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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2413121

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2413121

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2413121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantMBOTO Y'EKOKO NGOY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant comorien, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux, jugeant les décisions de la préfète du Rhône régulières. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés. Cette décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 425-9, L. 435-1 et L. 611-3, ainsi que sur les stipulations de la convention européenne des droits de l'homme et de la convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2024, M. D B, représenté par Me Mboto Yekoko Ngoy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 août 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne mentionnent pas l'enfant français de sa compagne ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence de leur auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation répond à considérations humanitaires et qu'il justifie de motifs exceptionnels, et en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est entachée d'incompétence de leur auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La préfète du Rhône a produit une pièce enregistrée le 30 décembre 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une décision du 15 mai 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Segado, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant comorien, né le 31 décembre 1976, déclare être entré à Mayotte en 2014. L'intéressé a bénéficié à Mayotte d'une carte de séjour temporaire valable du 4 octobre 2014 au 3 octobre 2015, renouvelée jusqu'au 16 octobre 2017. Le 31 juillet 2017, après être arrivé en France métropolitaine, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 13 août 2024 dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

2. En premier lieu, les décisions attaquées portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont signées par Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature à cet effet, par un arrêté de la préfète du Rhône du 15 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, librement accessible tant aux parties qu'au juge. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions litigieuses portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an.. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

6. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

7. En l'espèce, pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, la préfète s'est appropriée l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 mai 2024 selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et lui permet de voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Le requérant ne produit aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la préfète du Rhône au vu de cet avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant au fait que le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est entré régulièrement sur le territoire métropolitain français en 2017 fait valoir qu'il est en couple avec une compatriote, mère d'une enfant française née le 13 mai 2016, qu'ils ont un enfant né en 2022 et qu'ils vivent ensemble. Toutefois il ressort des pièces du dossier, que sa compagne, qui est en situation irrégulière, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire de deux ans par des décisions du 24 novembre 2020 après que des investigations menées par les services de la police nationale, sur ordre du procureur de la République, qui ont permis d'établir, à la suite de test ADN, que le ressortissant français, qui a déclaré être le père de cet enfant, ne pouvait en être le père biologique et et après que la compagne du requérant ait été ensuite condamnée par le tribunal correctionnel de Marseille le 22 février 2018 à une peine de 8 mois d'emprisonnement avec sursis pour complicité concernant la reconnaissance d'un enfant le 13 mai 2016 pour l'obtention d'un titre de séjour, d'une protection contre l'éloignement ou pour l'acquisition de la nationalité française. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine où il n'apparaît pas qu'il y serait dépourvu d'attaches. Par ailleurs, si M. B travaille comme ouvrier depuis octobre 2022, ni cet élément ni les autres pièces produites ne permettent pas de justifier, d'une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige auraient portées à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

11. Il ressort des pièces du dossier et des termes des décisions attaquées que le requérant n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la préfète du Rhône, qui n'y était pas tenue, n'a pas examiné sa demande sur ce fondement. Il en résulte que le requérant ne peut utilement invoquer le bénéfice de ces dispositions.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institut ions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. M. B fait valoir qu'il réside en France métropolitaine avec sa compagne, une ressortissante comorienne, mère d'une enfant née en 2016, et avec leur enfant né en 2022. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de séjour attaqué ferait obstacle à la poursuite de la scolarité de ces deux enfants et que la préfète du Rhône aurait méconnu l'intérêt supérieur de ces enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en prenant le refus de titre de séjour litigieux.

14. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable depuis le 28 janvier 2024 : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ".

15 D'une part, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version antérieure à la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 qui n'étaient plus en vigueur à la date de la décision attaquée. D'autre part, la mesure d'éloignement litigieuse n'a été édictée qu'à l'égard du requérant, qui est âgé de 48 ans, et non à l'égard de son fils ou de la fille de sa compagne qui sont mineurs. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16.En neuvième lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité soulevé, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

17. En dernier lieu, si le requérant fait valoir que les décisions attaquées ne mentionnent pas l'enfant français de sa compagne, il ne ressort pas des pièces du dossier et des éléments exposés précédemment que cette circonstance a eu une incidence sur la légalité de ces décisions.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 13 août 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseure la plus ancienne,

N. BardadLa greffière,

E. Seyrtre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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