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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411903

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411903

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024 sous le n°2411903, M. E F, représenté par Me Frery, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision née le 6 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui remettre un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il réside en France depuis plus de huit années, qu'il n'a pas reçu de document provisoire lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de travailler, alors qu'il est le père d'un enfant français, qu'il est dans une situation de précarité en raison de cette situation, et qu'il ne peut pas donner suite aux propositions de contrats de travail ; sa fille ne peut pas obtenir de carte européenne d'assurance maladie pour un voyage scolaire du fait de sa situation ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour les moyens suivants : la décision n'est pas motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ; elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 11 et 12 décembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- en l'absence de production d'une copie d'un acte intégral de naissance, la demande était incomplète et seul un refus d'enregistrement est né, qui ne fait pas grief.

II - Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024 sous le n°2411906, Mme A G épouse F, représentée par Me Frery, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision née le 6 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui remettre un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle réside en France depuis plus de huit années, qu'elle n'a pas reçu de document provisoire lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de travailler, alors qu'elle est la mère d'un enfant français, qu'elle est dans une situation de précarité en raison de cette situation, et qu'elle ne peut pas donner suite aux propositions de contrat de travail ; sa fille ne peut pas obtenir de carte européenne d'assurance maladie pour un voyage scolaire du fait de sa situation ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour les moyens suivants : la décision n'est pas motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ; elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 11 et 12 décembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- en l'absence de production d'une copie d'un acte intégral de naissance, la demande était incomplète et seul un refus d'enregistrement est né, qui ne fait pas grief.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes enregistrées le 2 décembre 2024 sous les n° 2411901 et 2411905 par lesquelles Mme F et M. F demandent l'annulation des décisions litigieuses.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Frery, représentant M. et Mme F, qui reprend oralement les moyens et conclusions présentées dans ses écritures. Elle précise, s'agissant de l'urgence, que les requérants sont légitimement en droit de bénéficier d'un titre de séjour en tant que parents d'un enfant français, et qu'ils sont maintenus en situation de précarité alors qu'ils disposent de promesses d'embauche sérieuses. Elle indique également qu'elle a sollicité une demande d'aide juridictionnelle pour les requérants avant de saisir la juridiction. Elle indique sur le fond que les actes intégraux de naissance ont été fournis, et que la demande de titre de séjour a bien été considérée comme complète par la préfecture du Rhône, qui a délivré une attestation de dépôt de titre de séjour.

- les observations de M. et Mme F.

- les observations de M. D, maire de la commune de Ronno.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°2411903 et n° 2411906 présentées pour M. et Mme F présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. et Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle, par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. M. et Mme F, ressortissants arméniens nés respectivement le 15 mai 1981 et le 10 décembre 1991, sont entrés selon leurs déclarations pour la dernière fois en France le 13 juillet 2016 en compagnie de leurs deux enfants, C et B, cette dernière étant née sur le territoire français et ayant obtenu la nationalité française en mars 2024. Ils ont sollicité le 6 mai 2024 la régularisation de leur situation et sollicité un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. Les requérants demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions nées le 6 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a implicitement rejeté leur demande de titre de séjour.

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre les décisions en litige, les requérants se prévalent de ce que, en l'absence de délivrance d'un document provisoire, ils sont maintenus dans une situation de précarité les empêchant de séjourner régulièrement et de travailler en France, et de ce que cette situation est particulièrement préjudiciable à leur famille et notamment pour leur fille qui a obtenu la nationalité française. Toutefois, alors que les décisions en litige sont nées le 6 septembre 2024, les intéressés n'ont saisi le tribunal d'une demande d'annulation et de suspension de ces décisions que le 2 décembre 2024, sans faire valoir d'éléments qui justifieraient le délai à contester cette décision, alors qu'ils allèguent être dans une situation d'urgence, leur demande d'aide juridictionnelle n'étant en tout état de cause pas un préalable obligatoire à la saisine du juge des référés. Par ailleurs, alors que les refus critiqués n'affectent pas en eux-mêmes la situation des requérants qui se trouvaient déjà en situation irrégulière sur le territoire français, et quelque soit leur espérance légitime à obtenir un titre de séjour, les éléments avancés ne suffisent pas pour justifier de circonstances particulières caractérisant, au regard des conséquences immédiates des refus qui leur sont opposés, la nécessité de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente de la décision juridictionnelle statuant sur la légalité des décisions en cause. Dans ces conditions, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme F à fin de suspension, d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme F sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme F est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E F, à Mme A G épouse F et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 12 décembre 2024.

Le juge des référés,

C. Bertolo

La greffière,

F. GaillardLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2411903 - 2411906

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