jeudi 26 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2412778 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2024 par lequel le préfet du Cantal lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Cantal, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de 8 jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois en lui remettant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'ensemble des décisions querellées ont été prise par un auteur incompétent ;
- la décision fixant le pays de destination et la décision lui faisant interdiction de retour sont insuffisamment motivées ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi violent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elles violent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant un titre de séjour étant illégale, elle emporte l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, elle emporte l'illégalité de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire dont elle fait l'objet ;
- l'interdiction de retour d'un an prise à son encontre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrée le 14 février 2025, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2025.
Mme B été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Chapard.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 28 février 1989, est entrée en France le 27 janvier 2024 selon ses déclarations. Par arrêté du 19 novembre 2024, le préfet du Cantal lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an. Elle demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Hervé Demai, secrétaire général de la préfecture du Cantal, lequel disposait d'une délégation de compétence résultant d'un arrêté du 11 novembre 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Mme B déclare être entrée en France au mois de janvier 2024, à l'âge de 35 ans. Elle résidait donc sur le territoire depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué. Elle ne démontre aucune insertion particulière en France et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait des obstacles à un retour dans son pays d'origine, où elle pourra poursuivre sa vie familiale avec son fils, âgé de six ans à cette date et, au demeurant, avec son second enfant né postérieurement. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions qui lui ont été opposées portent au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont a été prises. Elles ne sont donc pas contraires aux stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. La requérante est mère de deux enfants, l'un né le 2 janvier 2018 en République démocratique du Congo et l'autre le 26 novembre 2024 en France, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. Le premier n'a été scolarisé que quelques mois en France et Mme B ne démontre pas qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité à son retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que rien ne permet d'établir que la vie familiale de la requérante ne pourrait se poursuivre dans ce pays, le préfet du Cantal n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. En quatrième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".
8. Il ne ressort d'aucun élément que, comme la requérante le soutient, elle encourrait personnellement des risques pour sa sécurité en cas de retour en République démocratique du Congo, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 7 novembre 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressée est susceptible d'être reconduite d'office ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En cinquième lieu, si la requérante se prévaut de l'illégalité d'un refus de titre de séjour qui lui aurait été opposé, une telle décision ne ressort pas des pièces du dossier, le préfet du Cantal ayant seulement pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire. L'exception d'illégalité ainsi soulevée doit dès lors être écartée.
10. En sixième lieu, la requérante ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet, elle n'est pas fondée à se prévaloir de cette illégalité contre les décisions fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire.
11. En septième lieu, la décision fixant le pays de destination, adoptée concomitamment à la décision portant obligation de quitter le territoire français, vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la nationalité de l'intéressée. Elle est dès lors suffisamment motivée.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). "
13. D'une part, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des termes de cette décision que le préfet du Cantal a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées pour édicter, au regard de la situation de Mme B, l'interdiction de retour et fixer sa durée. Ainsi, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fondent, est suffisamment motivée.
14. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante est dépourvue d'attaches sur le territoire national, sur lequel elle résidait depuis moins d'un an, à l'exception de ses enfants qui pourront la suivre dans son pays d'origine, le second de ces enfants étant au surplus né après l'édiction de l'arrêté attaqué. Dès lors, et bien qu'elle ne présente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet précédemment d'une obligation de quitter le territoire français, la décision attaquée ne présente pas un caractère disproportionné, tant dans son principe que dans sa durée, et n'est, par suite, pas entachée d'une erreur d'appréciation ni ne méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Cantal du 19 novembre 2024. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent par suite également qu'être rejetées.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Cantal.
Copie en sera adressée à Me Lawson Body.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2025.
- M. Jean-Pascal Chenevey, président,
- Mme Marine Flechet, première conseillère,
- Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.
La rapporteure,
M. Chapard
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026