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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2411971

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2411971

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2411971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOYER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné le recours de M. B, ressortissant serbe, contre un arrêté préfectoral du 15 octobre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Il a estimé que la décision d'interdiction de retour était légalement fondée sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir substitué cette base légale à celle initialement retenue. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, M. D B, représenté par Me Boyer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'inexactitude matérielle, dans la mesure où il ne s'est pas déclaré séparé de la mère de ses enfants ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle contrevient à l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées, ce qui ne permet pas de considérer que la préfète a examiné de manière attentive sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'exécution de la mesure d'éloignement aurait pour effet de le séparer de sa compagne, de nationalité kosovare, et de leurs enfants, ce qui méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 7 mai 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 23 mai 2025.

Par un courrier du 10 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'appliquent pas à M. B dans la mesure où un délai de départ volontaire lui a été accordé pour exécuter son obligation de quitter le territoire français, et qu'il y a lieu d'y substituer les dispositions de l'article L. 612-7 du même code comme base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'intéressé s'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 6 décembre 2016.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant serbe né le 22 juillet 1980 à Vranje (ex-Yougoslavie), déclare être entré en France le 19 janvier 2016 muni d'un passeport biométrique. Il était alors accompagné, selon ses déclarations, de ses trois enfants mineurs et de leur mère, Mme H, ressortissante kosovare. Par décision du 13 avril 2016, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 septembre 2016. Le préfet du Rhône lui a alors notifié, le 6 décembre 2016, une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmé en dernier lieu par un arrêt nos 17LY00986-17LY00989 rendu par la cour administrative d'appel de Lyon le 13 juillet 2017. Le 6 août 2024, M. B a demandé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 octobre 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen visant la décision attaquée dans son ensemble :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme C F, directrice des migrations et de l'intégration, qui avait reçue délégation à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 15 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le lendemain. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, si M. B soutient qu'en retenant qu'il est séparé de Mme E A, ressortissante kosovare avec laquelle il a eu trois enfants mineurs, la préfète du Rhône a commis une erreur de fait, la préfète fait quant à elle valoir que Mme A s'est déclarée comme tel auprès des services préfectoraux. S'il ressort des pièces du dossier que M. B réside toujours avec Mme A, cette seule circonstance ne suffit pas à établir l'inexactitude matérielle alléguée par M. B, lequel n'apporte aucun élément probant permettant de remettre sérieusement en cause les déclarations de Mme A. Par suite, l'erreur de fait dont il se prévaut n'est pas établie.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis huit années, après avoir vécu trente-cinq ans dans son pays d'origine. Sa durée de présence résulte essentiellement de l'examen de sa demande d'asile et de son maintien irrégulier, en méconnaissance de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 6 décembre 2016. Il a ensuite attendu près de huit ans pour solliciter la régularisation de sa situation administrative. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de tout lien en Serbie, où résident ses parents et où la scolarité de ses enfants mineurs pourra se poursuivre. En outre, la décision contestée, distincte de la décision fixant le pays de destination, n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de ses enfants, ni de priver ces derniers de la présence de leur mère, Mme A, ressortissante kosovare, cette dernière faisant l'objet d'une mesure d'éloignement similaire. S'il fait valoir que la nationalité de son ancienne concubine est différente de la sienne, la circonstance que deux étrangers, parents d'enfants mineurs, sont de deux nationalités distinctes est sans incidence sur la légalité des décisions les concernant portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Seules les décisions fixant le pays de destination peuvent être contestées au motif qu'il existerait, du fait de la différence de nationalité, un risque de séparation des parents dans deux pays distincts. Le requérant invoque également la présence en France de sa fille née d'une autre union, Mme G B, titulaire d'une carte de séjour temporaire. Toutefois, celle-ci est désormais âgée de vingt-quatre ans et sa présence sur le territoire ne saurait, à elle seule, fonder un droit au séjour au bénéfice des membres de sa famille. Il en va de même de la circonstance que les enfants mineurs du requérant puissent prétendre, dans le futur, à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. En tout état de cause, le requérant ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa fille aînée l'accompagne en Serbie ou lui rende ponctuellement visite. Enfin, en dépit de sa durée de présence, M. B ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en refusant de lui accorder un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il en va de même des moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

7. Compte tenu de sa situation personnelle et professionnelle en France, telle que décrite au point 5, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Rhône a pu estimer que les éléments dont s'était prévalu M. B ne constituaient pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

10. La décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dûment visé. Elle fait suite à la décision lui refusant un titre de séjour, laquelle mentionne les articles dont elle fait application, en l'occurrence les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les raisons de fait pour lesquelles M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour. Dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour était suffisamment motivée, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète du Rhône aurait négligé de procéder à un examen attentif de la situation de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige prévoit, en son article 6, que dans l'hypothèse où M. B n'aurait pas quitté le territoire français à l'expiration du délai de trente jour qui lui est imparti, la décision d'éloignement sera " mise à exécution à destination du pays dont [il] possède la nationalité ", c'est-à-dire la Serbie, " ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible ", à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse. L'arrêté du 11 juin 2024, qui oblige la mère de ses enfants, Mme A, de nationalité kosovare, à quitter le territoire français, comporte les mêmes mentions. Ainsi, la décision en litige, faute de limiter l'éloignement du requérant vers les pays où son ancienne compagne ainsi que leurs enfants sont légalement admissibles, permet de les renvoyer dans un pays différent, ce qui aurait nécessairement pour effet de séparer, même provisoirement, les enfants de l'un de leurs parents. Il s'ensuit que la décision fixant le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être reconduit d'office, en tant qu'elle rend possible son éloignement à destination d'un pays différent de celui de Mme A, méconnaît l'intérêt supérieur de leurs enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et doit être annulée dans cette mesure.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas l'annulation, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions visant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

16. La décision par laquelle la préfète du Rhône a interdit à M. B le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par la préfète de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées.

17. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, il résulte des visas de la décision attaquée que la préfète du Rhône a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, cette décision ne pouvait intervenir sur ce fondement, dès lors que le requérant s'est vue octroyer un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut trouver son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

19. En l'espèce, la préfète du Rhône aurait pu se fonder sur les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français, dans la mesure où il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 6 décembre 2016. Il s'ensuit que les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à l'article L. 612-6 du même code, sur lesquelles s'est fondée à tort la préfète du Rhône, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie et que l'administration a disposé du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

20. En dernier lieu, compte tenu de la vie privée et familiale du requérant, déjà décrite au point 5 du présent jugement, et de la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement demeurée inexécutée, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois, alors au demeurant que la durée maximale est fixée à cinq ans par les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination, contenue dans l'arrêté du 15 octobre 2024, en tant qu'elle rend possible l'éloignement de M. B à destination d'un pays différent de la mère de ses enfants.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

22. Compte tenu du motif ayant justifié l'annulation de la décision fixant le pays de destination, seul susceptible de la fonder, l'exécution du présent jugement n'implique pas que la préfète du Rhône délivre un titre de séjour à M. B mais implique que la préfète reprenne une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office s'il se maintien sur le territoire français, en tenant compte de la situation de la mère de ses enfants, Mme A, ressortissante kosovare. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision fixant le pays à destination duquel M. B peut être reconduit d'office, contenue dans l'arrêté du 15 octobre 2024, est annulée en tant qu'elle rend possible son éloignement à destination d'un pays différent de la mère de ses enfants, Mme H.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. B en ce qui concerne le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office, en tenant compte de la situation de Mme E A, ressortissante kosovare, ce, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Océane Viotti, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

H. Drouet

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2411971

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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