mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry n°2, représenté par Me Matricon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet de la Savoie a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années supplémentaires ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné.
Des pièces, enregistrées le 12 novembre 2024, ont été produites par le préfet de la Savoie.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;
- les observations de Me Matricon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soulevant les mêmes moyens ; elle insiste sur l'absence de menace pour l'ordre public que représente le comportement du requérant, celui-ci n'ayant d'ailleurs fait l'objet d'aucune poursuite pénale ; elle précise également que la mère de M. A est titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à résider en Allemagne ;
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui écarte l'ensemble des moyens soulevés et indique qu'une menace pour l'ordre public peut être caractérisée même en l'absence de condamnation pénale ; il précise en outre qu'aucune pièce du dossier ne permet d'établir la régularité du séjour de la mère de M. A en Allemagne ;
- et les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui indique qu'il veut rester en France, qu'il ne supporte pas d'être retenu au sein du centre de rétention administration et qu'il s'excuse pour ses agissements fautifs.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 h 20.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 10 juin 2002, est entré en France en 2023 selon ses déclarations. Par un arrêté du 23 février 2024, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 7 novembre 2024, le préfet de la Savoie a prolongé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années supplémentaires. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 novembre 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. A, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
3. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ".
4. Le préfet de la Savoie ayant produit le 12 novembre 2024 les pièces relatives à la situation administrative de M. A, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, en particulier les dispositions de l'article L. 612-11, et relève les éléments pertinents de la situation personnelle du requérant pour l'application de cet article, en particulier la circonstance qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Savoie aurait omis d'examiner de manière individualisée ou complète la situation de M. A, qui lui était alors soumise. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Et aux termes de l'article L. 612-11 de ce code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".
8. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prolonger d'une durée de deux ans supplémentaires l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. A faisait l'objet par un arrêté précédent du 23 février 2024, le préfet de la Savoie s'est fondé sur la circonstance qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai, qu'il ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et du sérieux de sa relation avec sa compagne, entrée irrégulièrement sur le territoire, qui s'est elle-même déclarée célibataire lors de sa demande d'asile le 4 septembre 2024, qu'il est sans enfant à charge, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son père ainsi que ses sœurs et où il a vécu jusqu' à l'âge de 19 ans, qu'il est défavorablement connu des services de police judiciaire pour des faits de cession, offre, détention non autorisé de stupéfiants et usage illicite de stupéfiants commis le 12 septembre 2022 sous une autre identité, qu'il a été convoqué devant le tribunal judiciaire de Chambéry le 20 juin 2024 pour des faits de vol en réunion et qu'il a été placé en garde à vue le 6 novembre 2024 pour des faits de violences volontaires sur conjoint. Si le requérant soutient qu'il dispose d'une adresse stable, que sa compagne est enceinte et que sa mère réside régulièrement en Allemagne, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par ailleurs, si M. A fait valoir qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, il ne conteste cependant pas les faits qui lui sont reprochés. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la durée de prolongation de l'interdiction de retour, ainsi fixée à deux ans, et portant à trois ans la durée totale d'interdiction de retour sur le territoire français, serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait disproportionnée quant à sa durée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.
Copie en sera adressée à Me Matricon et à l'association Forum Réfugiés.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La magistrate désignée,
F. Jeannot
La greffière
A. Senoussi
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026