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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412895

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412895

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantGREPINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées les 15 et 17 janvier 2025 Mme B C D, représentée par Me Grepinet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier, réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait dès lors que la préfète a omis d'indiquer la présence en France de ses deux frères ;

- le caractère réel et sérieux de ses études est établi ;

- elle a dû faire face à des difficultés personnelles qui expliquent ses difficultés académiques ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte atteinte à son droit à l'instruction et à l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention signée le 24 juin 1994 entre le gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Niger relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président,

- et les observations de Me Grepinet pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C D ressortissante nigérienne née le 13 octobre 1997 est entrée en France le 12 décembre 2017 sous couvert visa de long séjour " étudiant " et a bénéficié de titres de séjour " étudiant " renouvelés jusqu'au 22 décembre 2023. Par l'arrêté en litige, la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A E, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 11 juillet 2024 de la préfète du Rhône, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention franco-nigerienne. Il mentionne les éléments de fait relatifs à la situation de la requérante. Alors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante et notamment pas la présence en France de ses deux frères qui est sans incidence sur l'appréciation portée sur le caractère sérieux du suivi des études, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier, réel et sérieux de la situation personnelle de Mme C D. Notamment, la circonstance que la préfète n'ait pas mentionné la présence en France ses deux frères, ne suffit pas à caractériser un tel défaut d'examen.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-nigérienne du 24 juin 1994 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une inscription ou d'une préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi () ainsi que, dans tous les cas, des moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession des moyens d'existence suffisants ".

6. Mme C D s'est inscrite pour l'année universitaire 2017-2018 en première année de brevet de technicien supérieur en comptabilité. Ayant échoué, elle s'est inscrite en première année aménagée de licence physique, chimie et sciences de l'ingénieur qu'elle valide en deux ans en 2020. Elle est ensuite inscrite en 2ème année de la même licence pour l'année universitaire 2020-2021 qu'elle ne valide qu'à l'issue d'un redoublement pour l'année universitaire 2021-2022. Elle s'inscrit alors en 3ème année de licence en 2022-2023 et échoue à valider cette année après un redoublement. Pour l'année universitaire 2024-2025, elle s'inscrit, parallèlement à une nouvelle inscription en 3ème année de licence mécanique, à une formation d'assistant manager d'unité marchande en alternance au centre de formation par alternance Leader Academy, formation de niveau 4, constituant une régression dans ses études. Si la requérante fait valoir des difficultés psychologiques liées à la disparition de son père et de sa jeune sœur et des problèmes de santé, les attestations produites ne permettent pas d'expliquer l'absence de progression des études de la requérante. Dès lors, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les stipulations précitées ni porté atteinte à son droit à l'éducation en refusant de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ".

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. Si la requérante se prévaut de la présence en France de deux de ses frères ainsi que de son intégration professionnelle et sociale, ces circonstances sont sans incidence sur l'appréciation portée au regard d'une demande titre " étudiant " et par suite, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée à son droit tiré des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2024 doivent être rejetées et par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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