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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411285

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411285

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 14 novembre 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Galichet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 notifié le 6 novembre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ou au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, fondée sur le 2° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie avoir demandé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avant son expiration le 30 mai 2024 :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il est certain qu'il ne se soustraira pas à la mesure d'éloignement et sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est illégale par voie d'exception de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, et elle porte une atteinte manifestement disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses quatre enfants.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers et aux décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Galichet, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. B, ressortissant algérien né le 6 septembre 1983, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

5. Pour décider d'obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé s'était maintenu sur le territoire français sans solliciter le renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré régulièrement en France le 24 janvier 2015, a été muni de titres de séjour successifs depuis le 19 décembre 2017, et a demandé le renouvellement de son dernier titre de séjour expirant le 30 mai 2024, comme l'atteste la convocation datée du 15 janvier 2024 fixant au 27 mai 2024 un rendez-vous en préfecture. En outre, il n'est pas contesté qu'il n'a pu honorer ce rendez-vous en raison de son incarcération à compter du 21 mars 2024, et par les pièces qu'il produit, il démontre avoir accompli dès le 7 avril 2024 les diligences nécessaires auprès du greffe du centre pénitentiaire et de la conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation afin de se rendre en préfecture, sans toutefois obtenir de permission de sortie. De plus, il justifie avoir obtenu un deuxième rendez-vous le 14 octobre 2024 auquel il n'a pu se rendre faute de permission avant sa levée d'écrou le 8 novembre 2024, et un troisième rendez-vous est désormais fixé au 23 janvier 2025. Dans l'ensemble de ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de fait en estimant que l'intéressé se maintenait irrégulièrement sur le territoire sans avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a, dès lors, méconnu les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 5 novembre 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. B à quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir le prononcé de cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Galichet, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Galichet de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

DECIDE:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 5 novembre 2024 du préfet du Puy-de-Dôme est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Galichet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Galichet, avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Puy-de-Dôme et à Me Galichet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La magistrate désignée,

ML. Viallet

Le greffier

T. Clément

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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