jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411485 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ATV AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, et un mémoire en réplique enregistré le 3 décembre 2024, la société Free Mobile, représentée par le cabinet Pamlaw - Avocats (Me Martin), demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 août 2024, notifié le 26, par lequel le maire de Charly a fait opposition à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée le 22 juillet 2024 en vue de la construction d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 650 chemin des Flachères ;
2°) d'enjoindre au maire de Charly, dans l'hypothèse dans laquelle l'existence d'une décision tacite de non-opposition ne serait pas admise par le tribunal, de prendre un arrêté de non-opposition à sa déclaration préalable de travaux, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'instruire de nouveau sa déclaration préalable de travaux en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Charly la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la couverture du territoire de la commune, et plus généralement du territoire national, par ses réseaux de téléphonie au moyen de ses propres installations est constitutive d'un intérêt public et qu'elle a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat en termes de taux de couverture du territoire et de délai de réalisation pour les réseaux 4G et THD, et 5G ; les objectifs de couverture qui lui sont imposés par l'Etat, à savoir un taux de couverture en 4G de 99,6% de la population métropolitaine à atteindre avant le 8 décembre 2030 et l'implantation de 8 000 stations relais pour la 5G d'ici le 31 décembre 2024, ne sont pas encore atteints ; l'arrêté en litige fait obstacle au lancement des travaux de la station relais ce qui ralentit le déploiement de son réseau et l'atteinte de ses objectifs ; la partie du territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux ; les cartes de l'ARCEP produites en défense ont une valeur purement indicative et ne tiennent compte ni des obstacles ni du nombre d'utilisateurs ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; une décision tacite de non-opposition est née du silence gardé par le maire sur la déclaration préalable pendant un mois ; la décision en litige qui s'analyse comme une décision de retrait a été prise sans procédure contradictoire préalable ; le fait que le maire ait retiré cette décision par un arrêté du 18 novembre 2024 est sans influence, puisque ce dernier arrêté, qui fait l'objet d'un recours contentieux, n'est pas définitif ;
* le maire a fait une inexacte application de l'article 1.2 du règlement de la zone A2 du PLU-H de la métropole de Lyon, dès lors que le projet, dont l'emprise au sol de 8,13 m², ne représente qu'un peu plus de 2% de la parcelle, n'est pas incompatible avec une activité agricole ou pastorale, laquelle n'est en tout état de cause pas exercée sur la parcelle d'assiette, et qu'il ne porte pas atteinte à son milieu environnant ;
* la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le maire ne pouvait pas fonder sa décision sur l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ni sur les articles 4.1 et 4.4 b) du règlement de la zone A2 du PLU-H ;
* la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ; la parcelle d'assiette du projet ne s'inscrit dans aucun périmètre protégé et le milieu environnant présente des installations servant de support à des lignes électriques de haute tension ; l'impact du projet sur le milieu environnant est faible ;
* le grief qui lui est fait de ne pas avoir fourni au soutien de sa déclaration préalable d'éléments précisant les caractéristiques de desserte et d'accès au site manque en fait, et la décision méconnait les dispositions des articles 5.1.1.2.1 et 5.1.1.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H, de l'article R*423-22 du code de l'urbanisme ; il a été fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, la commune de Charly, représentée par la SELARL ATV Avocats Associés (Me Vincens-Bouguereau), conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ; il ressort des données de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) que la zone considérée est bien couverte par les réseaux 3G et 4G propres à la société requérante, que le taux de couverture de la population en 4G par son réseau est de 99% et que le nombre de sites 5G ouverts au 30 juin 2024 s'élevaient à 19 542, dont 6 569 en bandes 3 500 MHz ; la société requérante ne démontre pas que la décision en litige ferait obstacle aux objectifs qui lui sont imposés par l'Etat ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision ; la société requérante a été informée par un courrier en date du 4 novembre 2024 qu'une décision explicite de retrait de l'autorisation tacite de non-opposition était envisagée et n'a formulé aucune observation ; dès lors que l'arrêté du 18 novembre 2024 se substitue à l'arrêté du 19 août 2024, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire préalable n'est pas fondé ; le lieu d'implantation projeté est classé dans un périmètre de protection des espaces naturels et agricoles périurbains (PENAP), le Plateau des étangs ; le projet compromet le caractère agricole de la parcelle ; elle n'a commis aucune erreur de droit et, en tout état de cause, la légalité de la décision attaquée pourra être appréciée au regard des dispositions de l'article 4.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone A2 et de l'article 4.4 c) de la zone A2 ; la réalisation d'un pylône " monotube " d'une hauteur de 19,25 mètres sur lequel sera installé plusieurs antennes, d'une clôture de 2 mètres et d'une zone technique ne s'insère pas harmonieusement dans l'environnement naturel et agricole du site ; le projet méconnait les articles 5.1.1.2.1 et 5.1.1.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon, dès lors que les éléments apportés par la société requérante ne permettent toujours pas d'apprécier les caractéristiques de desserte et d'accès au chemin.
Vu les autres pièces du dossier, la requête enregistrée sous le n° 2410438 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de l'arrêté de la commune de Charly en date du 19 août 2024, ainsi que la requête n° 2411998 par laquelle elle demande l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2024.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et indiqué aux parties qu'il entendait soulever d'office le moyen tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 août 2024, qui doit être regardé comme ayant été implicitement mais nécessairement retiré par l'arrêté du 18 novembre 2024.
Il a ensuite entendu les observations de :
- Me Mirabel, représentant la société Free Mobile, qui a repris ses conclusions et moyens ; s'agissant du moyen relevé d'office, il a indiqué qu'il estimait que les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 19 août 2024 n'avaient pas perdu leur objet, dès lors que l'arrêté du 18 novembre 2024 qui le retire n'est pas définitif, faisant l'objet d'un recours contentieux ;
- Me Mathian, représentant la commune de Charly, qui a repris ses conclusions et moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
La société Free mobile a produit une note en délibéré enregistrée le 5 décembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé en mairie de Charly le 22 juillet 2024 une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur une parcelle située chemin des Flachères à Charly. Par un arrêté en date du 19 août 2024, le maire de Charly s'est opposé à cette déclaration. La société Free Mobile a saisi le juge des référés d'une requête tendant à la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que, par arrêté du 18 novembre 2024, notifié en cours d'instance, le maire de Charly, après avoir mené une procédure contradictoire préalable avec la société Free Mobile, a retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable qui était née le 22 août 2024, avant la notification de l'arrêté du 19 août 2024 en litige, et a fait opposition à la déclaration préalable de la société Free mobile. Ce nouveau refus, qui a pour objet de purger le vice dont était entaché la première décision, a implicitement mais nécessairement pour effet de se substituer à l'arrêté d'opposition du 19 août 2024.
3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
4. Si la décision du 18 novembre 2024, qui s'est substituée à l'arrêté du 19 août 2024, n'est pas définitive, faisant au demeurant en outre l'objet d'un recours contentieux au fond, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision initiale, qui ne produit plus d'effet juridique à la date de la présente ordonnance du fait de l'intervention de l'arrêté du 18 novembre 2024 ont perdu leur objet, eu égard à l'office du juge des référés. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cet acte.
5. En revanche, et ainsi qu'il a été dit, les conclusions de la requête doivent être regardées également comme tendant à la suspension de l'arrêté du 18 novembre 2024, qui s'est substitué à l'arrêté du 19 août 2024 et dont la société requérante a demandé l'annulation par une requête distincte au fond.
Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence :
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
8. Si la commune de Charly conteste la nécessité d'installer une station de radiotéléphonie sur son territoire en relevant notamment que les cartes mises en ligne sur le site internet de l'ARCEP, montrant une couverture de bonne qualité sur l'ensemble du territoire communal par les réseaux 3G et 4G de la société requérante, la société Free Mobile établit, par les cartes qu'elle verse aux débats, plus précises que celles dont il est fait état en défense, que la couverture d'une partie du territoire de la commune de Charly par ses réseaux 4G et 5G, actuellement insuffisante, sera améliorée par le projet litigieux. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat et de la finalité de l'infrastructure projetée, la condition d'urgence exigée par l'article
L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :
9. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par la société Free mobile et tirés de ce qu'en opposant au projet les dispositions de l'article 1.2, 4.1 et 4.4 b du règlement de la zone A2 du PLU-H, les articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, ainsi que celles des articles 5.1.1.2.1 et 5.1.1.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H, le maire de Charly a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 18 novembre 2024 en litige.
10. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies en l'espèce. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.
Sur l'injonction :
11. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté litigieux interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, et en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il doit être enjoint au maire de Charly de délivrer un certificat de non-opposition à titre provisoire à la société Free mobile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente la société Free mobile tendant au versement par la commune de Charly d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par la commune de Charly, partie perdante.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 19 août 2024 du maire de Charly.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 18 novembre 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.
Article 3 : Il est enjoint au maire de Charly de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Charly.
Fait à Lyon, le 5 décembre 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026