mardi 27 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411364 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BARDECHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 et le 17 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Edberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour dans les trente jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 800 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une violation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la préfète n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la menace à l'ordre public ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne spécifiquement l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne spécifiquement la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2025 par une ordonnance du 14 avril 2025.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 30 septembre 1988, est entré sur le territoire français irrégulièrement, à une date indéterminée, sans solliciter la régularisation de sa situation administrative. Par l'arrêté contesté du 15 octobre 2024, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire national dans un délai de trente jours sur le fondement de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. D C, directeur de la citoyenneté et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 1er octobre 2024, publié le jour-même au recueil des actes administratifs, librement accessible tant au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise tous les textes utiles sur lesquels la préfète de l'Ain s'est fondée pour prendre les décisions qu'il contient, et mentionne tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant sur lesquels la préfète a fondé son appréciation, sans qu'il soit besoin qu'elle cite explicitement les motifs ou critères qu'elle ne retient pas. L'arrêté contesté comporte ainsi la mention des considérations de droit et de fait qui ont conduit au prononcé des décisions qu'il contient. Alors que la contestation au fond des motifs d'une décision ne se confond pas avec la motivation de ladite décision, le moyen succinctement tiré du défaut de motivation pour l'ensemble des décisions contestées doit être écarté.
4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la préfète de l'Ain a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne s'appliquent pas à sa situation, il ressort des termes de l'arrêté contesté que la préfète n'a pas fondé ses décisions sur ces dispositions. Ce moyen doit par conséquent être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, alors que la seule circonstance que la préfète de l'Ain n'a pas souhaité faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne constitue ni ne révèle une erreur de droit, ce moyen non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé doit être écarté.
6. En cinquième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a notamment pris en compte la circonstance, non contestée par l'intéressé, que M. B avait fait usage d'une fausse carte d'identité italienne lui permettant de se maintenir et d'occuper illégalement une activité professionnelle, sans pour autant le qualifier de menace à l'ordre public et sans fonder ses décisions sur un tel motif. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur la menace à l'ordre public doit être écarté comme inopérant.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Si le requérant soutient qu'il réside habituellement en France depuis trois ans et travaille, il ne justifie aucunement la durée de sa présence continue en France, est célibataire et sans enfant à charge, ne soutient pas avoir des attaches d'une particulière intensité en France, et ne soutient pas être dépourvu de toute attache familiale ou sociale en Tunisie. Par ailleurs, pour ce qui concerne son activité salariée, il ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué, selon lesquelles il aurait fait usage d'une fausse pièce d'identité italienne aux fins d'échapper aux procédures relatives à l'emploi de ressortissants de pays tiers, et se borne à soutenir qu'il y a été contraint par la nécessité. Dans ces circonstances, M. B n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction d'y retourner pour une durée d'un an porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et ce moyen doit être écarté.
8. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ". En se bornant à soutenir, sans plus de précisions circonstanciées, qu'il risque des traitements inhumains ou dégradants s'il doit quitter la France pour retourner en Tunisie, M. B n'établit pas la réalité, la nature et l'actualité des risques allégués, et le moyen tiré de la violation des stipulations précités doit par conséquent être écarté.
9. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne justifie pas être présent en France depuis trois ans comme il le soutient, y est dépourvu de toute attache familiale ou sociale et a fait usage d'une fausse carte d'identité italienne lui permettant de se maintenir et d'occuper illégalement une activité professionnelle. Dans ces conditions, même s'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et même si la préfète n'a pas explicitement estimé qu'il constituait une menace pour l'ordre public, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour et en fixant sa durée à un an. Ce moyen doit par conséquent être écarté.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, par exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sur lesquelles elle se fonde, doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions en injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, doivent par conséquent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente ;
Mme Jorda, première conseillère ;
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mai 2025.
La présidente-rapporteure,
A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,
V. Jorda
La greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026