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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410901

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410901

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSZYDLOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, et un mémoire en réplique enregistré le 18 novembre 2024, M. D B, représenté par Me Boillot, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 9 août 2024 par lequel le maire de Bourg-Saint-Andéol a délivré à M. C un permis de construire modificatif portant sur l'extension de la construction autorisée en 2007 et la création un abri pour les voitures ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bourg-Saint-Andéol la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée en vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ; le terrain d'assiette étant situé en zone N du plan local d'urbanisme, aucun intérêt public ne s'attache à l'exécution de la décision ; les constructions nuisent à l'environnement dans lequel elles s'insèrent ; les travaux ne sont pas en l'état de finition, comme allégué en défense, dès lors notamment qu'il n'y a ni fenêtre ni porte, que la façade, l'isolation et l'étanchéité en terrasse n'ont pas été réalisées ;

- la requête au fond est recevable, dès lors qu'il dispose d'un intérêt à agir, en qualité de voisin immédiat du projet ; le permis vise à régulariser une construction existante non prévue initialement et réalisée alors que le permis était caduc ; la construction autorisée comporte des ouvertures donnant directement sur son fond, ce qui entraîne pour lui une perte d'intimité, d'autant plus que le terrain se situe dans un secteur protégé et naturel ; de plus, la construction projetée surplombe son terrain ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :

* l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

* les travaux faisant l'objet du permis initial ont démarré en 2014, alors que le permis de construire délivré en 2007 était caduc ; la construction qu'il est prévu d'étendre n'a donc pas d'existence légale ; aucune autorité de chose jugée ne peut s'imposer du fait du jugement du tribunal correctionnel rendu en 2018, s'agissant d'un jugement de relaxe ; le permis en litige doit ainsi s'analyser comme un nouveau permis de construire, soumis aux dispositions du plan local d'urbanisme (PLU) actuellement applicable ;

* le projet ne respecte pas les dispositions des articles N1 et N2 du règlement du PLU, qui interdisent les nouvelles constructions, sauf extension limitée ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article N4 du règlement du PLU, ne prévoyant aucun dispositif pour réduire le risque de ruissellement des eaux pluviales ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article N6 du règlement du PLU, le carport étant implanté à moins de 10 mètres de l'axe de la voie ouverte à la circulation publique ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article N7 du règlement du PLU, l'abri de jardin sur lequel doit porter l'autorisation, dès lors qu'il n'a pas été régulièrement édifié, étant implanté en limite de propriété ;

* le permis de construire est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, et méconnaît l'article N3 du règlement du PLU, compte tenu de l'importance des risques d'incendie sur ce secteur et de l'impossibilité d'accès des véhicules d'incendie et de secours, aucune aire de retournement n'étant par ailleurs prévue.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2024, la commune de Bourg-Saint-Andéol, représentée par la Selas cabinet Champauzac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. B ne justifie pas d'un intérêt pour contester le permis modificatif en litige ; les modifications ne remettent pas en cause la conception générale de la construction et ne créent pas d'atteinte nouvelle aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance du bien du requérant ; il n'existe pas de vue réciproque entre le bien immobilier appartenant au requérant et les constructions projetées, la maison de M. B étant distante de 80 mètres de ces dernières et séparées d'elle par un espace densément planté d'arbres ; de plus, les bâtiments projetés sont situés en contrebas de l'habitation du requérant, qui ne subira ainsi aucune atteinte visuelle ; le permis de construire modificatif régularise des constructions existantes, lesquelles étaient présentes lorsque M. B est devenu propriétaire de son bien, de sorte qu'aucun trouble nouveau ne lui est occasionné ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que les travaux sont sur le point d'être achevés ; aucun préjudice immédiat n'est par ailleurs démontré ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse ; en particulier, la caducité du permis initial n'est pas démontrée, le jugement correctionnel du 21 septembre 2018 ayant estimé cette caducité non établie, et l'arrêté interruptif du 11 mai 2015 n'ayant ensuite été levé que le 24 janvier 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Szydlowski, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le recours de M. B est irrecevable, faute d'intérêt pour agir ; M. B a acquis son bien après la délivrance du permis de construire initial et la réalisation des premiers travaux d'extension, de sorte qu'il avait alors une parfaite connaissance de son environnement ; le permis modificatif ne porte que sur une légère extension de la surface de plancher de la maison et la création d'un carport ; il n'est pas démontré que les travaux en litige affectent directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien du requérant ; les deux habitations sont distantes et séparées par un dénivelé important ; il n'existe pas de vue depuis et sur le bien de M. B, compte tenu de la végétation existante ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; les constructions, que le permis régularise, existent déjà ; les modifications apportées par le permis en litige sont de peu d'importance ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 7 octobre 2024 sous le n° 2410034 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté du 9 août 2024 en litige.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Boillot, pour M. B, qui a repris ses conclusions et moyens, en faisant valoir que plus d'un an s'étant à nouveau écoulé entre l'arrêté levant l'interruption des travaux et le permis modificatif en litige, sans travaux entrepris, la caducité est également établie de ce fait ; que, s'agissant de l'intérêt à agir, les modifications apportées au projet suffisent en elle-même, et indépendamment de la qualification de ce permis, à justifier d'un intérêt pour agir, compte tenu de l'importance des constructions nouvelles ;

- Me Barette, pour la commune de Bourg-Saint-Andéol, qui a repris ses conclusions et moyens ;

- Me Szydlowski, pour M. C, qui a repris ses conclusions et moyens ;

- M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 juillet 2007, le maire de Bourg-Saint-Andéol a délivré à M. et Mme C un permis de construire en vue de l'extension d'une maison d'habitation située dans le secteur de Haut-Darbousset. Le 11 mai 2015, le maire a pris un arrêté interruptif de travaux, qui n'a été levé que le 24 janvier 2023. M. C a déposé une demande de permis de construire modificatif visant à régulariser des constructions édifiées sans autorisation, à savoir l'extension d'une superficie de 38 m2 de la construction autorisée en 2007 et l'édification d'un carport. Par un arrêté du 9 août 2024, le maire de Bourg-Saint-Andéol a délivré le permis modificatif. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

En ce qui concerne la recevabilité de la requête au fond :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

5. Il résulte des pièces du dossier que M. B est voisin immédiat du projet en litige. Le permis modificatif porte sur l'extension d'une construction précédemment autorisée en 2007, dont la superficie doit passer de 138 à 176 m2 et la construction d'un bâtiment séparé, qualifié d'abri pour voiture, mais d'une vaste superficie de plus de 60 m2 selon les plans produits au dossier. Le requérant fait valoir l'importance de ces constructions, dans un secteur préservé et d'ailleurs classé en zone naturelle, et le fait que celles-ci sont partiellement visibles depuis sa propriété, qui n'en est distante que d'une dizaine de mètres même si sa propre maison en est plus éloignée, malgré il est vrai la présence d'une haie arborée assez dense, alors au surplus que le terrain d'assiette des constructions projetées est en surplomb de sa propriété. Si le permis modificatif ne crée par lui-même pas d'ouvertures nouvelles sur le terrain de M. B et que l'extension projetée se situe principalement à l'opposé du terrain du requérant, à l'exception toutefois du carport, et quand bien même le permis litigieux vise en réalité à régulariser des constructions partiellement édifiées sans permis de construire, déjà présentes en 2015 lorsque M. B est devenu propriétaire des parcelles voisines, ce dernier justifie suffisamment, en l'état de l'instruction, en faisant état de l'importance et la localisation de ces constructions, d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation du permis de construire modificatif attaqué. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. ".

7. Lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite, ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie que les travaux sont achevés ou de circonstances faisant ressortir qu'un intérêt particulier s'attache à leur achèvement rapide. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

8. En l'espèce, et contrairement à ce que prétend la commune de Bourg-Saint-Andéol, il ressort manifestement des différentes photographies produites au dossier que, si les travaux de gros œuvre sont bien avancés et peut-être achevés, n'ont été réalisés ni les travaux de façade, d'isolation et d'étanchéité en terrasse, ni les travaux de second œuvre à l'intérieur des bâtiments et que ni les portes ni les fenêtres ne sont posées, de sorte que le chantier n'est pas sur le point d'être achevé. Par ailleurs, la circonstance que le permis modificatif vise à régulariser des travaux entrepris sans autorisation, il y a d'ailleurs une dizaine d'années, ne saurait par elle-même justifier d'un intérêt s'attachant à leur achèvement rapide. Par suite, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

9. En l'état de l'instruction, les moyens selon lesquels le permis modificatif est illégal en raison de la caducité du permis de construire initial, qu'il méconnaît les articles N1 et N2, ainsi que l'article N6 du règlement du PLU de la commune de Bourg-Saint-Andéol sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, et en l'état du dossier soumis au juge des référés du tribunal, aucun autre moyen invoqué n'est susceptible d'entraîner la suspension de la décision attaquée.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 9 août 2024 du maire de Bourg-Saint-Andéol.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bourg-Saint-Andéol la somme de 900 euros à verser à M. B au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à qu'il soit fait droit aux conclusions que présentent à ce titre la commune de Bourg-Saint-Andéol et M. C, parties perdantes.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le maire de Bourg-Saint-Andéol a délivré à M. C un permis de construire modificatif est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : La commune de Bourg-Saint-Andéol versera à M. B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bourg-Saint-Andéol et M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, à la commune de Bourg-Saint-Andéol et à M. A C.

Fait à Lyon, le 19 novembre 2024.

Le juge des référés,

T. Besse

Le greffier,

T. ClémentLa République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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