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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411902

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411902

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSARL LACHENAUD AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, M. A B C, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pour une durée de cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour d'une durée de cinq ans méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Le préfet de la Haute-Savoie a produit des pièces le 3 décembre 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Richard-Rendolet en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet ;

- les observations de Me Lachenaud, avocate, pour M. B C, qui indique se désister du moyen tiré de l'incompétence du signataire ;

- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, pour le préfet de la Haute-Savoie, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. B C, requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant cubain né le 26 décembre 1997, M. B C demande l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pour une durée de cinq ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Traduisant un examen de la situation particulière du requérant, l'arrêté critiqué, qui fait en particulier état de façon circonstanciée des condamnations pénales du requérant, ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions en litige et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (.) ".

6. Pour soutenir que les stipulations précitées ont été méconnues, M. B C fait état de son arrivée en France à l'âge de huit ans, de son hébergement au domicile de sa mère à Annemasse, de ses efforts de réinsertion pendant son incarcération à la maison d'arrêt de Villefranche-sur-Saône, de son suivi psychiatrique régulier et de ses efforts pour respecter son assignation à résidence. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire sans enfants, a été condamné le 7 mars 2024 par le tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains à une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et destruction du bien d'autrui, et est défavorablement connu des services de sécurité pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme, violence sur ascendant suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, usage illicite de stupéfiants, et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 13 septembre 2023 à laquelle il n'a pas déféré. Dans ces conditions, le moyen soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

8. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B C, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur le fait que son comportement représentait une menace à l'ordre public et sur le risque qu'il se soustraie à la décision d'éloignement, en raison de l'absence de garanties de représentation du fait que l'intéressé ne peut justifier de la possession de documents d'identité et de voyage. M. B soutient qu'il a fait preuve d'un bon comportement en détention et pendant son assignation à résidence. Toutefois, et alors que M. B C a fait l'objet d'un constat de rupture de son assignation à résidence par la police judiciaire d'Annecy le 28 novembre 2024, il est constant que l'intéressé a été condamné le 7 mars 2024 par le tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains à une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et destruction du bien d'autrui, et est défavorablement connu des services de sécurité pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme, violence sur ascendant suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et usage illicite de stupéfiants. Dans son jugement du 7 mars 2024, le tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains relevait que " le profil psychiatrique " de M. B C était " inquiétant ", qu'il était d'une " dangerosité avérée ", et qu'il souffrait d'un " trouble de la personnalité de type psychotique aggravé par la consommation de stupéfiants ", constats que l'intéressé ne remet en cause par aucune des pièces jointes à sa requête. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas utilement être dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. "

10. Pour contester l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années édictée à son encontre par le préfet de la Haute-Savoie, M. B C fait valoir la présence en France de sa mère et de deux de ses sœurs, et ses efforts de réinsertion. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 13 septembre 2023, n'a pas respecté l'assignation à résidence prise à son encontre le 20 novembre 2024, qu'il a été condamné le 7 mars 2024 à une peine d'emprisonnement de deux ans dont un an assorti d'un sursis probatoire pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et destruction ou dégradation volontaire du bien d'autrui, et enfin qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme, violence sur ascendant et usage illicite de stupéfiants. Le requérant ne démontre par ailleurs par aucune pièce qu'il continue d'entretenir des liens avec les membres de sa famille présents en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Savoie a prononcé à son encontre une interdiction de retour, dont la durée de cinq ans ne présente pas en l'espèce un caractère disproportionné.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B C dirigées contre la décision du 30 novembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et au préfet de la Haute-Savoie.

Lu en audience publique le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

F-X. Richard-RendoletLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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