mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BOUCHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. A C, assigné à résidence dans le département du Rhône, représenté par Me Bouchet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
La procédure a été communiquée à la préfète de l'Allier qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La procédure a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces enregistrées les 7 et 8 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers et aux décisions accompagnant ces mesures.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bouchet, représentant M. C, qui produit des pièces complémentaires immédiatement communiquées, et conclut aux mêmes fins que la requête et, en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, développe les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte, du défaut de motivation, du défaut d'examen de sa situation personnelle, de la violation des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, et, en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'atteinte grave à sa situation personnelle, son comportement n'étant pas constitutif d'une menace à l'ordre public ;
- et les observations de M. C, assisté de Mme D, interprète en langue arménienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant arménien né le 26 mai 1998 déclare être entré en France en 2018. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B E, sous-préfet de Vichy, lequel a reçu une délégation de signature de la préfète de l'Allier par un arrêté du 30 novembre 2023 publié le 1er décembre 2023, accessible au juge comme aux parties, à l'effet de signer l'arrêté attaqué durant les permanences assurées les week-ends et jours fériés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'assurait pas de permanence le 3 novembre 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et à sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, célibataire et sans enfant, se maintient irrégulièrement en France depuis son entrée en 2018, a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 6 janvier 2020 à laquelle il n'a pas déféré, et a été définitivement débouté de l'asile le 12 décembre 2022. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère et de ses frères et sœurs, ces derniers ne séjournent pas régulièrement sur le territoire et seul son frère dispose d'un récépissé de demande de titre de séjour en cours de validité. Par ailleurs, s'il est établi que M. C, qui a fait l'acquisition d'un appartement à Rillieux-la-Pape le 29 août 2024, a exercé la profession de chauffeur-livreur de juin 2021 à octobre 2022 puis de mai 2023 à juillet 2024 et justifie d'une promesse d'embauche, ces éléments ne permettent pas, dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressé, de démontrer qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, ce alors qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, en dépit du décès allégué de son père, et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. En outre, la préfète fait valoir que l'intéressé a été placé en garde à vue le 3 novembre 2024 pour des faits de soustraction à une obligation de quitter le territoire français et conduite avec l'usage d'un faux. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et la préfète de l'Allier n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Allier aurait entaché l'appréciation qu'elle a portée sur les conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle, d'une erreur manifeste.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui, en elle-même, n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre le requérant à retourner dans son pays d'origine. En tout état de cause, si M. C fait valoir des craintes en cas de retour en Arménie eu égard aux conditions de décès de son père, policier, et du défaut de protection des autorités arméniennes, il n'établit pas être personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
12. En premier lieu, pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, la préfète de l'Allier a notamment tenu compte du fait que l'intéressé, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires et dont la présence en France ne représente pas une menace à l'ordre public, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis son entrée en 2018, sans justifier de liens personnels et familiaux suffisamment stables, anciens et intenses, et s'oppose à un retour dans tout pays où il serait admissible. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour, ainsi fixée à trois ans, serait entachée d'une erreur de droit et d'appréciation et ces moyens doivent être écartés.
13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Allier aurait entaché l'appréciation qu'elle a portée sur les conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle, d'une erreur manifeste, et le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Allier du 3 novembre 2024 doivent être rejetées.
DECIDE:
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de l'Allier, à la préfète du Rhône et à Me Bouchet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
La magistrate désignée,
ML. Viallet
Le greffier
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026