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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412267

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412267

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 11 décembre 2024, M. C D, représenté par Me Faivre, demande au tribunal :

1°) avant dire-droit à ce que son dossier sont mis à disposition par la préfecture ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, Me Faivre en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d''une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant la fixation d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a un caractère disproportionné

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision sur laquelle elle se fonde.

Des pièces produites par la préfète de l'Isère, enregistrées le 11 décembre 2024, ont été communiquées.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;

- les observations de Me Faivre, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D, accompagné par M. E, interprète en langue arabe ;

- les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Isère qui conclut au rejet de la requête.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 20 août 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Elle l'a par ailleurs placé au centre de rétention administrative de Lyon.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, du dossier de M. D :

3. La préfète de l'Isère a produit, le 11 décembre 2024, des pièces relatives à la situation du requérant. Par ailleurs, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par la préfète de l'Isère par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et notamment les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. D. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. M. D se prévaut de sa présence en France depuis cinq ans, du dépôt d'une demande de titre de séjour le 10 février 2024, de son mariage avec Mme B A, le 4 novembre 2023 et de la présence de sa belle-mère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des échanges entre la préfecture de l'Isère et le requérant, produits par ce dernier, que sa demande de titre de séjour déposée le 10 février 2024 a été clôturée, faute pour lui de produire la preuve de son entrée régulière en France en 2019, dans le délai fixé par la préfecture, qui a dès lors pu considérer à bon droit que son dossier était incomplet et qu'il se maintenait sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par ailleurs, en se bornant à produire une attestation d'hébergement par son épouse, ressortissante française, il n'établit pas l'ancienneté de leur communauté de vie alors que leur mariage a été récemment célébré. La preuve d'une insertion sociale et professionnelle du requérant n'est pas davantage rapportée par les pièces versées au dossier. Enfin la circonstance qu'il disposerait ou non de garanties de représentation est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, duquel il peut solliciter la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de français, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ce d'autant qu'il a déclaré, au cours de l'audience publique, que son épouse était prête à l'accompagner dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise par la préfète de l'Isère le 13 mars 2020. Il entrait donc dans la situation, prévue au 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au titre de laquelle la préfète pouvait refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Si le requérant conteste les autres motifs de ce refus, en particulier celui tiré du 1 du même article, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour déposée le 10 février 2024 n'a pas pu aboutir, faute pour celui-ci de déposer un dossier de demande de titre de séjour complet, de sorte que le requérant doit être regardé comme n'ayant pas sollicité la délivrance d'un tel titre. D'autre part, s'il fait valoir qu'il présente des garanties de représentation effectives et qu'il n'a pas refusé de quitter la France, il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 5° de cet article. Par conséquent, et dès lors que le requérant ne justifie pas de circonstances particulières au sens des dispositions précitées, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si après prise en compte de ces deux derniers critères, elle ne les retient pas au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 mars 2020, que sa relation maritale avec sa compagne n'est justifiée qu'à compter du jour de leur mariage le 4 novembre 2023 et qu'en dehors de cette relation de couple récente, il n'établit pas la nature de ses liens avec la France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, à supposer même que sa présence sur le territoire ne constitue pas une menace à l'ordre public, la préfète pouvait, sans méconnaître les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour de deux ans, dont la durée ne présente pas, en l'espèce, de caractère disproportionné.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

15. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité des précédentes décisions à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Faivre et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La magistrate désignée,

V. JordaLa greffière,

A. SenoussiLa République mande et ordonne à la préfète de l'Isère, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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