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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412884

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412884

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantPINHEL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante albanaise, qui contestait l'arrêté du 3 décembre 2024 de la préfète de l'Ain lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour un an. Le tribunal a jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait ni les articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de liens familiaux stables et de l'absence de menace grave pour l'enfant. Les autres décisions (obligation de quitter le territoire, pays de destination, interdiction de retour) ont été jugées légales par voie de conséquence, et l'interdiction de retour n'a pas été considérée comme disproportionnée au regard de l'article L. 612-7 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024, Mme C A, représentée par Me Pinhel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloigné d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision lui refusant un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen effectif et particulier de sa situation ;

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen effectif et particulier de sa situation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la mesure est excessive et disproportionnée ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 9 janvier 2025, la requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Pinhel représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A ressortissante albanaise née le 21 août 1996 serait, selon ses déclarations, entrée en France irrégulièrement le 14 avril 2019. Par l'arrêté en litige, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 janvier 2025, ses conclusions tendant à être admise, à titre provisoire, au bénéfice de cette aide sont sans objet.

Sur l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 1er octobre 2024 de la préfète de l'Ain publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention internationale relative aux droits de l'enfant, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment s'agissant de l'interdiction du territoire de l'article L. 612-7 de ce code. Il mentionne les éléments de fait relatifs à la situation de la requérante, notamment sa situation personnelle, celle de sa famille et celle de son enfant permettant à Mme A de comprendre les circonstances de fait et de droit retenues par la préfète à l'appui des décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme A avant de prendre les décisions en litige.

Sur la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

7. Si Mme A se prévaut de sa bonne insertion professionnelle en faisant valoir un emploi de plongeur dans un restaurant à compter de février 2024 et de l'autorisation de travail obtenue par son employeur en janvier 2024, il n'est pas contesté qu'elle n'a pas disposé d'un visa de long séjour requis par les dispositions précitées. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions précitées des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit ni commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation professionnelle.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / (). ".

9. Alors que la requérante occupe depuis une date très récente un emploi non qualifié, elle réside en France depuis l'année 2019 en situation irrégulière avec son conjoint également en situation irrégulière. Dans ces conditions, ni la durée et les conditions de son séjour en France et notamment la présence de membres de sa belle-famille en situation régulière en France, ni ses conditions d'emploi ne permettent de caractériser l'existence de motifs exceptionnels d'admission au séjour. Par suite, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser à titre exceptionnel Mme A, tant au regard de sa vie privée et familiale que de son insertion professionnelle en France.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Mme A, arrivée en 2019 en France exerce une activité professionnelle non-qualifiée depuis février 2024. Son conjoint est de nationalité albanaise et réside irrégulièrement en France. En outre, Mme A n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale et que son enfant ne puisse y poursuivre sa scolarité. Par suite, et en l'absence de toute circonstance particulière faisant obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de ce que la préfète de l'Ain a commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la préfète de l'Ain n'a ni commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale du fait de cette illégalité.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la préfète de l'Ain n'a ni commis d'erreur manifeste d'appréciation ou méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision prononçant une interdiction de territoire français :

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision prononçant une interdiction de territoire serait illégale du fait de cette illégalité.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. En l'espèce, pour fonder l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an infligée à Mme A, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée n'avait pas déféré à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours prise à son encontre le 10 janvier 2020. Par ailleurs, ainsi qu'il l'a été dit précédemment, Mme A se maintient irrégulièrement en France en dépit des refus opposés à sa demande d'asile. L'intéressée ne justifie par ailleurs d'aucune circonstance humanitaire qui aurait dû conduire la préfète à ne pas édicter d'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise en méconnaissance des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, en opposant une interdiction de retour d'un an à Mme A, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la préfète de l'Ain n'a ni commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées et par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'octroi du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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