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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2413166

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2413166

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2413166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2024, M. B A, actuellement retenu au centre de rétention de Lyon - Saint Exupéry, demande au Tribunal :

1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2024 par lequel le préfet de Savoie a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation administrative ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces, enregistrées le 27 décembre 2024, ont été produites par le préfet de Savoie.

Des pièces, enregistrées le 30 décembre 2024, ont été produites pour M. A.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la prestation de serment de Mme C, interprète en langue arabe.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 décembre 2024, M. Borges-Pinto magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Grepinet, avocat, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et qui ajoute le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application du règlement UE n° 603/2013 ;

- les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète ;

- et les observations de Renaud-Akni, avocate substituant Me Tomasi pour le préfet de Savoie, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 2 septembre 1999 à Oran (Algérie), a été condamné le 5 août 2024 par le tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains à une peine d'emprisonnement de 8 mois pour des faits de tentative de vol par effraction dans un local d'habitation, et à une peine complémentaire d'interdiction judiciaire définitive du territoire français. Par un arrêté du 24 décembre 2024, le préfet de Savoie a décidé que M. A sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : "L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ". L'article 25 de ce règlement, relatif à la " réponse à une requête aux fins de reprise en charge " prévoit que : " L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ".

7. M. A soutient qu'il a quitté l'Algérie en raison des craintes pour sa sécurité dès lors qu'il est menacé de mort par la famille de son ancienne compagne. Il soutient avoir présenté une demande d'asile aux Pays-Bas qui serait toujours en cours d'instruction. Cette allégation est confirmée par l'extrait de la consultation de la base de données " Eurodac " qui a révélé que l'intéressé avait déposé une telle demande ainsi qu'une autre, en Suisse, préalablement à la décision en litige. Si, à l'audience, le préfet de Savoie confirme cette occurrence et fait valoir qu'il va adresser une demande de reprise en charge sur le fondement du b) du 1° de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, cette circonstance ne permet pas d'exclure un renvoi de M. A à destination de l'Algérie, comme le permet l'arrêté en litige. Alors qu'aucun élément ne permet de conclure au rejet des demandes d'asile déposées par M. A, cette situation fait obstacle à ce qu'il soit reconduit à destination de l'Algérie, pays dont il a la nationalité, ainsi que le permet expressément l'arrêté en litige, même si l'intéressé n'a jamais fait état, lors de son audition par les services, des craintes exprimées dans sa requête ni de son intention de donner suite aux demandes d'asile déposées aux Pays-Bas et en Suisse.

8. Bien que l'arrêté contesté permette également le renvoi de M. A vers " tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible ", il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2024 par lequel le préfet de Savoie a fixé le pays de destination de son éloignement dans la mesure où il permet son renvoi vers le pays dont il a la nationalité, l'Algérie.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 24 décembre 2024, par lequel le préfet de Savoie a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit, est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au préfet de Savoie.

Copie en sera adressée à Me Grepinet.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Borges-Pinto

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne le préfet de Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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