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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2413103

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2413103

mardi 27 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2413103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantMEGAM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en formation de 6ème chambre, a rejeté la requête de M. D, ressortissant camerounais, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour de six mois prononcés par la préfète du Rhône. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que les décisions étaient signées par une autorité compétente, suffisamment motivées et précédées d'un examen sérieux de la situation du requérant. La solution retenue s'appuie notamment sur la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2024, M. A D, représenté par Me Megam, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 26 novembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et d'effacer son signalement de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre les décisions attaquées ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, d'appréciation et de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la réalité et du sérieux de ses études ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale dès lors qu'elle est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 24 janvier 1994 entre la République Française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Boulay, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais né le 29 avril 1999, entré en France le 1er septembre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " du 19 avril 2023 au 18 janvier 2024, qu'il n'a pas retiré. Il a sollicité le 16 octobre 2024 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par les décisions du 26 novembre 2024 dont M. D demande l'annulation, la préfète du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B C, directrice ajointe des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, laquelle bénéficiait d'une délégation du préfet du Rhône en date du 17 octobre 2024, publiée le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour, de prononcer son éloignement du territoire français dans un délai de trente jours, de fixer le pays de destination et de l'interdire de retour pour une durée de six mois. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions en litige n'auraient pas été précédées d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 : " Les nationaux de chacun des États contractants désireux de se rendre sur le territoire de l'autre État en vue d'effectuer des études doivent, pour être admis sur le territoire de cet État, être en possession, outre d'un visa de long séjour et des documents prévus à l'article 1er de la présente Convention, de justificatifs des moyens de subsistance et d'hébergement, et d'une attestation de préinscription ou d'inscription délivrée par l'établissement d'enseignement qu'ils doivent fréquenter ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la présente Convention ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D, entré en France le 1er septembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour étudiant, a ensuite séjourné sous couvert d'un titre de séjour " étudiant " qui a expiré le 18 janvier 2024. Si M. D allègue qu'il aurait disposé ensuite d'une attestation de décision favorable sur sa demande de renouvellement de titre de séjour datée du 16 juillet 2024 faisant état de la délivrance d'une carte de séjour temporaire " étudiant-élève " valable du 18 juillet 2024 au 19 décembre 2024 en cours de fabrication, toutefois l'authenticité de cette pièce est sérieusement contestée en défense, la préfète du Rhône relevant que cette attestation ne correspond pas à un élément du dossier de M. D, et l'intéressé ne justifie pas avoir sollicité un titre avant le 16 octobre 2024. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir, pour contester le refus de séjour attaqué, qu'il bénéficiait d'une attestation de décision favorable sur sa demande de renouvellement de titre valable du 18 juillet 2024 au 19 décembre 2024, que son titre n'était pas ainsi expiré et que la préfète du Rhône n'a pas pris un arrêté portant retrait de ce titre en cours de fabrication et que ce refus serait pour ce motif entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas des difficultés alléguées pour solliciter le renouvellement de son titre de séjour dans les délais qui lui étaient impartis. Ainsi, sa demande du 16 octobre 2024 étant intervenue plus de six mois après l'expiration de la période de validité de son précédent titre de séjour, le requérant était tenu, contrairement à ce qu'il soutient, de produire de nouveau le visa de long séjour conformément aux stipulations précitées de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 et à l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Rhône a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur de fait, opposé l'absence de visa long séjour à la demande de titre de séjour " étudiant " déposée par le requérant.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D n'a validé aucune année d'études depuis son arrivée en France. En effet, il a été inscrit à trois reprises en troisième année de bachelor Business, de bachelor responsable de projet marketing communication en digital au sein de l'établissement Excelia de La Rochelle, sans toutefois parvenir à la valider et dans laquelle il s'est à nouveau réinscrit au titre de l'année universitaire 2024/2025. Ainsi, le parcours du requérant se caractérise par l'absence de progression dans ses études depuis son entrée sur le territoire. M. D ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'il n'est pas parvenu à obtenir un stage. Par suite, et au surplus, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône, en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant à raison de l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies, a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

9. En l'absence d'erreur d'appréciation et d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus de titre et de ce que cette mesure d'éloignement serait ainsi fondée à tort sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être ainsi écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. M. D ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, ne justifiait notamment pas de liens privés et familiaux en France. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il s'y est maintenu en situation irrégulière à l'expiration de son précédent titre de séjour. Dans ces conditions, et bien que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la préfète du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre d'erreur de fait ou d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.

La rapporteure,

P. Boulay

Le président,

J. Segado La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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