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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412107

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412107

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantGUERAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 16 janvier 2025, M. C A, représenté par Me Guerault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2024 par lequel la préfète du Rhône a retiré le visa de long séjour qui lui a été délivré le 5 avril 2018 et les titres de séjours obtenus jusqu'au 10 janvier 2024, a rejeté sa demande de titre de séjour, a abrogé son autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et prononcé une interdiction de territoire français de 12 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de mettre fin à toute mesure de contrôle et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au réexamen de son droit au séjour dans un délai de 8 jours à compte de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé avec droit au travail dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de supprimer son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 300 euros outre intérêts au taux légal en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant du retrait de visa :

- la préfète du Rhône ne disposait pas de compétence pour procéder au retrait de visa ;

- la préfète ne disposait que d'un pouvoir d'abrogation et par suite le retrait est entaché d'erreur de droit ;

s'agissant du retrait de titres de séjour :

- il n'a pas bénéficié de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions de article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 121-1, L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations du public et de l'administration ;

- du fait de l'illégalité du retrait de visa, la préfète ne pouvait retirer les titres de séjour sur le fondement de l'absence de visa de long séjour ;

- dès lors qu'il séjourne en qualité de salarié, le retrait du visa délivré en tant que conjoint de français est sans incidence sur la légalité du titre ;

- il n'y a pas eu de fraude dans le cadre de la demande de titre de séjour salarié ;

- la rupture du mariage est due à son ex-épouse ;

s'agissant du refus de titre de séjour " salarié " :

- la préfète devait se prononcer sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et a commis une erreur de droit en se prononçant au visa des articles L. 421-1 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète ne pouvait opposer l'absence de visa de long séjour dès lors que le retrait est illégal ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen complet de l'admission exceptionnelle au séjour ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant du refus de titre de séjour " vie privée et familiale " :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale étant fondée sur le retrait de visa, le retrait de titres et le refus de titres, décisions elles-mêmes illégales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de l'interdiction de territoire français :

- la décision est fondée sur une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas dénué d'attaches familiales en France ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public et par suite la décision méconnait les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination :

- les décisions sont illégales étant fondées sur le retrait de visa, le retrait de titres et le refus de titres, décisions elles-mêmes illégales.

Des pièces ont été produites par la préfète du Rhône le 31 janvier 2025 qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément,

- et les observations de Me Guérault pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 16 décembre 1978, a épousé à Chambéry le 29 décembre 2017 Mme B, ressortissante française. Après être retourné en Tunisie, il est revenu en France le 12 avril 2018 sous couvert d'un visa long séjour valable du 5 avril 2018 au 5 avril 2019. Alors que la communauté de vie avec son épouse a cessé le 1er juin 2018, il a obtenu un titre de séjour " salarié " valable du 11 janvier 2023 au 10 janvier 2024. Il a demandé le renouvellement de ce titre le 6 janvier 2024 et par les décisions attaquées, la préfète du Rhône a retiré le visa de long séjour délivré le 5 avril 2018 et les titres de séjours obtenus jusqu'au 10 janvier 2024, a rejeté sa demande de titre de séjour, a abrogé son autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et prononcé une interdiction de territoire français de 12 mois.

2. En premier lieu, alors que le visa de long séjour a été délivré par les services consulaires à M. A, la préfète du Rhône n'était pas compétente pour en prononcer le retrait. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision prononçant le retrait de cet acte est illégale et à en demander l'annulation.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la convocation devant la commission du titre de séjour adressée au requérant, que la préfète du Rhône ait mis à même l'intéressé de présenter ses observations sur le retrait des titres de séjours obtenus précédemment dans les conditions prévues à l'articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, alors que cette procédure contradictoire présente le caractère d'une garantie pour l'intéressé, le requérant est fondé à soutenir que les décisions de retrait de titre ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône pour refuser au requérant le renouvellement de son titre de séjour " salarié " s'est fondée sur la circonstance qu'elle retirait par le même arrêté le visa de long séjour et les titres obtenus précédemment. Alors, au demeurant, que le requérant dispose d'un emploi en contrat à durée indéterminée et justifie de son employabilité par les attestations produites, la préfète du Rhône ne pouvait fonder son refus sur la circonstance que sa demande devait être regardée comme une première demande de titre. Par suite M. A est fondé à soutenir que la décision de refus de renouvellement de titre est illégale et par voie de conséquence à demander son annulation ainsi que celles de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination et de la décision prononçant une interdiction du territoire français.

6. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté en litige, implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, la délivrance à M. A d'un titre de séjour " salarié ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu d'enjoindre à la préfète de faire procéder à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 octobre 2024 de la préfète du Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. A un titre de séjour " salarié " et de faire procéder à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. C A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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