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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410931

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410931

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Rossi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et de plusieurs erreurs de fait ;

- l'obligation de quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision de refus de délai de départ volontaire prise sur son fondement ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour ;

- l'interdiction de retour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour d'une durée de trois ans méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

La préfète de l'Ain a produit des pièces le 5 novembre 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Richard-Rendolet en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 modifié conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet ;

- les observations de Me Rossi, avocate, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Coquel substituant Me Tomasi, pour la préfète de l'Ain, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. B, requérant, assisté de Mme C, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 17 juin 1995, M. A B demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Traduisant un examen de la situation particulière du requérant, l'arrêté critiqué, qui fait état de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant, et n'avait pas à expliciter les raisons ayant conduit au contrôle d'identité dont il a fait l'objet le 1er novembre 2024, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Si l'intéressé soutient que c'est par erreur que l'arrêté attaqué indique qu'il est célibataire et sans domicile fixe en France, il est constant qu'il a lui-même fait état de ces éléments lors de son audition devant la police aux frontières le 1er novembre 2024 et au demeurant, il ne justifie ni de l'existence d'une relation, ni du fait qu'il dispose d'un domicile en France. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen de la situation du requérant et des erreurs de fait doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (.) ".

6. Pour soutenir que les stipulations précitées ont été méconnues, M. B se prévaut de son entrée en France dans le courant de l'année 2020, de sa résidence régulière chez un ami dans le 8ème arrondissement de Lyon et de sa relation de concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il aurait un projet de mariage. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'entré illégalement sur le territoire national en 2020, l'intéressé, qui ne justifie par aucun élément de l'existence d'une relation de concubinage, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 6 décembre 2021, et a été condamné le 28 juillet 2022 par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de six mois d'emprisonnement dont 3 mois avec sursis pour vol par ruse, effraction aggravée par une autre circonstance. L'intéressé, qui ne parle pas français, a déclaré lors de son audition à la police aux frontières le 1er novembre 2024 que l'ensemble de sa famille se trouvait en Algérie. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme disposant d'attaches solides et stables en France ni justifier d'une particulière insertion. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire entache d'illégalité la décision portant refus de délai de départ volontaire.

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

9. Il est constant que M. B, entré irrégulièrement sur le territoire national et n'ayant pas demandé la délivrance d'un titre de séjour, a déclaré lors de son audition devant la police aux frontières le 1er novembre 2024 ne pas souhaiter quitter la France. Par ailleurs, et alors que la préfète de l'Ain ne s'est pas fondée sur la menace à l'ordre public que constituerait la présence de l'intéressé pour décider de le priver d'un délai de départ volontaire, M. B ne justifie dans la présente instance d'aucun élément établissant la stabilité de sa résidence en France ou la possession de documents d'identité ou de voyage. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Ain aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. Si M. B se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2020 et de sa relation de concubinage avec une ressortissante française, dont il ne démontre la réalité par aucune pièce, il est constant qu'il a été condamné en 2022 pour des faits de vol par ruse, effraction aggravée par une autre circonstance par le tribunal judiciaire de Lyon, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 6 décembre 2021, qu'il ne dispose d'aucun lien de famille sur le territoire national et qu'il ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, c'est sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la préfète de l'Ain a prononcé à son encontre une interdiction de retour, dont la durée de trois ans ne présente pas en l'espèce un caractère disproportionné.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B dirigées contre l'arrêté du 2 novembre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Lu en audience publique le 7 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

F-X. Richard-RendoletLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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