mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2412288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PAQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 23 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de douze mois, ensemble la décision du 12 novembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté le recours gracieux présenté à l'encontre de la décision du 23 septembre 2024 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour durant le temps de la fabrication de ce titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours sous la même condition d'astreinte ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'effacer son signalement aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard .
4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de justifier de l'effacement de ce signalement dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros H.T. à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou à lui verser si elle n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation des faits ;
- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu l'instruction du 13 avril 2022 relative à l'ouverture des droits dans le cadre du parcours de sortie de la prostitution, opposable, en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation ;
- la préfète a commis une erreur de droit en faisant application de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 33 de la convention de Genève et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision illégale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son caractère disproportionné ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure.
Par une ordonnance du 21 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2025.
La préfète du Rhône a produit un mémoire enregistré le 7 février 2025 postérieurement à la clôture d'instruction.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'instruction n° DGCS/SDFE/DGEF/DIMM/2022/7 2022 du 13 avril 2022 relative à l'ouverture des droits dans le cadre du parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;
- les observations de Me Paquet, avocate de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante nigérianne née le 13 octobre 1991, serait entrée irrégulièrement en France, le 25 août 2015, selon ses déclarations. Elle a sollicité l'asile, le 14 septembre 2015. Sa demande a été placée en procédure Dublin et elle a fait l'objet d'un arrêté de réadmission vers l'Italie, le 13 avril 2016. A la suite de l'expiration du délai de transfert, les autorités françaises sont devenues responsables de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 octobre 2017, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 26 juin 2018. Sa demande de réexamen au titre de l'asile a été jugée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 janvier 2021. Cette décision a été annulée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 août 2021 et la demande de réexamen a été renvoyée devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par une décision du 12 septembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen présentée par la requérante, puis elle a été également rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, le 10 mars 2023. Par ailleurs, Mme A B a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour avec autorisation de travail à compter du mois de juin 2022 jusqu'au mois de mai 2024 en application des dispositions de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante a sollicité, le 28 mai 2024, son admission exceptionnelle au séjour. Par décisions du 23 septembre 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour d'une durée de douze mois. Le recours gracieux présenté par la requérante, le 29 octobre 2024, à l'encontre de la décision du 23 septembre 2024 précitée, a été rejeté, le 12 novembre 2024. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, célibataire et sans charge de famille, est entrée en France à l'âge de 24 ans et y réside depuis plus neuf ans à la date des décisions litigieuses. La requérante a été accompagnée, par l'association Amicale du Nid, depuis l'année 2016. Elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour avec autorisation de travail d'une durée de six mois dans le cadre d'un parcours de sortie de la prostitution délivrées du mois de juin 2022 au mois de mai 2024 en application des dispositions de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressée a suivi différents stages dans le cadre de son accompagnement par l'association Amicale du Nid et s'est notamment impliquée, dans le cadre de formations professionnalisantes. Par ailleurs, Mme B a obtenu un diplôme d'études en langue française DELF A1, le 10 juillet 2023, puis un certificat " Maîtrise des compétences clés de la propreté ", le 27 mai 2024. Elle a signé un contrat à durée déterminé d'insertion à temps partiel en qualité d'agent de propreté du 30 mai 2023 au 27 novembre 2024, prolongé jusqu'au 30 mai 2025. Ce contrat a fait l'objet d'une rupture anticipée, le 25 novembre 2024, après l'édiction des décisions attaquées du 23 septembre 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour d'une durée de douze mois. Enfin, elle produit une attestation établie par la société Elits propreté, le 26 novembre 2024, qui atteste de ses qualités professionnelles et de la possibilité de la reprendre dans le cadre d'un contrat d'insertion afin qu'elle puisse poursuivre son parcours professionnel. Dans ces conditions, et alors même, qu'elle ne serait pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, la requérante est fondée à soutenir, au vu de l'ensemble de ces éléments et compte tenu des circonstances particulières de l'espèce, que le refus de séjour qui lui a été opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 23 septembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de douze mois et celle du 12 novembre 2024 par laquelle l'autorité administrative a rejeté le recours gracieux présentée par l'intéressée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète du Rhône délivre à Mme B un titre de séjour. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à l'autorité administrative de délivrer à l'intéressée un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. L'annulation de l'interdiction de retour prise à l'encontre de Mme B implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre également à la préfète du Rhône de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit nécessaire d'enjoindre à la préfète du Rhône de justifier de cet effacement.
Sur les frais du litige :
7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sous réserve que Me Paquet, conseil de Mme B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 23 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de douze mois ainsi que la décision du 12 novembre 2024 portant rejet du recours gracieux du 29 octobre 2024 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " à Mme B dans le délai deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de Mme B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Paquet une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience le 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,
N. BardadLe président,
J. Segado
La greffière,
E. Seytre
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026