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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2412898

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2412898

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2412898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BSG AVOCATS ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante algérienne, qui contestait le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet de la Loire le 10 avril 2025. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire et a jugé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a estimé que la décision de refus de titre de séjour ne méconnaissait ni les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les décisions subséquentes (obligation de quitter le territoire, délai de départ et pays de destination) ont été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2024 et le 13 mai 2025, Mme D... B..., représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, agissant par Me Sabatier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler les décisions du 10 avril 2025 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale », ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 200 euros T.T.C. en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
S’agissant de l’ensemble des décisions :
elles sont entachées d’incompétence de leur auteur ;

S’agissant de la décision de refus de titre de séjour :
la décision lui refusant implicitement la délivrance d’un titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation en l’absence de communication de ses motifs ;
la décision du 10 avril 2025 est entachée d’erreurs de fait révélant un défaut d’examen particulier de sa situation ;
elle méconnaît les stipulations du 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d’une erreur manifeste dans l’application de ces stipulations ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation, d’une part, dans l’exercice de son pouvoir de régularisation dès lors qu’elle justifie de motifs exceptionnels permettant son admission exceptionnelle au séjour et, d’autre part, dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de séjour ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
elle est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
elle est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Un mémoire en défense a été présenté le 20 octobre 2025 par la préfète de la Loire postérieurement à la clôture de l’instruction, intervenue trois jours francs avant la date de l’audience conformément à l’article R. 613-2 du code de justice administrative, et n’a pas été communiqué en application de l’article R. 613-3 de ce code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Pin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B... B..., ressortissante algérienne, est entrée régulièrement en France le 13 juin 2019 sous couvert d’un visa de court séjour. La requérante a sollicité, le 14 mai 2024, la délivrance d’un certificat de résidence sur le double fondement du 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et d’une admission exceptionnelle au séjour relevant du pouvoir discrétionnaire du préfet. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de la Loire sur cette demande. Par des décisions expresses du 10 avril 2025, qui se sont substituées à cette décision implicite, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a obligé Mme B... B... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B... B... demande au tribunal l’annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun à l’ensemble des décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées sont signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, titulaire d’une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet de la Loire en date du 1er octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d’aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Loire, qui n’était pas tenu de mentionner l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B... B..., n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : « Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) / 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (…) ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

5. Mme B... B... fait valoir qu’elle réside en France depuis le 13 juin 2019, aux côtés de son père, lequel est titulaire d’une carte de résident d’une durée de dix ans valable jusqu’en 2027, de sa mère, de ses trois frères et sœur ainsi que de son demi-frère et sa demi-sœur, de nationalité française. Toutefois, l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l’étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Il ressort des pièces du dossier que la mère et les trois frères et sœur de la requérante sont également en situation irrégulière. Si Mme B... B... fait valoir que son père, deux de ses tantes, l’un de ses oncles et sa grand-mère vivent régulièrement en France, il ressort des pièces du dossier qu’elle a vécu séparée de son père durant plusieurs années avant son entrée sur le territoire français en 2019 et ne justifie pas du lien particulier qu’elle entretiendrait avec les autres membres de sa famille dont elle fait état. En outre, l’intéressée, célibataire et sans enfant, a vécu pour l’essentiel dans son pays d’origine où elle n’établit pas être dénuée de toute attache. Enfin, si Mme B... B... produit une promesse d’embauche et fait état d’un engagement bénévole, ces éléments ne permettent pas d’établir une intégration particulière en France. Par suite, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour de la requérante en France, Mme B... B... n’est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le préfet de la Loire, qui n’a pas commis d’erreur de fait, n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni celles du 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni commis d’erreur manifeste d’appréciation dans l’application de ces dernières stipulations.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des éléments exposés précédemment, que le préfet de la Loire aurait commis une erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation de la requérante.

7. En quatrième lieu, en se bornant notamment à se prévaloir de la durée de son séjour, au demeurant limitée à six ans, et de la circonstance que plusieurs membres de sa famille résident en France, Mme B... B..., compte tenu des éléments exposés précédemment sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle, ne justifie pas de circonstances exceptionnelles de nature à entacher la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’usage, par l’autorité préfectorale, de son pouvoir de régularisation.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant le refus de titre de séjour, le moyen tiré de l’illégalité par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En second lieu, eu égard aux éléments exposés au point 5 du présent jugement, Mme B... B... n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

10. En l’absence d’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l’illégalité par voie de conséquence de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En l’absence d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l’illégalité par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté. La décision fixant le pays de renvoi n’ayant été prise ni en application ni sur le fondement du refus de titre de séjour, Mme B... A...
alah ne saurait utilement exciper de l’illégalité de ce refus à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

12. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de Mme B... B... doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d’injonction, sous astreinte, et celles relatives aux frais liés au litige.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... B... et à la préfète de la Loire.


Délibéré après l'audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pin, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 novembre 2025.


Le président-rapporteur,




F.-X. Pin

L’assesseure la plus ancienne,




N. Bardad

La greffière,




E. Seytre


La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Une greffière,



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