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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412026

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412026

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 26 novembre 2024 portant refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de 30 jours et prononçant une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an et l'arrêté de la préfète de l'Ain du 2 décembre 2024 mettant fin au délai de départ volontaire préalablement accordé ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- les arrêtés sont entachés d'incompétence ;

- le refus de délivrance de titre de séjour est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard de l'absence de saisine de la commission de titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il entre dans le cadre de la délivrance d'un titre de séjour temporaire d'une année sur le fondement des stipulations de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 décembre 2024, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Carreras, avocat, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et indique se désister du moyen tiré de l'incompétence ;

- les observations de Me Augoyard, substituant Me Tomasi, qui conclut au rejet de la requête et précise les conditions d'application de l'article L. 612-8 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la décision d'interdiction de retour ;

- les observations de M. B qui précise notamment sa situation familiale et les conditions de son séjour sur le territoire national.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 20 juin 1988, a fait l'objet le 26 novembre 2024 d'un arrêté pris par le préfet de l'Hérault portant refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de 30 jours et prononçant une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an et le 2 décembre 2024 d'un arrêté pris par la préfète de l'Ain mettant fin au délai de départ volontaire préalablement accordé.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs :

4. L'arrêté du préfet de l'Hérault du 26 novembre 2024 et l'arrêté de la préfète de l'Ain du 2 décembre 2024 visent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 411-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. L'arrêté du préfet a enfin visé les dispositions applicables à sa situation et a rappelé la situation familiale du requérant et les nombreuses condamnations dont il a fait l'objet. Les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

5. Il ne ressort ni de la motivation des décisions attaquées, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé dans chacun des arrêtés contestés à un examen de la situation personnelle du requérant au regard de l'ensemble des informations portées à leur connaissance préalablement à leur édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. Si le requérant soutient être entré en France en 2006, il n'établit pas résider habituellement en France depuis cette date. Plus particulièrement, il ne justifie d'aucun élément probant pour la période en particulier allant de 2014 à 2015, se bornant essentiellement à produire des documents en nombre limité. Par ailleurs, si pour la période plus récente postérieure à l'année 2019, il fait état de sa présence à travers différents documents relatifs à la présence de ses deux enfants mineurs nés d'union différente et aussi des éléments liés à ses condamnations, cela ne permet pas de retenir une présence continue durant une période de 10 ans. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. M. B soutient être entré en France en 2006. Il indique être le père de deux enfants de nationalité française nés en 2012 et en 2021 d'union différente pour lesquels il poursuit des démarches auprès des tribunaux judiciaires d'Annecy et de Bobigny en vue d'obtenir des possibilités de recouvrer ses droits de père de famille dans un contexte de sortie de détention. Il fait état par ailleurs de ses efforts d'insertion à travers ses activités au sein de la communauté Emmaüs. Toutefois, si le requérant déclare avoir disposé de titres de séjour dont le dernier aurait été renouvelé en 2020, il ne justifie pas de sa présence continue sur le territoire national et produit peu de pièces pour justifier de sa présence. Il ne justifie pas davantage contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dont il a vécu séparé pendant de longues périodes et notamment pendant des périodes de détention à l'issue de plusieurs condamnations y compris pour récidive pour des faits notamment d'outrage et de violence aggravée à l'encontre de personne dépositaire de l'autorité publique, de violences volontaires sur une personne dépositaire de l'autorité publique, de vol aggravé, de vol en réunion. Il a connu plusieurs périodes de détention au cours des dernières années, la dernière condamnation datant de l'année 2023. Il en résulte que, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B ne justifie pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait méconnu l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard des éléments relatifs à sa situation au regard des menaces à l'ordre public dont il est fait état dans la décision attaquée.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. M. B indique être le père de deux enfants de nationalité française nés en 2012 et en 2021 d'union différente. Il fait valoir à l'audience qu'il poursuit des démarches auprès des tribunaux judiciaires d'Annecy et de Bobigny en vue d'obtenir des possibilités de recouvrer ses droits de père de famille dans un contexte de sortie de détention. Il ne justifie pas au regard des pièces produites contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dont il a par ailleurs vécu séparé pendant de longues périodes. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, le moyen tiré d'une méconnaissance l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

18. Si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il entre dans le cadre de la délivrance d'un titre de séjour temporaire d'une année sur le fondement des stipulations de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne justifie pas comme il a été dit précédemment remplir les conditions de délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de père d'enfant français.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

19. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas d'une adresse stable. La préfète précise sans être contredite que le requérant a quitté le département de l'Hérault sans communiquer ses nouvelles coordonnées et allègue être hébergé chez des amis. Il a par ailleurs explicitement déclaré ne pas vouloir retourner en Tunisie. La préfète de l'Ain pouvait dès lors légalement refuser d'accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

20. Aux termes de l'article L. 612-10 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

21. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. B pour une durée d'un an, le préfet a considéré que l'intéressé ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine, ne justifie d'aucune intégration particulière et a fait l'objet de plusieurs condamnations. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que cette autorité a pu interdire de retour sur le territoire M. B.

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction des décisions attaquées présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Ain et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et au préfet de l'Hérault en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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