Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, la Société foncière du Torey, représentée par la SELAS Léga-cité, demande au tribunal :
1°) d’annuler la délibération du 7 octobre 2024 par laquelle le bureau de la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse a exercé son droit de préemption sur les parcelles cadastrées section BO nos 231 et 232, situées 9, rue Joseph Jacquard, à Bourg-en-Bresse ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il appartient à la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse de démontrer qu’une délibération instituant le droit de préemption urbain sur le territoire de la commune de Bourg-en-Bresse a été approuvée et que cette délibération a été publiée et diffusée conformément aux dispositions des articles R. 211-2 et R. 211-3 du code de l’urbanisme ;
- il en va de même s’agissant du caractère exécutoire des différents actes ayant donné compétence au bureau de Grand Bourg Agglomération pour adopter la délibération en litige ;
- il n’est pas établi que la délibération attaquée a été prise dans le délai de deux mois prévu à l’article L. 213-2 du code de l’urbanisme ;
- la délibération en litige est insuffisamment motivée s’agissant de la nature du projet ayant conduit à la préemption ; la réalité de ce projet n’est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2025, la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse, représenté par la SELARL Itinéraires avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Un mémoire, produit pour la Société foncière du Torey, a été enregistré le 30 juillet 2025 et n’a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l’article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar, conseillère,
- les conclusions de Mme Eymaron, rapporteure publique,
- les observations de Me Perrier, pour la Société foncière du Torey, et celles de Me Plénet, pour la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juin 2024, la société Sonepar France Distribution a conclu au profit de la Société foncière du Torey une promesse de vente des parcelles cadastrées section BO nos 231 et 232, situées sur le territoire de la commune de Bourg-en-Bresse au 9 rue Joseph Jacquard. La société foncière du Torey demande au tribunal d’annuler la délibération du 7 octobre 2024 par laquelle le bureau de la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse, dite « Bourg-en-Bresse agglomération », a décidé d’exercer le droit de préemption urbain de cet établissement sur lesdites parcelles.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 210 1 du code de l’urbanisme : « Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l’intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l’article L. 300 1, à l’exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d’aménagement. / Toute décision de préemption doit mentionner l’objet pour lequel ce droit est exercé (…) ». Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d’une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l’exercent, de la réalité d’un projet d’action ou d’opération d’aménagement répondant aux objets mentionnés à l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n’auraient pas été définies à cette date, et, d’autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
3. La délibération en litige fait référence à la délibération du 13 février 2023 par laquelle le conseil communautaire de Grand Bourg Agglomération a délimité des zones d’activités économiques communautaires, parmi lesquelles la zone de Cénord dont relèvent les parcelles préemptées, et précisé les compétences de la communauté d’agglomération s’agissant de ces zones. Elle indique, en outre, que la préemption du terrain permettra de favoriser l’accueil d’activités économiques et de « régénérer du foncier économique sans artificialiser de nouveaux espaces agricoles et naturels tout en favorisant le développement économique sur le territoire de la communauté d’agglomération », et que le tènement est identifié depuis 2024 comme présentant un caractère stratégique pour le développement de l’activité économique. Il ressort, par ailleurs, du schéma d’accueil des entreprises établi par la communauté d’agglomération en novembre 2018 que le secteur de Cénord a été caractérisé comme un espace économique stratégique à étendre et à requalifier. Toutefois, ces éléments, qui sont relatifs à la stratégie urbaine définie par la communauté d’agglomération de Bourg-en-Bresse, ne permettent pas de caractériser un projet précis s’agissant du terrain en cause. De la même manière, la circonstance que les deux parcelles sont identifiées comme un tènement stratégique, au regard de sa faible densité foncière et de sa configuration rectangulaire, pour l’édification d’un bâti de 14 000 mètres-carrés en vue de l’éventuelle exploitation d’une activité industrielle par le document intitulé « études réhabilitation de la zone CENORD », édicté en 2023 par la communauté d’agglomération, ne permet pas de démontrer l’existence d’un projet concret pour la réalisation duquel la décision de préemption aurait été prise. Il s’ensuit que la société requérante est fondée à soutenir que ni la motivation de la délibération en litige, ni les autres pièces du dossier ne permettent de justifier de la réalité d’un projet d’action ou d’une opération d’aménagement au soutien de la décision de préemption contestée.
4. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun autre moyen de la requête n’est susceptible de fonder l’annulation de la délibération attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède que la Société foncière du Torey est fondée à demander l’annulation de la délibération du bureau de la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse du 7 octobre 2024.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une quelconque somme soit mise à la charge de la société requérante, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la Société foncière du Torey sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La délibération du bureau de la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse du 7 octobre 2024 portant préemption des parcelles cadastrées section BO nos 231 et 232 et situées sur le territoire de la commune de Bourg-en-Bresse est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société foncière du Torey et à la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse.
Délibéré après l’audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Viotti, première conseillère,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
La rapporteure,
L. LahmarLe président,
H. Drouet
La greffière,
A. Villain
La République mande et ordonne au préfet de l’Ain en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,