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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412263

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412263

vendredi 3 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL MOULINIER DULATIER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024, sous le n° 2412263, et un mémoire en réplique enregistré le 27 décembre 2024, qui n'a pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Ravaine, demande dans le dernier état de ses écritures au juge des référés, statuant en matière fiscale :

1°) de décider que sont propres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor et doivent être acceptées par le comptable les garanties qu'il a offertes au comptable du pôle de recouvrement spécialisé de Lyon à l'appui de sa demande de sursis de paiement de la somme de 92 387 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2017, ou à titre subsidiaire la somme de 11 366,99 euros correspondant au solde réel que sa banque aurait été en droit de provisionner au moment de la saisie administrative à tiers détenteur, si elle avait été faite dans les règles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable, au regard de l'obligation de procéder à une consignation égale au dixième des impôts contestés, s'il est tenu compte des saisies administratives à tiers détenteur, certes irrégulières, effectuées le 20 septembre 2024 ;

- sa proposition de poursuivre le versement mensuel permanent de 1 000 euros au profit du pôle de recouvrement spécialisé, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa réclamation contentieuse, doit être regardée comme suffisante, malgré la disproportion des sommes, au regard de la modicité des revenus qu'il perçoit depuis le 1er juin 2023, date de sa retraite, soit une pension mensuelle de 2 139,89 euros, retraite complémentaire incluse ; il est d'ailleurs dans l'impossibilité de produire toute autre garantie, compte tenu de sa situation financière et patrimoniale ; l'administration ne peut tenir compte ni du virement de 50 000 euros effectué au bénéfice de son fils, qui constitue un remboursement de prêt, ni des revenus de son ancienne épouse, dont il est d'ailleurs séparé, alors qu'une partie des impositions porte sur une période antérieure à leur mariage ;

- les impositions mises à sa charge sont dépourvues de fondement et ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- les saisies administratives à tiers détenteur effectuées en septembre 2024 étaient irrégulières.

Par un mémoire en défense, commun aux instances n° 2412263 et 2412265, enregistré le 19 décembre 2024, la direction régionale des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la demande tendant à considérer comme une garantie la somme qui avait été saisie lors de la saisie à tiers détenteur est contradictoire avec les démarches entreprise en vue de la restitution de ces fonds ; il a d'ailleurs été fait droit à la demande de mainlevée de la saisie, le 18 décembre 2024 ; au demeurant, l'établissement bancaire a informé le pôle de recouvrement d'une demande de virement de 50 000 euros au profit du fils du requérant, réduisant d'autant le solde bancaire ;

- la proposition d'un virement mensuel de 1 000 euros est arrivée hors délai et ne pouvait être acceptée au regard de la disproportion entre cette somme et la dette fiscale du requérant ;

- les arguments relatifs à l'assiette des impositions sont inopérants dans le cadre d'un référé fiscal.

II) Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024, sous le n° 2412265, et un mémoire en réplique enregistré le 27 décembre 2024, qui n'a pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Ravaine, demande dans le dernier état de ses écritures au juge des référés, statuant en matière fiscale :

1°) de décider que sont propres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor et doivent être acceptées par le comptable les garanties qu'il a offertes au comptable du pôle de recouvrement spécialisé de Lyon à l'appui de sa demande de sursis de paiement de la somme de 177 314 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2018 et 2019, ou à titre subsidiaire la somme de 11 366,99 euros correspondant au solde réel que sa banque aurait été en droit de provisionner au moment de la saisie administrative à tiers détenteur, si elle avait été faite dans les règles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B reprend les mêmes moyens que dans la requête n° 2412263.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 décembre 2023, M. B a formé une réclamation contentieuse, assortie d'une demande de sursis de paiement, concernant les suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mis à sa charge au titre des années 2017, 2018 et 2019. Le 18 octobre 2024, le comptable du pôle de recouvrement spécialisé du Rhône a demandé à l'intéressé de constituer des garanties pour un montant de 92 387 euros au titre de l'année 2017, et, avec son épouse Mme D, pour une somme de 177 314 euros au titre des années 2018 et 2019. Par un courriel du 18 novembre suivant, M. B a proposé de prendre en compte à ce titre le virement permanent mensuel de 1 000 euros qu'il a mis en place dans l'attente qu'il soit statué sur sa réclamation. Le service ayant rejeté cette proposition, M. B demande au juge des référés d'estimer suffisante la garantie ainsi proposée, ou à titre subsidiaire de considérer comme telle la somme de 11 366,99 euros correspondant au solde réel de son compte bancaire au moment de la saisie administrative irrégulièrement opérée en septembre 2024.

2. Les requêtes n°s 2412263 et 2412265 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

3. Aux termes de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales, dont les dispositions sont reproduites à l'article L. 552-1 du code de justice administrative : " En matière d'impôts directs (), lorsque les garanties offertes par le contribuable ont été refusées, celui-ci peut, dans les quinze jours de la réception de la lettre recommandée qui lui a été adressée par le comptable, porter la contestation, par simple demande écrite, devant le juge du référé administratif, qui est un membre du tribunal administratif désigné par le président de ce tribunal. Cette demande n'est recevable que si le redevable a consigné auprès du comptable, à un compte d'attente, une somme égale au dixième des impôts contestés. Une caution bancaire ou la remise de valeurs mobilières cotées en bourse peut tenir lieu de consignation. Le juge du référé décide dans le délai d'un mois si les garanties offertes répondent aux conditions prévues à l'article L. 277 et si, de ce fait, elles doivent être ou non acceptées par le comptable. Il peut également, dans le même délai, décider de dispenser le redevable de garanties autres que celles déjà constituées. () "

4. Aux termes de l'article L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. A défaut de constitution de garanties ou si les garanties offertes sont estimées insuffisantes, le comptable peut prendre des mesures conservatoires pour les impôts contestés. () " Aux termes, enfin, de l'article R. 277-7 du même livre : " En cas de réclamation relative à l'assiette d'imposition et portant sur un montant de droits supérieur à 4 500 euros, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. "

5. Les garanties proposées par le contribuable doivent présenter un degré de sécurité et de disponibilité suffisant pour permettre au Trésor d'exercer ses droits de préférence, de rétention et de suite. Il appartient ainsi au juge du référé de dire dans quelle mesure la garantie proposée par le contribuable, qui souhaite différer le paiement des impositions qu'il conteste durant l'instruction de sa réclamation et éventuellement jusqu'au jugement, est susceptible d'assurer, dans des conditions de sécurité et de disponibilité satisfaisantes, le recouvrement de l'imposition contestée. Il appartient au contribuable d'apporter les éléments nécessaires à l'appréciation de la valeur des garanties offertes.

6. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales que la compétence du juge du référé fiscal est limitée aux différends portant sur les litiges relatifs aux garanties offertes par le contribuable. Si M. B conteste le bien-fondé des impositions mises à sa charge, une telle circonstance est sans incidence sur le présent litige et l'obligation qui lui est faite de constituer des garanties, dans le cadre de sa demande de sursis de paiement. Est également inopérante l'argumentation relative à la régularité ses saisies administratives à tiers détenteur effectuées en septembre 2024, dont le service de recouvrement a d'ailleurs prononcé la mainlevée postérieurement à l'introduction des requêtes.

7. En second lieu, les garanties proposées par M. B, soit un virement mensuel de 1 000 euros jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa réclamation contentieuse ainsi, le cas échéant, que la somme de 11 366,99 euros correspondant au solde réel que sa banque aurait été en droit de provisionner au moment de la saisie administrative à tiers détenteur, sont manifestement sans proportion avec les impositions en litige, d'un montant total de 269 701 euros, dont le requérant a demandé qu'il soit sursis au paiement. A cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la modicité des pensions de retraite qu'il percevrait, alors au demeurant qu'il ne produit pas le moindre élément permettant d'apprécier sa situation patrimoniale. Par suite, le comptable a pu à bon droit estimer que les garanties proposées par le requérant étaient impropres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor et qu'elles ne pouvaient en conséquence être acceptées.

8. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2412263 et 2412265 de M. B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes.

Fait à Lyon, le 3 janvier 2025.

Le juge des référés,

T. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2412263-2412265

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