le 22 octobre 2024, a ainsi présenté sa demande, dans le délai de 90 jours suivants son entrée sur le territoire français dans le respect du délai fixé par le 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, l'autorité administrative a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Griot, conseil de M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 22 octobre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai d'un mois.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Griot la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La magistrate désignée,

N. Bardad

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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