mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410912 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 5 novembre 2024, M. A C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors que l'arrêté contesté du 22 octobre 2024, qui lui a été notifié le 25 octobre suivant alors qu'il était détenu au sein du centre pénitentiaire de Grenoble-Varces, ne précisait pas, dans sa notification, qu'il disposait de la faculté de déposer son recours auprès du chef de cet établissement pénitentiaire ;
En ce qui concerne l'arrêté contesté dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement personnel ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du dernier alinéa du même article ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'existait aucune urgence à l'éloigner du territoire français ;
- son comportement personnel ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ;
- il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la libre circulation garanti par les dispositions de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 5 novembre 2024, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Bon-Mardion, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Nicolas, avocat d'astreinte, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens mais déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté ;
- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en langue espagnole, qui s'en remet à celles présentées par son avocat ;
- et les observations de Me Augoyard, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés et en insistant sur la gravité des faits commis par l'intéressé ; il précise à cet égard que l'erreur de plume contenue dans l'arrêté contesté s'agissant du quantum de la peine à laquelle le requérant a été condamné le 26 juin 2024 par le tribunal correctionnel de Grenoble s'explique par le fait que l'intéressé a également été condamné à une peine d'interdiction d'entrer en relation avec la victime dont le non-respect est puni de deux ans et six mois d'emprisonnement ; il indique enfin que le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lyon a interjeté appel de l'ordonnance du 5 novembre 2024 par laquelle la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a refusé de prolonger la rétention administrative de M. C pour une durée de vingt-six jours et l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Grenoble conformément aux dispositions de l'article L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à se présenter quotidiennement auprès des services du commissariat de police de cette commune.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par le préfet de l'Isère a été enregistrée le 6 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant espagnol né le 21 novembre 1979, déclare être entré en France au cours du mois d'août 2019. Par un jugement du 26 juin 2024, le tribunal correctionnel de Grenoble a condamné l'intéressé à une peine d'emprisonnement délictuel de quatorze mois, dont six mois avec sursis, pour des faits de " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à 8 jours ", à une peine d'interdiction d'entrer en relation avec la victime de cette infraction, dont le non-respect est puni de deux ans et six mois d'emprisonnement, ainsi qu'à une peine d'interdiction de détenir ou de porter une arme pendant cinq ans. Écroué au sein du centre pénitentiaire de Grenoble-Varces à compter du 25 juin 2024, M. C a été libéré le 2 novembre suivant compte tenu d'une remise de peine de trois mois et vingt-deux jours accordée le 2 octobre 2024. Alors qu'il était détenu au sein de cet établissement pénitentiaire, par un arrêté du 22 octobre 2024, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".
5. Le préfet de l'Isère ayant produit, le 5 novembre 2024, les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit à cet égard que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, la décision par laquelle l'autorité administrative oblige un citoyen de l'Union européenne à quitter le territoire français doit être motivée conformément aux dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En l'espèce, les décisions contestées visent les textes dont elles font application, en particulier les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, et s'il lui est loisible de contester la matérialité des faits relevés par le préfet de l'Isère ainsi que l'appréciation qu'il a portée sur sa situation, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée dès lors que la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, les décisions attaquées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.
8. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. C. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale d'avoir entaché ses décisions d'une inexactitude matérielle des faits s'agissant du quantum de la peine qui a été prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Grenoble le 26 juin 2024, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas, à elle-seule, de nature à établir le défaut d'examen invoqué dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que le préfet de l'Isère se soit fondé sur les dispositions de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français. Par ailleurs, s'il est loisible à l'intéressé de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur sa situation personnelle et familiale, cette divergence d'analyse n'est pas davantage de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel qu'il est articulé, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, si M. C, qui a été auditionné par les services de la gendarmerie nationale le 21 octobre 2024, soutient que la décision contestée " porte atteinte à (s)on droit d'être entendu " garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et " comporte une erreur de droit ", ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent qu'être écartés.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
11. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de l'Isère, après avoir visé l'article L. 251-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondé sur l'unique motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiaient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du même code. L'autorité préfectorale a relevé à cet égard, d'une part, que M. C ne justifiait pas avoir des ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins afin de ne pas être une charge pour le système d'assistance sociale français dès lors qu'il ne justifiait pas exercer une activité professionnelle en dépit de ses déclarations, d'autre part, que l'intéressé ne justifiait pas d'une inscription dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, et, enfin, qu'il n'établissait pas être un descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans ou à charge, un ascendant direct à charge, un conjoint, ascendant ou descendant direct à charge d'un conjoint, ni même accompagner ou rejoindre un ressortissant ou être le conjoint ou enfant à charge accompagnant ou rejoignant ce ressortissant qui satisfait aux conditions pour pouvoir légalement séjourner sur le territoire français.
12. En l'espèce, le requérant ne peut utilement soutenir que son comportement personnel ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de l'Isère ne s'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français, mais uniquement sur celles du 1° du même article qu'il a expressément visées. S'il ressort des termes de la décision contestée que l'autorité préfectorale a également relevé que l'intéressé était " hautement défavorablement connu des forces de l'ordre et de la justice ", dès lors qu'il avait " été condamné " le 26 juin 2024 " à 2 ans et 6 mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à 8 jours ", cette seule circonstance n'est pas, par elle-même, de nature à révéler que le préfet de l'Isère aurait entendu se fonder sur le motif tiré de ce que son comportement personnel constituait une telle menace alors qu'il n'en a pas expressément fait état au nombre des motifs de sa décision et qu'il n'a pas davantage visé les dispositions du 2° de cet article. À cet égard, l'autorité préfectorale, qui était représentée au cours de l'audience publique, n'a présenté aucune demande de substitution de base légale ni aucune demande de substitution de motifs. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français est inopérant et ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. M. C, qui déclare être entré sur le territoire français au cours du mois d'août 2019, soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est présent en France depuis cinq ans et qu'il y a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux. Toutefois, le requérant, qui ne justifie de sa présence sur le territoire national qu'à compter de l'année 2020, ne conteste pas qu'il ne justifiait plus d'aucun droit au séjour à la date de la décision attaquée au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 251-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si l'intéressé, qui a déclaré être divorcé lors de son audition par les services de la gendarmerie nationale le 21 octobre 2024, se prévaut de la présence en France de sa sœur et de sa fille née le 6 août 2004, il ne justifie pas de liens suffisamment anciens, intenses et stables à l'égard de ces dernières en produisant une lettre adressée le 7 janvier 2021 à sa sœur par un établissement bancaire, les pièces d'identité et les éléments relatifs à la scolarité de sa fille désormais majeure ainsi qu'une attestation d'hébergement établie par cette dernière le 3 novembre 2024. S'il ressort des termes de cette attestation, rédigée pour les besoins de l'instance dans des termes généraux et peu circonstanciés, que M. C serait hébergé par sa fille sur le territoire de la commune de Grenoble depuis une date indéterminée, il avait pourtant déclaré, le 21 octobre 2024, ne pas connaître l'adresse de l'intéressée située sur le territoire de la commune de Saint-Martin-d'Hères. En outre, si le requérant se prévaut de l'exercice d'activités professionnelles en qualité de maçon entre l'année 2021 et le début de l'année 2024, cette seule circonstance ne suffit pas à établir qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national alors qu'il ne justifiait plus d'une insertion professionnelle préalablement à son incarcération et à sa condamnation par le tribunal correctionnel de Grenoble pour des faits de " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à 8 jours ". Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où résident, selon ses propres déclarations, sa mère, une autre de ses sœurs ainsi que son frère. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, c'est sans commettre d'" erreur de fait " ni porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C que le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
15. Selon les termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
16. Pour refuser à M. C un délai de délai de départ volontaire, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la " nature " et " la gravité des faits " commis par l'intéressé dès lors qu'il avait été " condamné " le 26 juin 2024 par le tribunal correctionnel de Grenoble " à 2 ans et 6 mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à 8 jours ".
17. Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, la seule circonstance qu'un citoyen de l'Union européenne ait été condamné pénalement par les juridictions répressives françaises ne suffit pas, à elle-seule, à caractériser une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le quantum de la peine prononcée à l'encontre de M. C ne s'élève pas à deux ans et six mois d'emprisonnement délictuel, mais à quatorze mois, dont six mois avec sursis, l'intéressé ayant également été condamné à une peine d'interdiction d'entrer en relation avec la victime de cette infraction dont le non-respect est puni de deux ans et six mois d'emprisonnement, ainsi qu'à une peine d'interdiction de détenir ou de porter une arme pendant cinq ans. Alors que le requérant soutient avoir été condamné pénalement pour des faits de " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à 8 jours " après avoir " riposté " à une agression physique dont il aurait été victime de la part d'un " groupe de personnes " qui " faisait du bruit " en " bas de chez (lui) " et qui aurait fait usage d'une " bombe lacrymogène " à son encontre, le préfet de l'Isère ne produit aucun élément de nature à contredire ces allégations et à étayer " la nature " et " la gravité des faits commis " par l'intéressé. Par ailleurs, alors qu'il ressort des nombreuses pièces versées au débat qu'il a exercé une activité professionnelle en qualité de maçon entre l'année 2020 et le début de l'année 2024, M. C soutient également, sans être utilement contredit, que cette condamnation pénale présente un caractère isolée et qu'il a adopté un comportement irréprochable lors de sa détention au sein du centre pénitentiaire de Grenoble-Varces du 25 juin au 2 novembre 2024, ce dont atteste au demeurant la remise de peine de trois mois et vingt-deux jours qui lui avait été accordée le 2 octobre 2024. Dans ces conditions, et en dépit du caractère répréhensible des faits ayant donné lieu à sa condamnation pénale le 26 juin 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existait une urgence à éloigner l'intéressé du territoire français à la date du 22 octobre 2024, ni même que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française à cette même date. Par suite, et à supposer même que l'autorité préfectorale ait entendu se fonder sur ce dernier motif pour caractériser une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit, le requérant est fondé à soutenir qu'elle a fait une inexacte application de ces mêmes dispositions en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
18. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2024 par laquelle le préfet de l'Isère lui a refusé un délai de départ volontaire, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés à son encontre.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
19. M. C ne peut utilement se prévaloir de son droit au respect de sa vie privée et familiale à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, dès lors qu'il a déclaré être divorcé et qu'il n'établit ni même n'allègue qu'il existerait un risque de séparation de son couple dans deux pays distincts. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an :
20. Selon les termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
21. En l'espèce, si la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne comporte aucun des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C sur lesquels le préfet de l'Isère s'est fondé pour prononcer à son encontre, tant dans son principe que dans sa durée, une interdiction de circulation sur le territoire français, alors au surplus qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 12 que la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de l'intéressé n'a pas été édictée sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du même code. Par suite, en l'absence d'une motivation lui permettant de contester utilement les éléments de fait sur lesquels l'autorité préfectorale s'est fondée pour édicter une telle mesure d'interdiction pour une durée d'un an, le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions précitées de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22. Il résulte de ce qui précède que M. C est également fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés à son encontre.
23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C est seulement fonder à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 22 octobre 2024, par lesquelles le préfet de l'Isère lui a refusé un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les frais liés au litige :
24. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Nicolas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Nicolas de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions, contenues dans l'arrêté du 22 octobre 2024, par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé à M. C un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Nicolas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Nicolas la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée au requérant.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026