mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | CARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2024, M. B D, alias A G, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler la décision du 2 novembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre par un jugement du tribunal correctionnel de Montpellier du 1er mars 2019 et confirmée par un arrêt de la cour d'appel de Montpellier du 16 mai 2019 ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence de sa signataire ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du même code, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à son édiction ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 5 novembre 2024, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Bon-Mardion, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Caron, avocate de permanence, représentant M. D alias G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant, d'une part, sur le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle de l'intéressé, dès lors que la préfète du Rhône n'a pas tenu compte des observations qu'il a présentées au cours de son audition par les services de la police nationale le 2 novembre 2024, et d'autre part, sur le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le requérant a déposé des demandes d'asile auprès des autorités de plusieurs états européens et qu'il craint d'être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine à raison de sa naissance considérée comme illégitime, de son orientation sexuelle et de ses opinions religieuses ;
- les observations de M. D alias G, qui indique, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'il comprend et parle la langue française, qu'il ne souhaite pas rejoindre son pays d'origine où il est menacé, qu'il n'a jamais sollicité l'asile auprès des autorités françaises et qu'il ne s'est pas davantage prévalu de sa nationalité mauritanienne lors des demandes de protection internationale qu'il a déposées dans différents pays européens ;
- et les observations de Mme C, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. D alias G ne sont pas fondés ; elle insiste en particulier, d'une part, sur le fait que le requérant n'a cessé de se jouer des autorités administratives et judiciaires depuis le début de son parcours migratoire, d'autre part, sur la circonstance tirée de ce qu'il n'a jamais déposé de demande d'asile en France alors qu'il a une nouvelle fois été informé de ces droits en la matière lors de son placement au sein du centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry le 2 novembre 2024 et, enfin, sur le caractère abusif et dilatoire des demandes de protection internationale présentées par l'intéressé dans plusieurs états européens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant mauritanien né le 15 juillet 2000, déclare être entré pour la première fois en France au cours de l'année 2015, où il est notamment connu des autorités administratives et judiciaires sous les identités A El Marzouky, ressortissant marocain né le 26 décembre 2002, A G, ressortissant marocain né le 26 décembre 2002, et A G, ressortissant marocain né le 15 juillet 2000. Alors qu'il avait été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Hérault à compter du mois de septembre 2018 sous l'identité A El Marzouky, ressortissant marocain né le 26 décembre 2002, l'intéressé a été interpellé le 3 janvier 2019 pour des faits de " vol avec violence ", d' " outrage ", de " rébellion " et de " violence sur personne dépositaire de l'autorité publique " commis le 2 janvier 2019 sur le territoire de la commune de Castelnau-le-Lez. À cette occasion, les services de la gendarmerie nationale ont découvert qu'il était en possession d'une carte de demandeur d'asile délivrée par les autorités néerlandaises au nom de M. B E, ressortissant marocain né le 15 janvier 2000 à Tisa, en Mauritanie. Par un jugement du 1er mars 2019, le tribunal correctionnel de Montpellier a condamné M. D alias G à une peine principale de six mois d'emprisonnement ainsi qu'à une peine complémentaire de dix ans d'interdiction du territoire français pour des faits " d'obtention frauduleuse de document administratif " commis le 3 janvier 2018 sur le territoire de la commune de Montpellier, mais l'a relaxé des faits de " déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu " et des faits d' " usurpation de l'identité d'un tiers ou usage de données permettant de l'identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d'autrui ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération " respectivement commis entre le 3 septembre 2018 et le 3 janvier 2019 sur le territoire de la même commune. Par un arrêt du 16 mai 2019, la cour d'appel de Montpellier, après avoir infirmé ce jugement en ce qu'il avait relaxé M. D alias G des faits de " déclaration fausse ou incomplète en vue d'obtenir des prestations d'une personne publique " et l'avait retenu coupable des faits " d'obtention frauduleuse de document administratif ", a confirmé les peines principales et complémentaires précitées en le déclarant coupable des seuls faits de " déclaration fausse ou incomplète en vue d'obtenir des prestations d'une personne publique ", l'intéressé ayant obtenu des services de l'aide sociale à l'enfance des prestations indus pour un montant évalué à 51 404 euros en déclarant être majeur et en fournissant un acte de naissance qui ne correspondait pas à sa personne, mais l'a renvoyé des fins de la poursuite s'agissant des faits " d'obtention frauduleuse de document administratif ", dès lors que s'il était bien en possession de cette carte de demandeur d'asile délivrée par les autorités néerlandaises lors de son interpellation, aucun fait relatif à l'obtention de cette carte n'était démontré aux dates et lieux retenus dans la prévention. Après avoir été écroué au sein du centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone du 4 janvier 2019 au 4 septembre 2020, période au cours de laquelle il a également été condamné le 1er mars 2019 par le tribunal correctionnel de Montpellier à une peine principale de douze mois d'emprisonnement pour les faits précités du 2 janvier 2019 ainsi qu'à une peine complémentaire de trois ans d'interdiction du territoire français par un arrêt de la cour d'appel de Montpellier du 3 juillet 2019 ayant confirmé ce jugement, l'intéressé déclare avoir quitté le territoire national au cours de l'année 2021. Enfin, suite à son interpellation par les services de police nationale sur le territoire de la commune d'Oullins le 2 novembre 2024, par une décision du même jour, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans prononcée à son encontre le 1er mars 2019 et confirmée le 16 mai 2019.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D alias G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".
5. La préfète du Rhône ayant produit, le 5 novembre 2024, les pièces relatives à la situation administrative de M. D alias G, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :
6. D'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoient les dispositions de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime, d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement d'une durée supérieure ou égale à trois ans ou d'un délit pour lequel la peine d'interdiction du territoire français est prévue par la loi. () / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / () La peine d'interdiction du territoire français cesse ses effets à l'expiration de la durée fixée par la décision de condamnation. Cette durée court à compter de la date à laquelle le condamné a quitté le territoire français, constatée selon des modalités déterminées par décret en Conseil d'Etat. () ".
7. D'autre part, selon les termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, () le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". À cet égard, l'article L. 721-4 du même code prévoit que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
8. Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". À cet égard, l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-1 de ce même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Et selon les termes de l'article L. 122-1 dudit code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police administrative spéciale soumise aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et doit par conséquent être précédée d'une procédure contradictoire.
En ce qui concerne la légalité externe de la décision contestée :
10. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que par un arrêté du 11 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du lendemain, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme F Noars, pour les périodes de permanence et dans le ressort dudit département du Rhône, à l'effet de prendre toute décision nécessitée par l'exercice de la permanence et ce, notamment, dans le domaine de la législation et de la réglementation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France. Par ailleurs, il ressort également des pièces produites en défense que Mme Noars, secrétaire générale pour les affaires régionales, avait été désignée pour assurer la permanence du cabinet de la préfète de région Auvergne-Rhône-Alpes du 31 octobre au 8 novembre 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
11. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, en particulier les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D alias G sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre le 1er mars 2019 et confirmée le 16 mai suivant. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale n'était tenue de mentionner que les seuls éléments relatifs à sa situation personnelle sur lesquels elle a entendu se fonder, et non l'ensemble de ceux qu'il avait entendu porter à sa connaissance lors de son audition par les services de la police nationale le 2 novembre 2024, et s'il est loisible à l'intéressé de contester l'appréciation qu'elle a portée sur les craintes dont il fait état en cas de retour dans son pays d'origine, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée. Par suite, la décision contestée, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à M. D alias G d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
12. En dernier lieu, le requérant, qui fait grief à la préfète du Rhône de ne pas avoir suffisamment pris en compte les craintes dont il a fait état au cours de son audition par les services de la police nationale le 2 novembre 2024, ne peut sérieusement soutenir qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration est infondé et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision contestée :
13. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. D alias G. À cet égard, s'il est loisible à l'intéressé de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorales sur les craintes dont il fait état en cas de retour dans son pays d'origine, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit être écarté.
14. En second lieu, pour fixer le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible comme pays à destination duquel M. D alias G pourra être éloigné d'office en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans prononcée à son encontre par un jugement du tribunal correctionnel de Montpellier du 1er mars 2019 et confirmée par un arrêt de la cour d'appel de Montpellier du 16 mai 2019, la préfète du Rhône s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé n'avait pas apporté la preuve de son admissibilité dans aucun autre pays que celui dont il a la nationalité, et, d'autre part, de ce qu'il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans ce pays.
15. En l'espèce, si le requérant soutient avoir précédemment déposé des demandes de protection internationale auprès des autorités suédoises et néerlandaises à raison de peines ou traitements inhumains ou dégradants auxquels il craint d'être exposé en cas de retour en Mauritanie et fait grief à la préfecture du Rhône de ne pas avoir procéder aux vérifications et démarches nécessaires à son transfert auprès de ces mêmes autorités, il est cependant constant qu'il n'a jamais sollicité l'asile auprès des autorités françaises, de sorte qu'il ne peut être regardé comme ayant la qualité de demandeur d'asile. Au surplus, s'il ressort des pièces produites en défense, en particulier des motifs de l'arrêté précité de la cour d'appel de Montpellier du 16 mai 2019 ainsi que du procès-verbal des services de la police aux frontières du port de Sète daté du 19 août 2020, qu'une perquisition menée par les services de la gendarmerie nationale au domicile de l'intéressé avait permis de révéler qu'il était en possession d'une carte de séjour, valide du 25 avril 2018 au 25 avril 2019, délivrée par les autorités néerlandaises à un demandeur d'asile du nom de M. B E, ressortissant marocain né le 15 janvier 2000 à Tisa en Mauritanie, et qui s'est avérée être authentique, il est également constant que M. D alias G ne s'est jamais prévalu de sa nationalité mauritanienne lors du dépôt des demandes de protection internationale qu'il a présentées auprès des autorités suédoises et néerlandaises sous différentes identités, de sorte qu'il ne dispose pas, en tout état de cause, de la qualité de réfugié à raison de persécutions subies dans le pays dont il a véritablement la nationalité. Par ailleurs, si le requérant soutient dans ses écritures qu'il craint d'être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son véritable pays d'origine à raison de sa naissance considérée comme illégitime par la communauté musulmane à laquelle il appartiendrait, et s'il fait également état, lors de l'audience publique, de craintes liées à son orientation sexuelle et à ses opinions religieuses en raison de sa conversion au catholicisme, il ne produit toutefois pas le moindre commencement de preuve de nature à démontrer la réalité, la gravité et l'actualité des risques auxquels il serait, selon lui, personnellement exposé en cas de retour dans ce pays. Enfin, et à supposer que l'intéressé ait réellement entendu se prévaloir du statut d'apatride, il ressort en tout état de cause de ses écritures qu'il n'a entamé aucune démarche en vue de l'obtention d'un tel statut. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel M. D alias G pourra être éloigné d'office en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans prononcée à son encontre le 1er mars 2019 et confirmée le 16 mai 2019.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D alias G doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. D alias G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D alias G est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D alias A G et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026