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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412897

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412897

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2024 et un mémoire enregistré le 31 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et prononcé une interdiction de territoire français de 12 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de supprimer son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de l'ensemble des décisions :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière, faute pour la préfète de produire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au sein duquel ne doit pas siéger le médecin auteur du rapport médical, cet avis devant se prononcer sur l'intégralité de sa situation médicale au regard des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

s'agissant du refus de titre de séjour :

- la décision de refus méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et est entachée à ce titre d'erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre ;

- il remplit l'ensemble des conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, ce qui fait obstacle à son éloignement ;

s'agissant de l'interdiction de territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est disproportionnée au regard des conséquences sur sa situation de santé ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément,

- et les observations de Me Cadoux pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 27 décembre 1982, est entré en France le 26 octobre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de son état de santé le 4 mars 2024 et par les décisions attaquées, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et prononcé une interdiction de territoire français de 12 mois.

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens en application de ces stipulations, le préfet délivre le titre de séjour : " () au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (). ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays (). ".

3. Il résulte de ces stipulations et dispositions que la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

4. Pour refuser à M. A le certificat de résidence algérien sollicité, la préfète du Rhône s'est approprié les termes et le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 12 août 2024, qui indique que l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, l'intéressé pourra y bénéficier d'un traitement approprié.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est atteint d'une leucémie prise en charge par le service hématologie du centre Léon Bérard à Lyon depuis le 15 juin 2023. Il a bénéficié d'une première chimiothérapie mais présente depuis ce premier traitement une rechute nécessitant un traitement combinant rituximab et cladribine engagé par les médecins qui le suivent. Alors que le requérant produit un certificat d'un centre de cancérologie algérien du 19 décembre 2024 ainsi qu'une attestation du médecin français qui assure sa prise en charge du 19 décembre 2024 qui attestent de l'absence de disponibilité de ce traitement en Algérie, la seule production par l'administration de listes référençant ces produits dans la nomenclature des produits pharmaceutiques disponibles en Algérie n'établit pas leur disponibilité. Dans ces conditions, la préfète du Rhône, en refusant le certificat de résidence de M. A, a méconnu les stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de territoire français de 12 mois.

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. A. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A implique qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

9. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat au profit du requérant la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 novembre 2024 de la préfète du Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à M. A un certificat de résidence portant mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de faire procéder à l'effacement du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le même délai.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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