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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411783

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411783

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantLULÉ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. F, ressortissant congolais, contestant les décisions du 4 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'obligeait à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la directrice adjointe bénéficiant d'une délégation régulière. Il a également jugé que la décision d'éloignement était suffisamment motivée au regard des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La solution retenue confirme la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, du délai de départ volontaire, de la fixation du pays de destination et de l'interdiction de retour de six mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 novembre 2024 et le 10 avril 2025, M. A F, représenté par Me Lulé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 4 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sa durée est disproportionnée.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces, enregistrées le 14 mars 2025.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato pour exercer temporairement les fonctions de présidente de la 7ème chambre en application du second alinéa de l'article R. 222-17 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, présidente ;

- et les observations de Me Lulé, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 10 juillet 1986, qui déclare être entré en France le 29 juillet 2023 accompagné de son épouse et de ses deux enfants, demande au tribunal d'annuler les décisions du 4 octobre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions ont été signées par Mme B C, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation du préfet à cet effet, par un arrêté du 15 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 16 mai 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et rappelle les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. F. En conséquence, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. Il ne résulte par ailleurs ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône qui a examiné les éléments portés à sa connaissance et notamment le rejet de sa demande d'asile et sa situation familiale, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, alors que celui-ci n'établit pas, ni même n'allègue, n'avoir porté à sa connaissance la relation de son épouse avec un ressortissant français et la grossesse issue de cette relation. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation de M. F doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. M. F réside en France depuis le mois de juillet 2023, soit depuis un peu plus d'une année à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaquée. Si l'intéressé invoque la relation de son épouse avec un ressortissant français, il résulte toutefois des pièces du dossier que l'enfant issu de cette relation n'était pas encore né à la date de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse et que l'intéressé résidait encore, à cette même date, avec son épouse et ses deux filles. S'il fait, par ailleurs, état de la présence en France d'une demi-sœur de son épouse et de ses enfants, de nationalité française, cette seule circonstance ne permet pas de caractériser une vie privée familiale intense, ancienne et stable en France. Dans ces conditions, au regard de ces éléments peu circonstanciés et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de sa vie, alors que la mère de ses deux ainées, Mme E D qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du même jour a également vocation à le rejoindre dans son pays d'origine, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. F ne peut utilement, à l'appui de son moyen, faire état de ce que la mère de ses deux filles est également mère d'un enfant français, qui est né postérieurement à la décision en litige. Par ailleurs, s'il fait valoir que ses deux enfants sont scolarisées en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de ses enfants et ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, eu égard aux motifs exposés ci-dessus, M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

10. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. En l'espèce, la demande d'asile de M. F a été rejetée à deux reprises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Si l'intéressé fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux menaces dont il pourrait faire l'objet en République démocratique du Congo, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et devant la Cour nationale du droit d'asile et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour dans son pays d'origine. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité l'interdiction de retour prise sur son fondement.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

14. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète, qui n'est pas tenue de préciser que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet précédemment d'une obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'elle ne retient pas ces critères, a suffisamment motivé sa décision, fondée, au demeurant, sur les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles de l'article L. 612-6 du code, au regard des critères requis par les dispositions citées au point 13 de ce jugement.

15. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont M. F ne peut donc utilement invoquer la méconnaissance.

16. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le requérant ne dispose d'aucune attache personnelle ou familiale particulière en France. Bien qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet précédemment d'une obligation de quitter le territoire français, la décision attaquée ne présente pas un caractère disproportionné, tant dans son principe que dans sa durée, et n'est, par suite, pas entachée d'une erreur d'appréciation ni ne méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En dernier lieu, en l'absence d'argumentation particulière, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions du 4 octobre 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation du requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rizzato, la première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

C. Rizzato

L'assesseure la plus ancienne

C. Leravat La greffière,

C. Hoareau

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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