lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2412117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MAILLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry n°2, représenté par Me Mailly, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2024 par lequel le préfet de la Savoie a ordonné son transfert aux autorités espagnoles et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné.
Des pièces, enregistrées les 6 et 7 décembre 2024, ont été produites pour le préfet de la Savoie, représenté par Me Tomasi.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 6 décembre 2024, ont été produites par l'association Forum Réfugiés.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;
- les observations de Me Mailly, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soulevant les mêmes moyens et insiste sur l'absence de menace à l'ordre public que représente son comportement en l'absence de toute condamnation pénale ;
- les observations de Maddalena, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui écarte l'ensemble des moyens soulevés et rappelle les nombreux faits récents reprochés à M. A ;
- et les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui indique qu'il veut repartir rapidement en Espagne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 43.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 10 mai 2005, est entré en France en novembre 2024 selon ses déclarations. Par un arrêté du 3 décembre 2024, le préfet de la Savoie a ordonné son transfert aux autorités espagnoles et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 3 décembre 2024.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
2. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ".
3. Le préfet de la Savoie ayant produit le 6 décembre 2024 les pièces relatives à la situation administrative de M. A, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, en particulier les dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 de ce code, et relève les éléments pertinents de la situation personnelle du requérant pour l'application de ces articles, en particulier la circonstance que M. A est titulaire d'un titre de séjour espagnol valable jusqu'au 22 mai 2026 et qu'il a été interpellé le 1er décembre 2024 pour des faits de vol aggravé. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté contesté précise que l'intéressé a indiqué qu'il souhaitait retourner en Espagne. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Savoie aurait omis d'examiner de manière individualisée ou complète la situation de M. A, qui lui était alors soumise. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 () ". Aux termes de l'article L. 621-2 de ce code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". Aux termes de l'article L. 311-2 du même code : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article 21 de la convention conclue à Schengen le 19 juin 1990 : " Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des parties contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres parties contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, point a, c et e, et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de la partie contractante concernée ". Enfin, aux termes de l'article 5 du règlement 562/2006/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006, règlement qui a abrogé l'article 5 de la convention conclue à Schengen le 19 juin 1990 : " Conditions d'entrée pour les ressortissants des pays tiers / 1. Pour un séjour n'excédant pas trois mois sur une période de six mois, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document ou de documents de voyage en cours de validité permettant le franchissement de la frontière ; () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer des moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans le pays d'origine () ; / e) ne pas être considéré comme pouvant compromettre l'ordre public, la sécurité nationale ou les relations internationales de l'une des Parties Contractantes. / () ".
7. Il résulte de ces stipulations et dispositions que si, en vertu des stipulations de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990, les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des parties contractantes peuvent, sous couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois sur le territoire des autres parties contractantes, ils n'en restent pas moins assujettis aux autres conditions d'entrée prévues par cette convention, le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ainsi que par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France très récemment, a été interpelé et placé en garde à vue le 1er décembre 2024 pour des faits de vol aggravé. Il ressort en outre des éléments communiqués par le centre de coopération policière et douanière de Hendaye qu'il est défavorablement connu des autorités espagnoles pour des faits d'agression physique commis en 2023, d'enlèvement commis en 2023, de blessure ainsi que de vol à l'étalage et de vol d'un téléphone portable commis en 2024. Il a ainsi fait l'objet d'une fiche de recherche émise par le juge d'instruction de Vitoria le 19 novembre 2024. L'intéressé ne conteste pas utilement ces faits en se bornant à soutenir qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale. Au demeurant, il ressort des termes non contestés de l'arrêté attaqué que ce dernier n'a pas été en mesure de présenter de document original justifiant son droit de séjour, l'intéressé n'étant en possession que d'une photographie de son titre de séjour espagnol. Par suite, en considérant que le requérant pouvait nuire à l'ordre public, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les dispositions du premier alinéa de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, et l'en l'absence d'argumentation distincte, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". L'article L. 622-2 de ce code dispose que : " L'interdiction de circulation sur le territoire français ne peut assortir la décision de remise prise dans les cas prévus aux articles L. 621-4, L. 621-5, L. 621-6 et L. 621-7 que lorsque le séjour en France de l'étranger constitue un abus de droit ou si le comportement personnel de l'étranger représente, au regard de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. ". Et aux termes de l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
11. Pour fixer le principe et la durée de trois ans de l'interdiction de circulation sur le territoire français qui assortit la décision de remise de M. A aux autorité espagnoles prise sur le fondement de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a fait état du fait que la présence de l'intéressé sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public compte tenu des nombreux faits, énumérés au point 8, qui lui sont reprochés depuis 2023 et dont il ne conteste pas la matérialité. Il a également relevé qu'il faisait l'objet d'une fiche de recherche émise par le juge d'instruction de Vitoria le 19 novembre 2024. Il a en outre indiqué qu'il est dépourvu de toute attache familiale sur le territoire français étant notamment constaté qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge et que les membres de sa famille résident en Algérie. Eu égard à ces éléments, qui caractérisent un comportement délictueux récent et répétitif du requérant, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il présente un caractère disproportionné.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.
Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
La magistrate désignée,
F. Jeannot
La greffière
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026